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dimanche 22 février 2015

Fasnet : Une série d'articles sur le carnaval souabe-alémanique

"Oni, oni Hex hät siebe Blätz !"
Comme ma série sur le Fasnet est constituée de huit articles, onze vidéos et une trentaine de villes mentionnées, je me suis dit qu'il ne ferait pas de mal de garder une sorte de menu qui pourrait faciliter les recherches et le référencement à l'avenir.


Le Hexensprung ou Saut de la sorcière à Bräunlingen, un événement unique où les figures des Ur-Hexen sautent à travers les flammes d'un feu de joie et dansent autour du bûcher... Cet article est une sorte d'introduction à la série qui commence avec :


Le défilé de la ville de Bräunlingen, qui me permet d'établir les premiers archétypes les plus connus : sorcières et Hansele. Entre autres, évidemment.


Les figures dites "reprisées" y sont expliqué ainsi que celle du Fou Policier. On y revient également sur l'étymologie du Fasnet pour en cerner les origines païennes.


On y évoque les danses traditionnelles du Fasnet et les figures démoniaques et celles des Jokers.


Les figures d'arlequins sont nombreuses, je reviens donc sur leur origine et leur fonction. On parlera donc d'autocritique, d'humour et de catharsis. L'imaginaire chrétien est également abordé.


On s'y attarde sur la figure des Wildmänner, leur origine, leur symbolique et leurs "descendance", on y parle de l'influence du baroque et du rococo italien et on crie Ju-hu-hu ! Si, si.


Cet article s'intéresse notamment aux variations des Weißnarren, aux diables du Triberg et aux très bêtes avaleurs de Prunes de Bonndorf.


L’occasion de revenir sur les archétypes des figures du Fasnet en rappellent évidemment que comme toute tradition ancienne et vivante, les thèmes évoluent, se mélangent, et que les petites boîtes ne fonctionnent pas toujours. Laissons alors le carnaval être ce qu'il est : Un mélange de paganisme et de christianisme, une fête de Fous et une célébration du printemps !

Et pour ceux qui cherchent un endroit en particulier, où aiment tout simplement avoir une idée "dans l'espace" de cette tradition, voici une carte de toutes les villes mentionnées dans les articles, chaque localisation comporte le lien vers l'article en question.

Hansele de Schwenningen !
Hoorig, Hoorig isch die Katz ! Un wenn die Katz nit hoorig isch do fängt sie au kei Ratz !


Fasnet : Une conclusion

Nous y voilà, le dernier article de cette semaine consacrée au Fasnet. On en a vu passer, des figures, à la fois semblables et différentes, partageant des attributs, se distinguant à chaque fois. Alors que le défilé se poursuit mais touche bientôt à sa fin, il est temps de vérifier si vous êtes prêts à vous rendre en Forêt Noire au Printemps prochain pour assister au Fasnet, sans pamphlet ni flyer, et à reconnaître ce qui défile devant vos yeux. On va voir si vous avez bien suivi ! ^^


Bon, on se remet en situation. Nous sommes toujours au bord de la route, à Bräunlingen. Les sorcières de Geisingen viennent de nous dépasser et nous attendons le prochain groupe. Les gens ont déjà ramassé une quantité non négligeable de bonbons (plus d'un kilo, celui de mon filleul, à la fin du défilé) (Oui, le bout de chou un peu timide à côté de moi depuis le début c'est mon filleul). Hüfingen prend la relève, avec une première figure, une facile pour commencer :

Costume blanc peint de motifs floraux + queue de renard + grelots + masque en bois entouré de fleurs + cravate en soie + compagne en costume traditionnel local + distribution généreuse de bonbons = ...?

Facile.

Hansele, bien joué au fond à droite. Attention la prochaine figure est un peu plus difficile. Son nom : Bärcheappeli. Ça ne vous dis probablement rien alors allons-y pour la description et les attributs :

Bärcheappeli.
Vieille femme vivant dans les bois + masque souriant décoré d'éléments naturels (branches, fleurs, pommes de pin) + effraye les cueilleurs et fais des blagues aux promeneurs = ...?

Non, pas une sorcière, mais bien une Waldweible, une femme de la forêt. Donc un membre de la famille des Hommes (et Femmes, rappelez-vous) Sauvages. Pour la petite histoire cette figure est tiré d'une légende selon laquelle Bärcheappeli vivrait dans les bois de Berchenwald et effraierait donc cueilleurs et promeneurs. La figure distribue des bonbons... mais pas que. Elle vous lance aussi des bouts de branches de sapin ! Quand on est une femme de la forêt on ne se refait pas...

Figure suivante :

Vieille femme + visage très laid + vêtements reprisés + balais + goût prononcé pour la "torture" de jeunes filles = ... ?

Sorcière, bien sûr ! On notera que, tout comme celles de Bräunlingen, elles se baladent (et vous baladent) dans leur poussette, néanmoins ce petit wagonnet leur sert également à transporter... la paille qu'ils vont vous jeter à la figure ou, mieux encore, vous frotter dans les cheveux !

La figure suivante s'appelle Siireschalm, et attention y a un piège :

Masque souriant + costume brun + motifs forestiers + queue de renard + grelots + décorations naturelles (pommes de pin et, assez atypique, coquilles d'escargots) + baudruche en vessie de porc OU pince rétractile en bois = ... ?

Oui, je sais, c'est pas évident. La plupart de ces attributs sont ceux de Hansele, mais le costume, avec ses pommes de pin et ses coquilles d'escargot tendent à le faire passer pour un Homme Sauvage. L'arbre sur son torse est un bouleau, comme la branche de sa baudruche, les animaux représentent la faune locale, et l'ornementation de son masque rappelle également la forêt et la nature locale. Au final, le Siireschalm est entre les deux, n'entrant pas tout à fait dans l'un ou l'autre. Moralité : Les archétypes vous aident à comprendre ce que représente une figure mais ne sont pas des boîtes hermétiques.

Un Scheeremann, Bretzel en poche, pince déployée !
L'histoire de la figure suivante est intéressante. Dans un livre sur les histoires et le folklore de la région publié en 1852, une illustration représente le carnaval de Hüfingen, et si les Narro Blancs dominent clairement la représentation, on aperçoit dans le fond une figure d'homme avec des "ciseaux", ces pinces en bois rétractiles. C'est en s'inspirant de cette image que bien plus tard la Guilde de la ville créa le Scheeremanne, ou du plutôt recréa pour le coup. Il s'agit donc d'une figure non pas basé sur une symbolique connue, sur un texte ou un concept d'idée, mais sur une image représentant une figure oubliée dont ne subsiste que la représentation du costume. Peut-on pour autant retrouver son archétype ? Voyons ensemble :

Visage souriant + "pince-ciseaux" + euh... costume traditionnel ? Non sérieusement je n'ai aucune idée de ce qu'il peut représenter. Mais si vous avez des théories sur le sujet je suis preneur. Sachant que je ne suis pas certain que la distribution de Bretzels qu'il pratique aujourd'hui fait partie de l'origine de la figure...

On passe à Immendingen, introduite par un groupe de Hänsele, lui-même suivi par une figure très intéressante. On va se marrer :

Costume bariolé fait de Blätzle + Masque laid + thème naturel + perche en bois + goût prononcé pour la "torture" de jeunes filles = ... ?

Hokemaa, esprit du Danube...
Haha, je sais, on dit une figure genre Wildmann, avec leur costume vert et leur masque où l'on trouve des animaux (il avale un poisson et sa tête porte un animal différent qui peut être un rat, un serpent, un crabe d'eau douce, un crapaud...). Pourtant le Donaugeist, soit Esprit du Danube, qu'on appelle Hokemaa (ça sonne finnois mais ça ne l'est pas, bien que hokema signifie radotage et que hokemaa soit grammaticalement correct, mais je digresse) - n'est pas à proprement parlé un Wildmann, mais est parfois considéré comme une sorcière ! Ce qui est étrange puisqu'on ne lui retrouve pas les attributs habituels, si ce n'est le rapt de jeunes filles (qu'ils emballent dans des filets à sapins) (si, si, c'est dans la vidéo). A l'origine, cette figure représente le mauvais esprit du Danube responsable des nombreuses noyades dans le fleuve le plus long d'Europe qui trouve son origine à Donaueschingen. (Donau = le Danube... au cas où, hein). Le Hokemaa servait donc d'avertissement aux enfants afin qu'ils ne jouent pas trop près des rives. Sa perche en bois terminée par un crochet (Hokemaa c’est du dialecte pour Hakenmann, Homme au Crochet) lui sert donc à "tirer ses victimes au fond de l'eau" - ou jusqu'au filet à sapin désormais - et ses Blätzle évoquent des écailles de poisson. Intéressant également de noter que si dans les années 30 on sait que le Hokemaa était déjà présent, il n'était qu'une figure unique, transformé en groupe à part entière en 1966 seulement.

Bon, d'accord, c'était un peu trop dur, revenons aux bases avec la première figure de Löffingen. On va se la jouer Question pour un champion, vous allez voir, c'est facile, mettez vous en mode Julien Lepers :


Question ! Je suis une figure ouvrant le cortège d'une ville dont je représente l'autorité. Je ne suis évidemment qu'une parodie de celle-ci et mon uniforme n'est porté que pour en souligner l'ironie. Je suis principalement présent pour m'assurer que les figures suivantes auront la place suffisante pour défiler en bonnes conditions. Je suis je suis je suis ???

La Police des Fous ! Oui ! OUI ! AH JE L'AIME CE JEU !

Bref.

Après nos policiers en casques à pointe, nous voyons arriver les Lanternebrüder de Löffingen, sa Fraternité de la Lanterne. Alors là autant vous le dire, ça ne sert à rien de chercher. Vous penserez peut-être aux Blätlzebuebe et leurs lanternes mais ça n'a rien à voir. En fait, en 1886, la ville organisa un grand Jeu de Fasnet (c'est assez courant). Or le bénéfice s'éleva à... un Pfennig. Ce Pfennig dans une lanterne (ne me demandez pas comment il s’est retrouvé dans une lanterne) fut le capital de départ qui permit la résurrection de la guilde de Löffingen par onze hommes de la ville. Ces-derniers sont donc encore représentés aujourd'hui, et leur lanterne contient toujours un Pfennig. Moralité : Il n'y a pas toujours d'archétype ! :-D 

On notera qu'ils chevauchent des barriques suspendues à un Arbre de Carnaval, un autre symbole inséparable du Fasnet.

Suivent évidemment des sorcières, hein, je ne vous fait pas l'affront de vous refaire le quiz. Au passage ma cousine se sacrifie pour démontrer le goût des sorcières pour les jolies jeunes filles et leur façon toute personnelle de se montrer amicale ! ^^ (Bon, qu'on se rassure, je me suis fait triturer/tirer la barbe trois fois au court du défilé, hein, tout n'est pas pour ces dames !) Les sorcières de Löffingen sont en quelque sorte un hommage à la pièce de théâtre écrite par un habitant de la ville sur la Nuit de Walpurgis à Löffingen. C'est donc une création récente (1934) qui n'est pas basée sur une tradition de Fasnet locale mais sur les légendes médiévales de la ville. Bon, cela dit, la Nuit de Walpurgis n'est pas tout à fait sans rapport avec le Fasnet... J'espère d'ailleurs vous parler de cette nuit telle qu'elle est célébrée en Finlande, à savoir Vappu. J'essaierai d'être sur le coup cette année. Mais revenons à nos figures. (EDIT : C'est fait, l'article sur Vappu est ici !)

Nous passons à Möhringen, une ville qui fête le Fasnet depuis au moins 1350, avec deux figures dont j'aurais aimé vous faire une capture d'écran mais en regardant la vidéo vous comprendrez pourquoi ça m'étais difficile :

Couple âgé + costume partiellement fait de mousse et autres rebuts de la forêt + un bâton fait d'une racine + visages sympathiques = ... ?

Bah en fait ce sont deux figures distinctes. Désolé, je vous ai piégé. Le Konzenberggoascht est en fait l'Esprit du Konzenburg, un château représenté sur le devant de son costume tel qu'il était avant sa destruction, et dans son dos telles que sont les ruines aujourd'hui. Son masque est inspiré des Wildmänner, vous l'avez reconnu, comme son bâton fait d'une racine. Son origine, elle, est une légende selon laquelle un esprit dans les ruines du Konzenburg se montrerait particulièrement hostile aux gens de passage, effrayant leurs chevaux quand minuit sonne, où les faisant carrément disparaître sans laisser de trace (les gens de passage, pas les chevaux...). Quant à sa compagne, c'est la Kühltalmadlei, la Demoiselle de Kühltal (la Fraîche Vallée, littéralement), qui porte dans son panier les herbes et baies médicinales qu'elle a recueillies et qu'elle recommande pour soigner hommes et bêtes. On dit qu'elle vient en aide pour toutes les piqûres et blessures, dans le salon comme dans l'étable.

Deux des trois Schementrichter. On ne rigole pas avec la loi.
Les costumes et noms sont donc parfois trompeurs. Prenons le Blätzle de Möhringen. On s'attend à des costumes comme les Blätzlebuebe, alors que non, on découvre une figure qui ressemble énormément au Röslehänsele, avec son costume blanc et ses rosettes. Il a même les attributs du Hansele : Baudrier de grelots croisé, baudruches, ornement fleuri autour du masque... C'est parce qu'il est une forme un peu rare et archaïque du Narro Blanc (qu'on voit l'accompagner dans la vidéo d'ailleurs, pratique pour la comparaison). Les trois Blätzle en cape noire et cagoule rouge sont en réalité une figure à part, les Schemenrichter, des juges (rappelez-vous je vous ai parlé du Droit des Fous et de leur "Cour de justice"), qui se targuent de porter le plus vieux costume de Hansele qui soit. en tout cas leur guilde le dit !

Blätzle de Möhringen
 Ah, et comme vous pouvez le constater dans la vidéo, les Hansele de Möhringen aiment vous gaver de bonbons... littéralement, en vous enfonçant les bonbons dans la bouche. Pourquoi les jeter quand on peut directement les "offrir" ? Certains en préféreraient presque les attentions des sorcières... On notera que ces empiffreurs ont d'ailleurs un masque plus rond, plus "grassouillet" que la plupart des autres Narro Blancs. Coïncidence ?

Deux figures n'apparaissent pas dans le montage final pour des raisons diverses, je vais rapidement les mettre ici en bonus :

Le Hölzlekönig de Schwenningen incarne un arbre du même nom qui fut longtemps le plus grand Sapin d'Allemagne. Certaines figures de la ville le célèbre en l’arborant sur leur costume, mais cette figure unique EST le Hölzlekönig, le Roi de la Forêt (ça vous rappelle une certaine chanson ?). Et je ne veux entendre aucun commentaire sur sa coiffe de la part des esprits tordus qui ont déjà mal interprété mes propos sur un article précédent ! ^^

Hölzlekönig, le Roi de la Forêt.
Et un mot rapide sur le Baptistle. Cette figure a pratiquement la même histoire d'origine que le Kappedeschle, sauf que cette fois l'histoire se passe à Hüfingen entre 1789 et 1806, et que le personnage en-fenêtré est un tailleur nommé Baptiste Moog. Sinon, c'est tout pareil ! Qui a copié qui ? Je ne me prononcerai pas dans cette querelle de clocher, mais...

Le Baptistle de Hüfingen.
Arrivé à ce stade, je pourrais décider de m'arrêter et garder la dernière vidéo pour demain, mais je m'étais fixé une semaine pour traiter de ce défilé, alors voilà, fin de série exceptionnelle, article exceptionnel ! Je vous laisse avec ma dernière vidéo et quelques commentaires, non pas "instructifs" (ou pas trop), mais plutôt sur mon ressenti, cette fois. Parce que malgré toutes ces décortications historiques et culturelles, le Fasnet reste avant tout un moment vivant et chaleureux. Et c'est ça qui compte le plus... J'aurais pu ne faire des vidéos qu'avec un exemple de chaque archétype et de chaque figure, mais je voulais vous faire vivre l'ambiance à travers le défilé. J'espère que ça vous aura plu autant que moi :-)



Moosmulle avec son panier garni...
Je ne sais pas combien de coups de vessies j'ai esquivé - ou pas - mais le Schantle de Schwenningen lui ne m'aura pas ! Les gens rient et s'amusent de ceux qui n'ont pas pu éviter ses vessies de porcs, mais ce n'est que de bonne guerre, qui sait quelle tête prendra la prochaine salve ? Entre ça et les cheveux ébouriffés, les barbes tirées, les grimaces... Heureusement ils passent vite, suivis des Moosmulle, l'une des rares figures réservées au femmes (d'autant plus rare pour une figure masquée). J'aime bien les figures de Wildleutle. Je pense que, comme pour les sorcières, c'est quelque chose que dès l'enfance on apprécie particulièrement parce que leurs masques sont biscornus, grotesques, bref, carnavalesques, pas propres et bien tenus comme les Hansele. Ce que les Hansele ont pour eux et qui me fascine toujours autant c'est leurs énormes baudriers à grelots. C’est lourd, et ça se voit, et pourtant les voilà dansant au rythme de la musique, sautant pour faire chanter leurs cloches, et lançant d’infatigables "Narri ! Narro !" pendant près de deux heures. Ceux de Schwenningen sont superbe, peut-être les plus beau à mon sens, mais là c'est tout à fait personnel. J'adore l'exubérance de la fraise, les trois rangées de grelots de chaque côté et les tons bleutés (oui, j'aime le bleu), la double-queue de renard... Il est tout simplement classe. Lorsqu'ils sautent tous en rythme, les Hansele font un boucan d'enfer, et c'est juste génial, on aurait presque envie de sauter au même rythme en chantant "Hans blib do".

Schwenninger Schantle.

Schwenninger Narro, avec son pendule d'horloge rappelant l'industrie horlogère de la ville. D'un côté il y a le cadran, de l'autre un soleil qui annonce le retour du printemps.
Quand Waldma et Walfrau arrivent de Waldhausen je découvre une figure que je ne connais pas - ou dont je ne me souviens pas. Clairement ce sont des Hommes Sauvages, mais je découvre leurs masques déformés comme des souches d'arbres, décorés de bois. C'est aussi la première fois que je vois une figure distribuer du pain au lard ! Malheureusement, je n'aurais pas la chance d'y goûter cette année, ce ne sera que partie remise... Cela dit je ne suis pas le seul à découvrir. On a beau être du coin, on ne connaît pas pour autant chaque figure de chaque ville, on a ses préférés, on reconnaît les voisins qui viennent souvent... Pour tout vous dire j'ai même découvert Unterbränd, un lieu-dit de Bräunlingen qui a sa propre figure, Köhler (et sa compagne Köhlerliesel), autrement dit le Charbonnier. Est-ce que c’est important ? Évidemment que non. Les costumes parlent souvent d'eux-même, et même si une figure me paraît totalement obscure, j'aime simplement admirer le souci du détail, le travail d'artisan derrière ces masques, ces costumes, ces accessoires, et l'imaginaire qui n'a cessé de se développer autour du Fasnet. Racines païennes et branches chrétiennes se mélangent dans un festival de bonne humeur et d'espoir en une belle nouvelle année.
Waldma, un Wildmann typique avec ses racines et son masque biscornu.
Quand j'étais gamin les symboles ne me parlaient pas de la même façon. Quand je les regarde aujourd'hui, ces costumes me racontent beaucoup plus de choses et me dévoilent une énorme richesse historique et culturelle. Ils me renvoient à une philosophie de la vie qui me passait au-dessus de la tête quand je m'y déguisais encore. Pourtant, inconsciemment, cette imaginaire collectif s'est enraciné en moi et me parle depuis mes souvenirs de jeunesse. Elle me raconte mon enfance dans le Schwarzwald où après un hiver rude il est temps d'en chasser les mauvais esprits et de se réjouir ! Les plantes vont fleurir, l'herbe va verdir, les arbres retrouveront leur riche feuillage, et les gens leur sourire.

D'ailleurs en parlant de ça, puisque le cortège est terminé et que l'assistance se disperse, il est temps d'aller se boire une bière de Fasnet spécialement brassée pour l'occasion par la brasserie familiale de Bräunlingen...

Et en bonus, deux photos prises après le défilé avec des participants qui ont été assez gentils pour poser... Deux figures classiques, deux éléments incontournables de mon enfance.



Merci d'avoir suivi cette série d'articles, qui en plus de me permettre de m'étendre sur cette ancienne tradition alémanique m'a permis de fêter la barre symbolique des cents articles publiés et des 5 ans du blog. Je me suis bien amusé, et j'espère que vous aussi ! Un bon printemps à vous, et bonne nouvelle année.

samedi 21 février 2015

Fasnet : Narro blancs et Diables rouges

Avant-dernier article de ma semaine consacrée au Fasnet ! Je pensais pas que ça allait aussi intense à rédiger... Cela dit j'ai (re)découvert plein de choses en faisant mes recherches, et les choses que j'avais vu dans des musées ou lu dans des livres se sont imbriqués dans une sorte de grande fresque cohérente, c'est toujours plaisant comme sentiment... C’est notamment le cas avec les diables de Triberg dont j'avais déjà visité le musée du Fastnacht (deux fois !).


Le Federschnabel et un Spättlehansele dans le fond.
Triberg est une jolie petit ville surtout connue pour ses chutes d'eau dont je vous ai déjà parlé. Mais elle est également très active dans le domaine du Fasnet et on y trouve même un musée dédié. Plusieurs figures très reconnaissables nous viennent de Triberg, comme le Federschnabel, l'oiseau à gros bec que l'on voit au début du cortège. Ses origines sont confuses, si ce n'est qu'il a au moins quatre cents ans d'existence. Certains disent qu'il est censé être un porte-bonheur, d'autres au contraire un oiseau de mauvais augure (Pechsvogel). Pour des raisons d'hygiène, le plus vieux costume a été brûlé après la première guerre mondiale, mais on sait qu'il était à l'époque composé de plumes d'oiseaux locaux, alors qu'il est aujourd'hui plus coloré et exotique... Le masque en bois est inspiré du masque original qui se trouve justement dans le musée.

Le Roter Fuchs, ou Renard Rouge
Au côté du Federschnabel on voit également, au début du cortège, le Roter Fuchs, une figure de Renard Rouge, qui est l'incarnation de la malice des Narro (symbolisée comme on l'a vu si souvent par une... queue de renard). La figure est ancienne, l'une des plus anciennes du carnaval souabe-alémanique et, comme on l'a vu étroitement lié à sa représentation, comme la queue de renard ou le renard chassant le lièvre sur les pantalons des Weißnarren. D'ailleurs, il portait lui aussi un "sabre" comme certains Narro blancs, et son masque était très proche de celui des Spättlehansele du Triberg. Ce n'est qu'en 1952 qu'il reçut son masque de renard, et en 1958 qu'il perdit ses attributs de Hansele. Il est également parfois étrangement associée ou mis en parallèle avec les sorcières ou le Diable Rouge dont il serait peut-être à l'origine et dont il porte encore la couleur (le costume est fait de telle sorte qu'on puisse distinguer le rouge sous le pelage du renard), et a failli disparaître - remplacé par ses deux "descendants" - avant de faire son retour en 1928.

Mais la figure la plus célèbre reste justement le Diable Rouge du Triberg. Il a été créé en 1893, après les Spättlehansele de Triberg (qu'on voit dans la vidéo également, cela dit je pense avoir suffisamment expliqué les origines et attributs de ce type de figure donc je n'y reviens pas), mais s'est imposé après la seconde guerre mondiale comme une image de marque, avec son costume rouge vif relevé de noir. Un baudrier de grelots dorés, une fraise (noire), une queue de renard... ses attributs sont proches de ceux d'un Hansele, pourtant son masque est celui d'un diable (avec cornes et barbe, hein, on fait pas les choses à moitié), et la baudruche en vessie de porc est ici remplacée par... un martinet. Certains disent qu'il s'agit d'une version diabolisée du Roter Fuchs, mais il semblerait que l'origine ou du moins l'inspiration pour cette figure serait à trouver dans la diabolisation de cette fête dans les vieilles archives de la ville qui qualifient le Fasnet de "diablerie". On retrouve ici un indice sur les origines compliquées de cette fête, qui rejoint sur ce point les archives de Wolfach (ville que nous avons vu hier) qui décrivent la fête du Fasnet comme une "absurdité païenne". Cette origine "impie" et diabolique se retrouve donc dans ce costume et l'expression même que lancent les Diables : "Im Namen des Herrn Entèchrist, der Narrètag vorhandè ist, schönè Tag, lièbè Tag, aller Narrè Ehrètag!" soit à plus ou moins : "Au nom du Seigneur Antéchrist, qui est présent en ce Jour des Fous, un beau jour, un jour de bonté, un jour d'honneur pour tous les Fous !". Cet Antéchrist présent en personne on le voit avec sa fraise rouge au sommet du char...
Triberger Teufel !
La figure qui arrive après le Diable du Triberg est le Baaremer Weißnarr de Bad Dürrheim

Certes c'est un Weißnarro somme toute assez classique, je ne reviendrais pas sur l'ensemble de l'archétype, mais il est l'un des plus connus, peut-être à cause de sa fraise, de sa cravate de soie, ou du fait que son baudrier de 25 grelots n'est pas croisé sur son torse, comme la plupart des Narro, mais porté en parallèle. Les motifs peints sur son costume ne sont pas non plus uniquement floraux, mais beaucoup du domaine de la culture saline (tour de forage, tapis roulants, etc.) qui a fait la richesse de Bad Dürrheim, ainsi que du griffon et du lion du blason de la ville. Cette tradition de la production et du commerce du sel a également donné naissance à une autre figure, très particulière : Le Salzhansel.

Un Salzhansel isolé du groupe...
Ce Hansele du Sel porte un costume constitué de 800 à 1000 petits sachets de sel marqué en vert de "Esprit du Sel de Bad Dürrheim", "Bad Dürrheim Salzgeist" et fermés par des rubans multicolores - 5 couleurs pour les cinq sortes de sel produites par la ville. La forme du masque évoque elle aussi un sac de sel. Et comme un Hansele n'est pas un Hansele sans ses grelots, quelques 400 à 500 petits grelots s'ajoutent au costume. Il porte évidemment une queue de renard, et son attribut particulier est une béquille saline, comme celles utilisées par les travailleurs du sel (en miniature, tout de même). Le Salzhansel est une figure très récente (1932) mais elle s'impose comme dans la lignée de ces costumes "classiques instantanés" parce qu'elle évoque la région, ses artisans et son identité (un peu le Klapperlenarro).

Encore une fois, on peut voir que c'est souvent une affaire de famille où l'on n'hésite pas à intégrer même les plus jeunes... en costume, évidemment !
Un Pflumeschlucker avalant une prune entière.
Dans le genre classique instantané, Bonndorf nous offre un bel exemple de figure atypique mais immanquable : Le Pflumeschlucker. Littéralement "avaleur de prune". Leur costume évoque l'habit traditionnel de la ville de Bonndorf, mais on remarque très vite que leur masque est assez particulier : Ce visage souriant, un peu trop pour être franchement malin, tient entre ses dents une prune. L'origine de cette figure est à trouver dans la légende selon laquelle les habitants de Bonndorf auraient mangé les premières prunes qu'ils aient vu en entier, sans retirer le noyau. Ils auraient donc avalé toute la prune. Ce personnage créé en 1926/27 est donc une référence à cette vieille réputation de ne pas avoir inventé l'eau chaude ! Autant dire que la ville de Bonndorf a de l'humour et sait ne pas se prendre trop au sérieux. Après tout, c'est aussi ça l'esprit du Fasnet. A noter que si cette figure est récente, Bonndorf fabrique des masques de Fasnet depuis 1766...

Dans le genre Weißnarro très populaire on trouve le Narro de Donaueschingen (la ville où j'ai vécu ma petite enfance). Il appartient lui aussi au groupe des Baaremer Weißnarr, mais a été un peu plus personnalisé dans les années 50, avec une couronne de fleur et de fruits autour de son masque, lui même portant cette petite moustache caractéristique. Son symbole du Droit des Fous est ici le parapluie, un attribut de Fou qu'on a déjà pu voir chez les Pflumeschlucker de Bonndorf. Sa compagne Gretle est aussi ancienne que lui (1783) et porte le costume traditionnel de Donaueschingen de la moitié du 19ème siècle. Ils sont ici accompagnés des vachers, reconnaissables à leur chemise bleue et à leur baudruches constituée de plusieurs vessies de porcs.
Hansele et Gretle, de Donaueschingen.
Les Narro de Geisingen sont des Weißnarren assez typiques, je ne vais donc pas partir dans le détail, vous savez désormais reconnaître leurs attributs (n'est-ce pas ? N'EST-CE PAS ??), et en avoir vu trois variations assez différentes malgré leurs points communs atteste de la diversité au sein même d'une même figure, d'un même archétype. De même pour les sorcières qui les accompagnent, elles sont assez classiques, inutile de s'y étendre. Elles ont cependant un nouvel instrument de "torture" à vous montrer, ça va vous plaire...

Demain je conclue ma semaine d'articles sur le Fasnet. Il me reste deux vidéos mais je vais me débrouiller, de toute façon vous commencez à bien connaître les symboles et les archétypes, vous devriez bien vous en sortir si d'aventure vous avez la chance d'assister à un défilé du carnaval souabe-alémanique...

Au programme demain, donc, de nouvelles villes nous offrirons un récapitulatif des grandes figures, des sorcières aux Hansele en passant par les hommes sauvages et des figures type Röslehansele... On va voir si vous avez bien tout suivi, hinhinhin...

vendredi 20 février 2015

Fasnet : Hommes Sauvages, figures baroques et Ju-hu-hu !

Quand j'ai monté mes vidéos j'ai galéré sur plusieurs points, notamment parce qu'une manip' avait tendance à créer un glitch au moment de l'enregistrement de la vidéo et que je m'en suis rendu compte qu'après upload (oui, moquez-vous), mais aussi parce qu'à un moment donné, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai complètement zappé la ville de Wolfach. Du coup, m'en rendant compte alors que cet article était pratiquement fini, j'ai dû vite fait faire ce petit extra vidéo qui me permet de respecter l'ordre du défilé. Non pas que ça vous change quoi que ce soit, d'ailleurs j'aurais pu le mettre à la fin de ma série et personne n'aurait rien remarqué, mais... mais... en fait je sais pas pourquoi je me suis embêté à ce point.  J'entends déjà certaines langues susurrer quelque chose sur mon côté Allemand. Ça suffit.


On aurait pu aussi se dire que je pouvais simplement ignorer Wolfach, après tout, les costumes se ressemblent parfois et peut-être que certains se moquent d'entrer dans les détails. Mais Wolfach nous offre plusieurs superbe figures, dont une assez atypique, le Nussschalenhansel. Comme son nom l'indique, son costume est recouvert de coquilles de noix. Il faut 2000 à 3000 moitiés de coquilles de noix pour couvrir un costume ! Ce nouveau design (1960) est inspiré d'un plus ancien (1850 pour le costume mais on conserve des masques datant de 1780) et tire son origine de la figure des Wildmänner, les Hommes Sauvages (j'en reparlerais un peu plus bas), avec peut-être une origine plus ancienne. Leur pince et vessie de porc comme attribut les rangent dans les Hansele farceur, leur masque souriant en faisant néanmoins clairement des figures "gentilles". On notera également la plume d'oiseau de proie qui orne l'arrière de leur crâne.

Mais Wolfach est riche d'une large galerie de figures, incluant par exemple le Röslehansel, ou Hansel à la Petite Rose, dont le costume blanc à chapeau pointu, recouvert de rosettes en tissus sur lesquelles sont cousus des grelots, ainsi que le masque souriant peint d'un motif floral (à l'origine une rose rouge) rend hommage au rococo et au baroque. Les costumes à rosettes rouges sont les originaux, ceux à rosettes noires sont une version ajoutée en 1975 pour revitaliser la figure. Leurs masques ainsi peints sont uniques dans la tradition du Fasnet. Leur attribut est une énorme seringue qui n'est plus remplie d'eau, comme dans la tradition d'origine qui remonte au 18ème siècle, mais de confettis. Oui parce que selon la météo, on n'a pas forcément envie d'être mouillé en février dans le Schwarzwald...
Un Röslehansel traditionnel rouge) et ses amis Schellenhansel (jaune et bleu)
Le Mehlwurmhansel, tout en blanc avec son bonnet à grelots, date lui du 14ème ou 15ème siècle.

Deux figures de Mehlwurmhansel, avec leur baudruche de "farine".
Son nom de Hansel Ver à Farine vient de la totale blancheur de son costume, et de l'ancienne manière de couvrir son visage. En effet le masque est assez récent, car avant la première guerre mondiale, on se passait du gras sur le visage avant de se fariner, littéralement, et hop ! Maquillage de farine en moins de deux, que la pâleur du masque en bois rappelle aujourd'hui (et oui, à l'époque on avait pas L'Oréale mais on avait des idées). Attribut typique du Hansele, la queue de renard se trouve ici sur son bâton plutôt que derrière sa tête, mais elle est là ! En revanche, sa baudruche n'est pas une vessie de porc mais un sac de "farine", évidemment !

Le Schellenhansel, tout en jaune et bleu, est lui aussi d'inspiration baroque, reconnaissable surtout à son chapeau qui est également une couronne. Inspiré d'un ancien costume du 19ème siècle il est une production assez récente (1927).

Wolfacher Spättlehansele !
Enfin le Spättlehansel est une figure de Blätlzehansele qui ajoute cependant une petite touche baroque lui aussi avec son chapeau pointu, le Gupfhut. Mais c'est son masque au style très particulier et à la mâchoire mobile qui en fait une figure vraiment unique.

Les sorcières de Wolfach ont ceci d'intéressant qu'elles sont une sorte de réaction aux autres sorcières dont la popularité est allé croissante dans le reste de la région. La ville a voulu résister en développant une figure qui soit propre à son histoire spécifique plutôt que de céder à la mode d'une figure "générique". Ils sont donc allés puiser dans l'histoire de Rungunkel, une vieille femme qui aurait passé tout son temps derrière le fuseau, au point d'inspirer une légende urbaine selon laquelle elle aurait brûlé tous les moutons - ce qui expliquait toute sa laine - et les avaient mangé avant de... s'envoler sur sa cuiller en bois. C'est pourquoi cette cuiller ou spatule est son attribut plutôt que le classique balais. Elle n'est pas non plus en costume rapiécé mais en tenue de travail, un habit paysan simple mais rien d'une sans-abri comme ses consœurs.

Et sans plus tarder (parce que j'ai encore du pain sur la planche !) nous passons à la vidéo qui était censé être le sujet de cet article ! :-D


Laufenburger Fishträger.
Prenons les Narronen de Laufenburg, par exemple (oui, chez eux c'est un Narro, des Narronen, et leurs femmes sont des Narrönin). Ils sont très proches des Blätlzebuebe, avec des masques de Hänsele, mais ont aussi une fanfare de figures, les Tambours. Le plus vieux costume conservé a 300 ans, et c'est également le plus ancien costume de Fasnet complet ! Il est très coloré - minimum cinq couleurs, dont le rouge et le jaune obligatoires car couleurs de la ville. Néanmoins leur guilde fut fondée en 1386, c'est l'une des plus ancienne et ils en sont très fiers, on s'en doute. Leur "thème" est associé à la pèche, avec cette ceinture en filet de pèche et leur figure unique de Fischträger, les Porteurs de Poisson. Il faut savoir que la ville se situe de part et d'autre du Rhin, et qu'en réalité elle n'est pas tout à fait allemande. En effet, depuis le Traité de Lunéville (j'en profite pour faire un peu d'Histoire européenne au passage, hein), une rive appartient à l'Allemagne, l'autre à la Suisse. Pourtant, malgré cette double nationalité, la guilde de Fasnet est restée unie jusqu'à aujourd'hui. Ils ont inventé le Fasnet Sans Frontières !
La figure des Tambours des Narro germano-suisses de Laufenburg !
Un Blätzlebueb avec sa lanterne de rebelle.
Du côté de Konstanz ont aime également les tenues bariolées. Leur grande tradition c'est la danse des lanternes, et cette Lanternentanz est dansée par des Blätzlebuebe qui sont, en fait, une référence aux citoyens bravant un édit de 1388 qui instaurait un couvre-feu. Ces-derniers, en s'éclairant d'une lanterne durant leurs escapades nocturnes, attiraient l'attention des bonnes gens regardant par la fenêtre. Ils ont aussi des figures de Narro Policiers dont un qui chevauche un "cheval" pour leur faire place. Tout comme les Ahland ou les Franskleidle, cette danse typique fait leur réputation et demeure leur attraction principale, même s'ils ne font ici que défiler... La danse et les paroles sont une dénonciation des lois et édits qui retirent le sel de la vie en enlevant aux citoyens les petits plaisirs du quotidien. Les policiers tentent alors de remettre de l'ordre puis finissent par rejoindre les rangs des danseurs...

On notera également dans leurs rangs la présence de Hänsele assez atypiques puisque leurs costumes sont très différents des Hänsele "reprisés" ou des Narro Blancs.

Le Bodenwälder, un Wildmann.
La figure unique qui les suit nous vient de Furtwangen et est un exemple typique d'Homme Sauvage, que j'avais évoqué dans mes articles précédents, avec son costume en écorce et en mousse. Son nom : Le Bodenwälder. Il est supposé induire en erreur les femmes et enfants cherchant du bois ou cueillant des baies pour les égarer dans les bois du Bodenwald. Le but n'étant pas de les manger ou de les tuer mais simplement de leur faire perdre du temps... J'imagine que ceux qui aimaient traîner en forêt plutôt que d'accomplir leurs tâches rapidement avaient besoin d'une "bonne" excuse ?

Quelques mots quand même sur la figure du Wildmann en général. Il est mentionné dès le VIIème siècle et se décline parfois avec femme et enfants ( les Suisses les nommes les Gens Sauvages, Wildlütli). Certains le rattachent à une sorte de tuteur de la forêt de la tradition germanique, qui aurait pour fonction ici de chasser des bois les esprits de l'hiver, d'autres le voient comme une simple figure de mendiants vivant dans la forêt (comme les sorcières, un exclus de la société, un paria, et donc une figure de Fou de carnaval idéale). L'un n'excluant d'ailleurs pas l'autre. Quoi qu'il en soit on lui retrouve souvent des attributs communs d'où qu'il vienne : Un jeune arbre déraciné ou une racine, des animaux empaillés, un costume fait d'éléments naturels comme de l'écorce ou de la paille, et une grosse barbe, parfois faite de mousse ou de branches de sapin. Avec le temps, certains costumes ont été customisés avec plus de couleurs, de matières, de textures et de motifs, pour se transformer en de nouvelles figures loin de cette silhouette sauvage.

Le Furtwanger Spättlehansele.
Le Spättlehänsele de Furtwangen ne semble pas avoir grand chose de neuf à nous offrir avec son costume bariolé semblable aux Blätzlebuebe. Pourtant cette figure est probablement l'ancêtre des figures défilant en cortèges dans les rues. Son costume est traditionnellement fait avec les chutes de tissus, dont il faut près de 2000 Spättlen, des pièces de tissu en forme de tuile. C'est un peu la version archaïque de tous les "Garçons Reprisés" que vous avez vu jusqu'ici... De même le Narro Blanc de Furtwangen est assez typique, je ne vais pas vous refaire tout le topo. On notera simplement les motifs lunaire et solaire qui remplacent les plus habituels motifs floraux, fruitiers, Hansel et Gretel, etc. En revanche, nous voyons également défiler un groupe dont je n'ai pas encore parlé :  Les Fuhrkigili. Ce sont des charretiers qui aiment faire claquer leur fouet. A Furtwangen, ils ouvrent le Fasnet dès le 6 janvier, le jour de l’Épiphanie (ce qui par rapport au reste de la Forêt Noire est très tôt).

Furtwanger Stadthexen ! Très classe, très raffinée.
Enfin, nous retrouvons les immanquables sorcières. Les Stadthexen de Furtwangen sont reconnaissables à leur coiffe à damier rouge et noir et leurs tresses blondes. Comme toutes les sorcières, elles aiment kidnapper les jeunes filles, et cette vidéo vous offre un aperçu du genre de "supplice" auquel l'ont peut être confronté à rester trop près de la route quand on est jeune et jolie pendant le Fasnet...

Dans le genre tradition bien particulière, il y a aussi Fridingen. Leurs Narro tirent une longue corde qui semble interminable afin d'aider leur charretier à promener son soc (bon, ils ne labourent pas grand chose sur le macadam, évidemment) en criant leur "Ju-hu-hu !" qui remplace le plus classique "Narro !". Le costume de Narro de Fridingen remonte à 1814, son design étant essentiellement un costume blanc décoré d'une multitude de patchs et de rosettes aux formes et couleurs variées cousues à la main - qui n'est pas sans rappeler le style baroque des Röslehansele de Wolfach. Les paysans qu'ils accompagnent ont aussi la particularité de distribuer généreusement au public... des grains de céréales. Et oui, on ne reçoit pas toujours de bonbons !
Ju-hu-hu !
Demain on continue si vous n'êtes pas trop crevés par tout ça. On parlera des Diables Rouges du Triberg, d'un Hansele dont le costume est constitué de centaines de petits sacs de sel, et de villageois tellement cons qu'ils avalent leurs prunes avec le noyau !

jeudi 19 février 2015

Fasnet : Les figures d'arlequins, le Malin et l'art du troll à l'ancienne

Les Jokili d'Endingen sont partis dans le tintement de leurs grelots, dansants et riants.  Après avoir vu plusieurs variations autour des Hänsele, Franskleidle et autre figures à visages humains, vous vous dites probablement que vous avez fait le tour du sujet. Et comme pour vous prouver que le Fasnet a bien des surprises à vous réserver, débarquent alors les Chauves-Souris de Sigmaringen ! Et attention, elles ne sont pas seulement celles que vous croyez...


En effet, il y a à Sigmaringen trois figures de chauves-souris : Les Brunes, les Rouges, et les Chauve-Souris Traditionnelles. Les rouges sont celles portées par les enfants, les brunes sont celles qui paraissent les plus évidentes, avec leur masque et leurs ailes... Mais elles ne sont pas les chauves-souris originales de Sigmaringen, puisque les Brunes ne sont apparues qu'en 1965 ! Non, les vraies Chauves-Souris Traditionnelles de Sigmaringen sont celles-ci :

Traditionsfledermäuser de Sigmaringen, toutes "ailes" déployées.
Haha, ça vous serait pas venu à l'esprit, hein ? Et pourtant ce sont elles qui sont à l'origine du trip autour des chauves-souris. La légende autour de cette figure est d'ailleurs assez amusante. Au XIXème siècle, alors que le défilé du Fasnet était encore un truc de mecs, les femmes de la ville auraient été tellement agacées de ne pouvoir participer qu'elles se seraient inventé leur propre figure à partir de vêtements ordinaires (châles, foulards, rubans) qui leur donnaient une apparence de créature ailée à grandes oreilles... des chauves-souris ! Cette figure devint donc une figure majeure de Sigmaringen (c'est la plus ancienne des figures actuelles) et est restée exclusivement réservée aux femmes. Ce n'est qu'un siècle plus tard que l'organisation du Fasnet de la ville décida de créer une figure de chauve-souris pour les hommes, dans la tradition des personnages à masques en bois. Les Chauves-Souris Brunes étaient nées... Il est très rare que le changement de genre pour une figure s'opère dans le sens femmes - hommes, d'habitude ce sont les figures traditionnelles qui sont féminisées pour s'ouvrir après une longue tradition d'exclusivité masculine.
Chauve-souris brune, la version pour homme.
Le Schlossnarro, un arlequin récent !
L'autre figure célèbre de Sigmaringen est le Schlossnarro, le Fou du Château, qui fait vaguement penser aux Franskleidle pour son costume, même si la base du costume est blanche et qu'il préfère le motif du losange aux serpentins. On ne dirait pas comme ça mais c’est une figure très récente. Si récente, en fait, que j'étais déjà né. en effet celle-ci a paradé pour la première fois en... 1992 ! C'est dire comme la tradition est vivante puisque encore aujourd'hui les villes rajoutent au folklore de nouvelles figures enracinées dans les coutumes plusieurs fois centenaires. Comme beaucoup de figures d'arlequins du Fasnet (y compris les Jokili que nous avons croisés précédemment), le Schlossnarro est très influencé par le carnaval vénitien et la Commedia dell' arte du 16ème siècle. Néanmoins, ses attributs sont censées rappeler le Moyen-Âge tardif, une époque où l’Église dépréciait les festivités du Fasnet et ses participants parce qu'elle semblait faire partie d'une mauvaise représentation du monde, où les hommes montraient leur égarement et leur éloignement de Dieu. Ce côté "ego plus fort que la foi" et cette "folie" est représentée par son attribut : le miroir, à la fois symbole de narcissisme et de vision du monde inversée. Néanmoins, son rôle est également de tendre le miroir aux Puissants - et aux spectateurs - pour les confronter à leur "folie" et leur "ego". Je trouve extrêmement intéressant de réfléchir sur le sens donné à cette figure récemment instituée, qui mélange les influences, rappelle les temps troubles de l'origine de la fête entre paganisme et christianisme, tout en se permettant d'être critique vis-à-vis de la société actuelle. Bien joué, Sigmaringen !

Une sympathique Schorreweible !
Après que les Chauves-Souris de Sigmaringen nous aient dépassés, voilà qu'arrivent les Schorreweible de Bad Waldsee. Alors pour ceux qui ne sont pas familiers de la langue de Goethe et pour qui "Bad" semble impliquer quelque chose de mauvais dans la langue de Shakespeare, il n'en est rien, cela veut simplement dire "Bain", et si une ville comme par Bad cela signifie qu'il s'agit d'une ancienne citée thermale romaine (Le Pays de Bade, comme son nom l'indique, est riche en sources thermales). Bref, revenons à nos chères Schorreweible, ou "Bonnes Femmes du bois de Schorren". Ce sont de vieilles femmes, ridées et peu élégantes, vivant dans les bois où elles cueillent des herbes, champignons et baies... On retrouve la figure de la vieille femme ermite vivant comme une sauvage dans les bois, habillée vilainement, bref, la figure des sorcières. Néanmoins, celle-ci est clairement "gentille" et encore une fois, on remarque qu'elle est moins colorée et plus proche des anciens costumes en mousse et écorce, notamment avec son foulard auquel sont suspendues des pommes de pin... contrairement aux vilaines sorcières aux costumes très vifs.

Quand je vous parlais de l'étymologie de Fasnet et du mot Faseln, moquer ou faire une farce, qui plus que Fasten (le jeûne) pourrait être à l'origine du nom de la fête, et bien notre prochaine figure s'appelle Faselhannes pour cette même raison. Il est Hannes-Qui-Te-Prend-Pour-Un-Jambon, si vous voulez. Hannes le farceur. Évidemment, Hannes/Hans est bien sûr un Hansele (Car Hansele est bien un nom, comme Hannes, le suffixe -le indiquant que Hans est jeune, "mignon", sage, bon... En bon allemand ce suffixe est -lein, comme dans un mot que même les non-germanophones connaissent : Fraulein, ou Jeune Femme. Voilà, c'était la leçon d'allemand du jour). On retrouve donc les attributs habituels tels que les motifs floraux, les grelots, la (double !) queue de renard... mais aussi une saucisse (comme les images de Gretel sur les pantalons des Hänsele). 

Faselhannes et sa version féminine.
Néanmoins, sa spécialité en tant que moqueur ou farceur et de se promener avec son livre contenant toutes les anecdotes, flatteuses, rigolotes ou honteuses de ses concitoyens et de les raconter à haute voix devant la foule en se servant de sa Narrenwurst (saucisse des fous... oui, tout peut être narren-quelque chose) pour désigner ses "victimes" comme on pointerait du doigt. Comme le Schlossnarro, il confronte le public à lui-même et n'hésite pas à se moquer de lui, le tout derrière un masque qui se fend bien la poire. On peut aisément comprendre la fonction cathartique d'une telle figure qui "déballe tout en place publique" derrière l'anonymat du masque, crève les tabous et permet d'éviter aux non-dits d'empoisonner la nouvelle année qui commence (ce droit des Narro à dire leurs quatre vérités à tous, puissants ou non, est déjà rappelé dans la queue de renard "futée" des Hänsele, comme je l'avais mentionné dans mon premier article). Comme la nature riche et abondante qu'il arbore sur son costume, le Faselhannes fait sortir la ville de l'hiver, du froid et de la dureté pour la faire entrer dans le printemps joyeux et abondant sur de nouvelles bases, saines. Le costume tel qu'on le connaît aujourd'hui, avec son chapeau conique et sa double-queue de renard, date de 1931.

Federle et son bâton de noisetier.
La figure suivante est assez intéressante. Si elle se nomme Federle c'est parce qu'à en croire de nombreux "témoignages" entre 1518 et 1589, "le Mal de Waldsee se nomme Hans Federle", un chasseur à la fois galant et élégant, mais aussi "mauvais". Pourtant, les légendes autour du personnage évoquent également qu'il aurait sauvé plusieurs innocentes lors des procès de sorcellerie. Alors démon ou héros ? Une origine probable se dessine pour nous, mais aujourd'hui, la figure représente un esprit mauvais qui se déguise en charmant et fringuant chasseur pour effrayer les jeunes filles en bondissant sur son bâton de noisetier. Les plumes du costumes évoquent à la fois son nom (Feder-le, plumette, donc) et son métier de chasseur. Là aussi, la version actuelle de ce costume date de 1931 mais la figure est comme on l'a vu bien plus ancienne. C'est même la plus ancienne de la ville.

Évidemment, maintenant qu'on est entré dans le domaines des figures négatives, on ne peut pas passer à côté des traditionnelles sorcières, ou comme on appelle celles de Bad Waldsee, les Schrättele. Leur nom vient de Schratt, qui en vieil allemand et suisse est un mauvais esprit, un démon. On a donc une version féminisée de ce nom pour nos chères sorcières dont la figure est déjà attestée en 1463, mais comme ses camarades a été re-liftée en 1931. Comme le Federle, elle représente donc le mal et l'hiver qu'il faut chasser. Ses attribut et sa symbolique sont donc typiquement ceux des sorcières. Anecdote intéressante pour cerner l'importance de la Schrätterle dans le folklore local, dans les environs de Waldsee, il n'était pas rare d'utiliser l'expression "Mi hot Schrättele druckt !" (La Schrättele m'a serrée !) pour dire qu'on avait fait un cauchemar. Bon, je doute qu'on l'entende encore beaucoup aujourd'hui, cela dit...
Les Schrättele de Waldsee vont ont à l’œil...

Waldkircher Bajass !
Nous passons enfin à Waldkirch, pour retrouver une fois de plus une figure d'arlequin, le Bajass (ou Bajaß). Waldkirch, sous l'autorité des Habsbourg, a été d'une influence non négligeable sur le développement du Fasnet dans la région pour devenir ce qu'on connaît aujourd’hui (J'avais brièvement mentionné l'impulsion autrichienne dans mon premier article). On peut y voir selon certains l'influence de Ferdinand II qui, paraît-il, aimait beaucoup les célébrations masquées et les jeux sur le modèles des cours nord-italiennes, ou l'apport dans la région de traditions étrangères via des commerçant savoyards. Quoi qu'il en soit, même si on ne connaît pas précisément l'origine du Bajass, on peut s'avancer sans prendre de risque à dire qu'il n'est probablement pas de Forêt Noire, mais plutôt d'Italie ou du Tirol. De façon intéressante, il tomba dans l'oubli jusqu'en 1933, où le Narrenzunft de la ville fondé en 1865 se décida à la ressortir du placard, avant de lui donner son costume actuel en 1952. Ses couleurs n'ont jamais changé, puisque le bleu et le jaune sont les couleurs de la ville de Waldkirch. Cette figure a le mérite de nous éclairer sur l'origine "importée" des figures d'arlequins dans le Fasnet, et également de nous faire poser la question : Pourquoi s'en être désintéressé ?

Le Diable en personne et ses fidèles sorcières...
En tout cas, ce désamour n'a pas frappé les Kandelhexen de Waldkirch. Ces sorcières tirent leur nom du mont Kandel qui culmine à 1243 mètres d'altitude, et qui dès le Moyen-Âge tardif jusqu'à la Renaissance était supposé être un haut-lieu de sorcellerie. On raconte des tas d'histoires sur cette montagne, avec des images toutes plus pittoresques les unes que les autres - de cultes sataniques en présence du Diable en personne (raison pour laquelle il fait d'ailleurs partie du cortège) en passant par des "témoignages" concernant des chariots de sorcières tirés par des chats. Pas étonnant que cette réputation fasse des sorcières de Waldkirch des figures très populaires, d'autant qu'elles ont elles aussi une soirée spéciale, comme les Sorcières de Bräunlingen, un "Sabbat des Sorcières" au pied du Kandel où un feu de joie est allumé (mais sans le saut au travers des flammes, cette fois ^^), un événement nocturne lui aussi très apprécié.

Radolfzell et ses figures prennent le relais et nous offrent une de mes anecdotes favorites concernant l'origine d'une figure, en l'occurrence celle du Kappedeschle, le Maître du Troll à l'ancienne.

Kappedeschle, Maître Troll du Pays de Bade depuis 1848.
Le Kappedeschle est une figure qui existe dans plusieurs ville mais qui semble trouver son origine à Radolfzell en 1848. D'après la légende, à cause du déclenchement de la révolution du Pays de Bade contre les troupes d'occupation prussiennes, les défilés du Fasnet furent interdit. Tous obéirent face au diktat prussien. Tous ? non. Un paysan nommé Xaver Deschle demanda au commandant prussien s'il pouvait au moins "regarder par sa fenêtre, portant cape et masque", ce à quoi le commandant ne fit aucune objection. Deschle construisit alors une fenêtre mobile en bois qu'il s'accrocha autour du coup et, en costume, se mit à danser et parader dans les rues de Radolfzell, suivit par une farandole d'enfants caracolant derrière lui en liesse. Le commandant, dit-on, fit contre mauvaise fortune bon cœur et laissa faire. Bon perdant ! Depuis la figure du Kappedeschle fanfaronne toujours à sa fenêtre, accompagné des joyeux Schulerbueble, les garçons d'école. De son costume à losange à son origine, tout dans cette figure en fait un parfait apport à l'archétype de l'arlequin.

Schlegele Beck, le boulanger salace (en rouge), Galan et Asmodeus.
Dans le genre gros troll la ville a aussi le Schlegele Beck, un boulanger facétieux qui montre son cul à la fenêtre pour laisser les gens deviner s'il s'agit de grosses miches de pain ou... d'autre chose - fait commémoré sur son sceptre. Désolé, il n'est pas dans la vidéo parce que j'avais à mes côtés une personne assez active et que du coup l'image bouge beaucoup trop, on voit presque rien. J'ai pu faire un arrêt sur image potable, il faudra s'en contenter... Il est en revanche accompagné de sept "diables de l'Enfer" que vous pouvez apercevoir dans la vidéo : Le Narrenfresser, Dévoreur de Fous, une figure inspirée de l'Homme Noir avec lequel on faisait peur aux enfants pour les faire obéir mais qui a fini par devenir, ironie du sort, un favori des enfants (trollolol, encore une fois). On le reconnaît grâce à son costume tout en noir et aux deux jambes de Narro qui pendouillent de sa bouche ! Il y a aussi Lumpeseggel le géant habillé de chiffons, Asmodeus le Corrupteur, Galan, tout en bleu qui représente le narcissisme (vous commencez à voir un motif récurrent ?), dont la devise est "Je suis le plus beau en mon pays, dit le miroir dans ma main." et dont le nom vient de l'espagnol pour amant / coureur de jupon, Geiz (littéralement Avarice... pas besoin d'en dire plus), le Höllebock ou Bouc Infernal qui représente la luxure et les pulsions charnelles, et enfin Beelzebub et son crécelle, sans commentaire. Bref, tout un imaginaire bien chrétien comme il faut qui vient lui aussi faire son office cathartique, dans la lignée des Arlequins (dont Galan partage certains attributs comme le miroir).

Les Hänsele de Radolfzell sont très similaires aux Blätlzebuebe de Stockach, si ce n'est qu'ils portent un masque. Certes, pas en bois, mais en étoffe et un petit chapeau en "crête de coq". Leurs Blätlzle restent des variantes de rouge et de jaune, les couleurs de la ville. Ils arborent également la queue de renard typique des Hänsele, et comme leurs semblables de Stockach viennent vous asséner des coups de vessies (et ce depuis 1866). Je ne vais pas m'étendre puisque le sujet des "Garçons Reprisés" a déjà été couvert. De même les Holzhauer - les Bûcherons - sont des figures similaires aux charpentiers de Stockach, à savoir les responsables du montage de l'Arbre du Fasnet. On remarquera qu'ils ont un goût prononcé pour le schnaps !

En revanche, les Klepperle-Narro sont d'un genre très spécial que nous n'avons pas encore croisé. Ils sont un hommage aux Klepperle, cet instrument fait de lamelles de bois que plusieurs figures ont déjà utilisé dans les vidéos (par exemple les Schulerbuebe, ces écoliers qui accompagnent le Kappedeschle à sa fenêtre). Apparu en 1951 pour célébrer cette instrument dont le cliquètement est indissociable du Fasnet, ainsi que l'artisanat qu'il implique, il a été officiellement accepté par les guildes (les fameuses Narrenzünfte) qu'en 1986 après plusieurs améliorations. Très populaire auprès des femmes (mais figure mixte), cette figure porte un masque en bois et un costume composé de 700 lamelles de Klepperle en bois, pour un poids variant de 15 à 25 kilos. C'est un autre bel exemple de la vivacité de la tradition, puisqu'elle implique également la création d'un nouveau modèle de masque. Les tailleurs de masques de Fasnet sont peu nombreux et de véritables expert, alors inventer de nouvelles figures, c'est aussi faire vivre cet artisanat du carnaval que ce Klepperle-Narro représente fièrement.

Un(e) Klepperle-narro vous salue bien !
Wow, ce fut un article bien gras, comme je l'avais annoncé, j'espère que certains liront tout ça jusqu'à la fin (si c’est vitre cas, je vous en remercie, ce n'était donc pas en vain !) Rendez-vous demain pour un nouvel article, un peu moins long !