mercredi 9 mai 2018

Le drapeau de la Scanie

Le drapeau de Skåne.
Lorsque j'avais écris mon article sur la généalogie des drapeaux nordiques (mon article le plus populaire à ce jour, d'ailleurs, et auquel je ferai désormais référence comme "l'article précédent"), j'avais utilisé une carte sur laquelle figuraient les différents drapeaux et le pays/territoire autonome/région que chacun représentait. Or, les plus attentifs d'entre vous auront peut-être remarqué qu'il y en avait un dont je n'ai pas parlé, associé à un petit bout de l'extrême-sud de la Suède. Une croix jaune sur fond rouge. Et bien ce drapeau, c'est le drapeau de la Scanie.

La Scanie, ou Skåne pour les intimes et les suédophones, c'est une région de la Suède dont l'Histoire tumultueuse est marquée par une appartenance tantôt au Danemark, tantôt à la Suède. C'est un peu l'Alsace du sud de la Scandinavie. C'est également là que je vis depuis quelques mois déjà après avoir déménagé de Finlande. Du coup, et comme je vois ce drapeau tous les jours vu qu'il y en a un dans mon quartier, je me suis dit que l'occasion faisant le larron, je pourrais faire un petit bonus à mon article mentionné ci-dessus et parler brièvement de ce drapeau. Ce qui ne va pas être facile car les sources que je trouve sur le sujet sont assez limitées et même, parfois, contradictoires (y a plus en suédois mais je ne suis pas encore assez bon pour y puiser des infos avec confiance). Donc je précise de suite : ceci n'est pas une entrée de l'encyclopédie Universalis, c'est une introduction, un aperçu non-exhaustif, et surtout, je vais y donner mon avis. Il paraît que c'est mal vu, mais je le ferai quand même.

Déjà, et pour justement donner mon avis, parlons du style. Dans mon article précédent je mentionnais que je trouvais le drapeau de l'Union de Kalmar moche. Et pour rappel, le drapeau de l'Union de Kalmar ressemble à ceci :


Tandis que le drapeau de la Scanie ressemble donc à cela :


Moi qui ai ouvertement dis que le rouge sur fond jaune je trouvais ça un peu flashy et pas très beau, vous imaginez bien qu'en inversant les couleurs je ne suis pas franchement enthousiaste, a priori. Néanmoins, le rouge est moins criard que que le jaune pétant donc honnêtement ça passe un peu mieux, même si, j'avoue, c'est pas mon préféré. Et de loin. On remarquera que ce drapeau ressemble beaucoup à celui du Danemark et... c'est voulu. Son créateur, le professeur d'Histoire Mathias Weibull (et non son frère Martin, à qui on attribue généralement cette paternité), a voulu mélanger les drapeaux danois et suédois pour illustrer cette fameuse histoire binationale, employant donc le fond rouge danois et la croix jaune suédoise, un peu comme le fera plus tard le drapeau de Åland dans l'idée, mais en plus évident.

Bon, ça c'est une des versions, parce que de sources en sources ça devient vite un bordel sans nom. Le jaune représenterait peut-être l’archevêché de Lund (chez moi !). Quant au mythe qui veut que le drapeau de la Scanie ait été dessiné vers 1870 et introduit à Lund comme drapeau régional, d'autres disent que cela aurait en réalité plutôt eu lieu en 1902, ce qui place ce drapeau dans notre chronologie entre la Norvège (1821) et l'Islande (1915-1918). De fait, c'est donc un "vieux" drapeau nordique, finalement. Bizarrement, d'autres sources mentionnent ce drapeau comme un drapeau multicentenaire et comme le plus ancien drapeau régional de Suède... Après, c'était l'argument de vente de celui qui voulait en faire un drapeau régional officiel, alors quelle proportion d'exagération romantique dans tout cela, allez savoir. Comme on l'a vu, c'est principalement un drapeau de l'Union de Kalmar inversé, avec des couleurs courantes dans les armoiries nordiques... Comme on l'a vu dans l'article précédent, les drapeaux nordiques ont tendance à se copier s'inspirer les uns des autres donc voilà, comme pour Dannebrog, la bannière du Danemark, je vous ai donné les différentes versions, faites-en ce que vous voulez.

Le drapeau officiel de la Scanie
De toute façon, il faut relativiser les choses. Les autres drapeaux nordiques dont j'ai parlé précédemment sont des drapeaux officiels de pays ou de territoires autonomes, là on parle d'un drapeau régional. Très populaire, mais pas officiel depuis longtemps : le drapeau officiel était un blason avec une tête de griffon, jusqu'à très récemment. Depuis novembre 2017, le drapeau en croix a été lui aussi adopté comme drapeau officiel. Pour le moment, je n'ai pas vu le drapeau à tête de griffon, uniquement celui à croix excentrée, ce qui en dit long sur sa popularité. Mais son statut n'est pas comparable à celui d'Åland ou des îles Féroé, par exemple.
Et sinon, apparemment il y a un jour du drapeau de Skåne le troisième dimanche de juillet.

Petit détail intéressant, le drapeau rouge à croix jaune n'a pas toujours représenté que la Scanie. Il a également été le blason de l’archevêché d'Uppsala et... le drapeau du parti fasciste et collaborationniste norvégien Nasjonal Samling, de 1933 à 1945. Avec un combo pareil, pas étonnant que le seul parti politique a avoir désapprouvé l'adoption officielle du drapeau en croix soit le Parti de Gauche, qui y voyait une droitisation romantique de la Scanie (culte du drapeau, quête identitaire, tout ça). Je ne vis pas ici depuis assez longtemps pour en juger, néanmoins j'ai vu et entendu plusieurs rumeurs sur des partis indépendantistes (Liberté pour Skåne !!! Suède = oppression !!!) voire des partisans du... rattachement au Danemark...??... Je veux bien que le dialecte se rapproche plus du danois que du parler de Stockholm mais quand même, quoi. Pour info, la Scanie n'est plus danoise depuis 1658, tu parles d'une nostalgie ! Mais bon, a priori on parle d'une poignée de gens, pas d'un vrai mouvement populaire d'extrême-droite comme semble en conclure le PdG. Mais ils existent, certes. Et quelque part, cela s'inscrit dans la démarche qui habite l'histoire des drapeaux nordiques en croix et dont je parlais dans mon article principal : l'envie de se démarquer tout en s'inscrivant néanmoins dans une aire culturelle commune. Après, est-ce que c'est  bien ou mal ? Est-ce que cela se justifie vraiment culturellement et linguistiquement ? Est-ce que ce serait viable économiquement ? Je n'ai pas de réponses à ces questions, mais je ne jugerai pas aussi sévèrement que le Parti de Gauche l'envie d'une majorité des habitants de Scanie d'arborer leur propre drapeau pour revendiquer leur culture régionale, s'ils le souhaitent, ni ne les mettrai tous dans le sac des indépendantistes forcenés. Car je pense que l'identité n'est pas forcément un mot sale qu'il faudrait abandonner aux seuls gens du Bastion Social et des Identitaires. Je crois qu'il y a un juste et sain milieu à trouver et, mis à part quelques hurluberlus, j'ai l'impression - à confirmer - que c'est ce qui s'est passé en Scanie avec l'adoption de ce drapeau qui était déjà populaire depuis longtemps et dont l'adoption "officielle" n'aura finalement pas changé grand chose : il flottait déjà au vent par le passé aux côtés des drapeaux suédois et européens, et il le fait toujours.

La région Skåne aux couleurs de son drapeau et le mot "liberté". Ceci est l'authentique avatar Facebook d'un régionaliste indépendantiste local croisé sur ce fabuleux réseau social. Il y en a, donc.
Néanmoins, et pour ne pas finir sur une note trop pompeuse, le même drapeau représente également de façon officieuse la communauté des Finlandais suédophones en Finlande (que personnellement j'ai plus souvent vu arborer le drapeau d'Åland pour représenter une certaine fierté d'être suédophone, mais en même temps beaucoup des suédophones que j'ai connu ont un lien avec l'archipel qui, il faut bien le dire, représente à lui seul une bonne grosse portion des Finlandais suédophones).

Donc voilà, c'était le drapeau de la Scanie, ce drapeau rouge et jaune dont je n'avais pas parlé dans mon article sur la généalogie des drapeaux nordiques, d'aucuns diraient que je l'avais négligé, et j'avoue que si je n'avais pas déménagé en Scanie je n'aurais probablement pas pensé à faire cet addendum. D'ailleurs à l'époque je ne savais même pas que j'y mettrais les pieds un jour, et encore moins que j'allais y déménager. C'est drôle la vie.


Mais du coup ça veut dire que dans deux ans je déménage en Grande-Bretagne pour me taper le dernier drapeau inexpliqué de la carte ?


(Spoiler : probablement pas.)




(Ouais, non, pas du tout, en fait. Je viens de me taper un déménagement dans un autre appartement six mois après avoir emménagé dans le précédent, en étant malade de surcroît, donc les déménagements dans un futur à court et moyen, et puis même long terme tiens, c'est NON. Voilà. J'avais besoin de le dire,  publiquement, comme une profession de foi, quoi. Plein le dos des cartons, des meubles IKEA et des étages sans ascenseurs.)

mercredi 25 avril 2018

Stavkirker : les églises en bois debout

L'une des choses qui m'intéressaient le plus dans ce voyage en Norvège, en dehors des paysages en général, c'était de pouvoir visiter des églises en bois debout. Elles sont pour moi tellement iconiques, tellement belles, que je me devais de les mettre sur ma liste des choses à voir absolument. J'avoue, cette liste était un peu trop optimiste, et beaucoup de sites sont passés à la trappe. Il faut bien réaliser que les routes norvégiennes sont très sinueuses, ça monte et ça descend pas mal, et les distances qui sembles raisonnables sur la carte prennent rapidement beaucoup plus de temps à parcourir qu'on ne le pense. C'est vraiment très trompeur, donc je recommande de faire des estimations en ligne des trajets plutôt que de juger à l’œil sur la carte combien de temps il vous faudra.

Ce problème de distance difficile à estimer au premier abord a donc considérablement réduit le champ d'exploration possible autour de notre maison par rapport à mes plans initiaux, néanmoins en préparant nos trajets correctement et en sélectionnant plus finement nos objectifs, nous sommes parvenus à faire pas mal de choses de cette fameuse liste, y compris voir des églises en bois debout. En terme de lieux historiques, je tenais absolument à voir le musée des navires vikings à Oslo, et l'église de Borgund. Le premier nous en parlerons plus tard, la seconde, nous en parlerons maintenant.

(Oui, ça veut dire qu'on a réussi à y aller.)

Stavkirke de Hedalen.
Les églises dont je vais à présent faire un topo général ont été visitées en plusieurs fois, à plusieurs jours d'intervalle, parfois par hasard, parfois dans le cadre de musées, bref, les contextes étaient différents, parfois nous étions à quatre, parfois seulement à deux... donc plutôt que de faire comme d'habitude et de raconter chaque visite, je vais plutôt faire un tour d'horizon. Désolé par avance si ça fait un peu "Top 5 des meilleures églises en bois debout, la numéro 3 va vraiment vous surprendre !".

Avant tout, commençons par le commencement : qu'est-ce qu'une église en bois debout, ou stavkirke (ou stavkyrkje, d'ailleurs) ? Ce sont des églises en bois (sans déconner) construites entre le 12ème et la première moitié du 14ème siècle, selon une technique particulière où des poteaux (les stav) soutiennent la structure générale (murs, nef, etc.). Ces poteaux dressés sont le fameux "bois debout" en français, quand les anglais traduisent par stave churches, donc églises à poteaux. Un système de poutres servait alors de "cadre" sur lequel on pouvait plaquer les murs et faire s'appuyer le toit. Pour des informations plus détaillées concernant la technique de construction, je vous renvoie à l'article wikipedia

Alors qu'il en existait plus d'un millier au Moyen-Âge, ce chiffre était tombé à 270 en 1650, et au début du 19ème siècle il n'en restait déjà plus que 70. Démontées et recyclées, transformées jusqu'à ne plus ressembler du tout à leur état d'origine, détruites pour faire la place à des églises plus modernes en bois ou pierre, elles ont pratiquement disparu. Il en reste aujourd'hui moins d'une trentaine dans toute la Norvège (28 ou 29 selon les sources, je lis souvent 28 mais le livre acheté en Norvège qui m'aide à rédiger cet article en dénombre 29), et quelques rares en dehors (par exemple une en Suède, une en Grande-Bretagne, une norvégienne (celle de Vang) démontée en 1841, achetée par le roi de Prusse et déplacée en 1844 à Krummhübel, en Prusse de l'époque, désormais Karpacz en Pologne.) Ce qui était une technique de construction courante dans le pays a été diffusé dans le Nord et autour de la Baltique et a fini par devenir une icône de l'histoire architecturale norvégienne. On doit leur préservation aux efforts incroyables de la "Société pour la préservation des monuments anciens norvégiens", sans qui il est peu probable qu'il ait resté autant d'églises en bois debout visitables. Malheureusement ils manquent aujourd'hui de fonds et ça se ressent lors de certaines visites, comme on le verra plus tard. Merci tout de même à ces gens qui ont permis de sauver un patrimoine aussi fragile de la destruction et de l'oubli.

Précisons toutefois que la technique est également employée pour d'autres types de bâtiments, pas uniquement des églises, par exemple des granges, comme nous avons pu en voir au musée folklorique d'Oslo :

Bon, de l'extérieur ça se voit pas forcément mais cette grange est construite selon la technique du bois debout.
Mais assez de généralités, voyons ces églises. Alors je précise tout de suite : les présentations qui suivent ne sont pas basées sur la qualité des monuments, leur historicité ou mes préférences. Il y a 28/29 stavkirker et je ne vais en présenter que six. Pourquoi ces six-là ? Parce qu'elles étaient à ma portée lors de mon voyage, tout bêtement. Je ne parlerai donc pas de l'église en bois debout de Heddal, pourtant la plus grande de toutes les stavkirker norvégiennes qui subsiste. J'aurais bien aimé la voir, hein, et je regrette de ne pas pouvoir la présenter, mais elle était trop loin. Une autre fois peut-être ?

Commençons par des petites églises, histoire de garder un peu de progression.

HEDALEN

Alors Hedalen fut une grosse erreur de notre part. C'est la première stavkirke qu'on ait vu, c'était sur le chemin entre l'aéroport et notre maison de location (et plutôt la fin du chemin que le début), autant dire qu'on était pas forcément dans les meilleures dispositions et que devant le tarif un peu prohibitif de l'entrée, on a décidé de se contenter de l'extérieur, en nous disant qu'on en verrait d'autres de toute façon. Et c'est vrai, on en a vu d'autres, sauf qu'il se trouve que l'église de Hedalen contient plusieurs artefacts beaux et classieux notamment un retable médiéval, une madone de bois peinte et un reliquaire, datant d'avant la réforme et que l'isolation relative de cette égalise ont sauvé. Artefacts que je n'ai pas vu, donc, à part dans un livre, acheté plus tard. Gros regret a posteriori, du coup, mais si d'aventures vous passez dans le coin, lâchez les couronnes et payez-vous l'entrée. Malgré tout, l'église elle-même est chouette et le cadre fort agréable. (je peux copier-coller ce commentaire pour presque toutes les suivantes, d'ailleurs). L'église a été amputé par rapport à sa forme originale et a perdu une aile. Comment souvent, l'église d'aujourd'hui ne ressemble plus vraiment à la construction d'origine (datant ici de 1163), même si cet effet peut-être bien pire ailleurs (cf. Torpo).

Vue d'ensemble de la stavkirke.
Vue latérale.
Détails du toit avec tuiles en ardoise.
Le portail avec ses sculptures magnifiques.
Détails du portail. Les dragons et monstres du portail symbolisent les forces maléfiques que l'on doit laisser derrière soi en entrant en ce lieu saint.
Plus de détails. Remarquez la ferronnerie, y compris la figure humaine décorative. 
Encore plus de détails
 REINLI

Reinli, pareil, on n'est pas rentré dedans. On a donc manqué un fond baptismal en pierre datant du moyen et un autel donc la peinture date de 1923. La structure construite au début du 14ème siècle possède une nef simple, qui incorpore des éléments d'une église plus ancienne, a été modifiée au Moyen-Âge, puis restaurée au 17ème et 18ème siècle pour retourner pratiquement à son état d'avant la réforme. La charpente ouverte est relativement unique parmi les stavkirke restantes. On a en revanche pu admirer l'église de l'extérieur et faire le tour de la galerie intérieure, qui s'est avérée couverte de graffitis.

Pour entrer dans le clos du cimetière, il faut passer sous le beffroi. Les stavkirker ont généralement le beffroi séparé de l'église même.
L'église dans son contexte. 
Plus de paysage. Le cadre est vraiment magnifique.
La vue depuis le cimetière.
Comme d'habitude un admirable travail de ferronnerie.
La galerie en U qui fait tout le tour de la nef.
Remarquez les nombreux clous qui traversent le toit.
Aucun respect ces jeunes qui taguent des lieux saints en 1886.
Détail du toit en cascade et de sa décoration. Notez le petit vitrail.
Le portail.
L'entrée fermée. Comme on peut le voir, même si nous étions rentrés je n'aurais pas eu le droit de prendre de photos de la fameuse charpente... 
Vue depuis la route.
UVDAL

L'église en bois debout d'Uvdal fait partie d'un musée folklorique à ciel ouvert, et a donc la chance d'être située dans un cadre magnifique, entourée d'autres bâtiments historiques préservés. Je ferai probablement un petit article sur ce musée donc je ne m'attarderais pas sur lui, en revanche, parlons de l'église. À l'origine construite en une nef simple avec un mat central, on lui a ajouté deux bras de transepts en 1723 Si de l'extérieur elle ne paye peut-être pas trop de mine comparée à ses sœurs, c'est de l'intérieur que vient que vient son attrait. Des peintures du 17ème et 18ème siècle recouvrent ses murs tandis que l'architecture en bois imite, comme souvent dans les stavkirke, l’architecture en pierre. Le fond baptismal en bois date quant à lui du 13ème siècle et est un artefact rare pour la Norvège.

Il église désormais une autre église, plus grande, qui assure le service dominical, rendant celle-ci obsolète (d'ailleurs dans la vidéo tout en bas de cet article, la première église que l'on voit, après le drapeau, n'est pas une stavkirke, mais la nouvelle église d'Uvdal). Elle est donc désormais complètement dédiée au musée. C'est la Société pour la préservation des monuments anciens norvégiens qui en a donc la charge, mais comme je le mentionnais précédemment, ils manquent de fonds. Du coup, lors de note visite à l'été 2017, l'église n'avait plus été goudronnée depuis 2006, alors que c'est un traitement indispensable à sa bonne conservation. Cela explique pourquoi ses pans les plus exposés aux éléments sont si clairs. Malheureusement, ce manque de sous finira un jour par se payer...



On remarque les fondations en pierre pour éviter les infiltrations d'eau. Je ne le fais pas remarquer partout mais vous verrez que cela fait partie de l'architecture des stavkirker.



Si vous faites attention, sur le plafond incliné tout à gauche, on voit la marque d'une croix dans la peinture. On nous a raconté que c'était une croix de valeur, probablement volée en France et qui s'était retrouvée ici (comment ? pourquoi ?), avant d'être dissimulée sous la peinture quand était arrivé le temps de la réforme et de la sobriété, avant d'être retirée du plafond, laissant cette trace derrière elle. Il y avait d'autres anecdotes concernant artefacts qui provenaient probablement de vols mais je ne m'en souviens plus, malheureusement...


La croix détachée du mur a retrouvé sa place sur l'autel.


Fond baptismal en bois du 13ème siècle.
TORPO

Bon, Torpo j'aurais pas grand chose à dire dessus : Céleste et moi on rentrait de notre visite de Borgund et on a découvert cette église sur le chemin du retour alors qu'elle n'était pas indiquée sur notre carte. Elle était fermée donc on a juste fait le tour, c'était un genre de bonus. L'église en soi est déjà toute petite, car après moult transformations elle ne ressemble pratiquement plus à son état d'origine. Il faut dire qu'à la construction de l'église moderne (qui se trouve littéralement à côté, cf. ma vidéo), elle aurait dû être démolie, et lorsque la Société pour la préservation des monuments anciens norvégiens (je crois que je vais écrire SPMAN à partir de maintenant parce que bon, hein) a récupéré la vieille église, le chœur avait déjà été démoli et perdu corps et biens. Reste donc a morceau d'église amputé. Une partie du plafond peint au Moyen-Âge subsiste néanmoins et peut donc valoir le coup d’œil si vous passez dans le coin aux horaires d'ouverture. Sinon, il vous restera toujours les sculptures des deux portails restant et une agréable odeur de goudron !

Ce qu'il reste de l'église de Torpo.
Détail du toit et de ses plaques d'ardoise en guise de tuiles.
Pas la meilleure orientation pour des photos à cette heure-ci, mais ça vous donne une idée (pour le coup on voit mieux les détails dans la vidéo)
Malheureusement les sculptures sont assez abîmées par le temps et les éléments, mais restent néanmoins magnifiques à regarder.
 BORGUND

Voilà, ça y est, celle que tout le monde attend et qui me faisait tant envie : la stavkirke de Borgund, la plus ancienne des églises en bois debout subsistant en Norvège, et de fait la plus "authentique" (sa construction date probablement de la fin du 12ème siècle). Une plus connues et iconiques. Une nouvelle église l'a remplacée elle aussi au 19ème siècle, mais elle a été récupérée par la  SPMAN qui l'a "expurgée" de ses modifications datant d'après la réforme pour la rendre aussi authentique que possible, à tel point qu'elle est devenue un modèle pour d'autres "restaurations", notamment Gol, que nous verrons juste après. Je mets des guillemets à restauration parce que quand vous verrez Gol, vous comprendrez qu'il s'agit presque de reconstruction comme on referait un visage en chirurgie esthétique. L'intention est louable, le résultat... je le prend avec des pincettes. Reste que Borgund est indiscutablement superbe. Les détails des sculptures, le toit en cascade orné de dragons, jusqu'aux graffitis runiques un peu partout... à voir absolument. N'hésitez pas à faire le musée juste à côté qui explique simplement mais efficacement l'évolution des églises en bois debout, leurs techniques de construction, leur déclin, etc. C'est court et très bien fait, idéal pour se rafraîchir tout en apprenant quand le soleil d'été tape dur.

En rouge, l'église moderne, à côté le beffroi de la stavkirke, en le grand triangle noir, c'est l'église en bois debout. On voit tout de suite à sa couleur qu'elle n'est pas négligée comme Uvdal.
On voit bien ici l'abside qui s'inspire des construction en pierre.

Vue de profil.
Le cadre pas dégueulasse du tout. Pour les amateurs, il y a un circuit de randonnée dans les parages.
Je suis amoureux de ce toit en cascade.

Détails du "clocher" (qui n'en est pas un, les cloches sont dans le beffroi à côté).
Les tuiles de cette églises sont en bois, taillées à la main. On voit bien ici la grosse couche de goudron qui encroûte le bois. L'amoureux de Terva en moi était aux anges avec cette forte odeur portée par la brise.

La porte couverte de graffitis runiques
Les sculptures du portail principal.
Détail des sculptures. Admirez le travail d'orfèvre.
La structure interne, avec ses croix de Saint André (à qui l'église est dédiée). On remarque la présence d'arches en bois, purement décoratives. La structure est soutenue par les piliers qui donnent leur nom aux stavkirker, néanmoins des arches ont été ajoutées pour imiter l'architecture des églises en pierre.
Détails de la voûte.
Encore une sculpture.
Je pense qu'on se rend encore mieux compte de la couche de goudron sur des éléments plus en relief que les tuiles., comme ce pilier de la galerie extérieure.
Le beffroi.
L'inévitable photo souvenir. En même temps depuis le temps que je voulais m'y rendre... c'était vraiment haut sur ma liste des choses à faire, pas seulement en Norvège, mais dans le Nord en général. Donc j'étais heureux !
 GOL (OSLO)

Et pour finir, un mot tout de même sur la stavkirke de Gol, qui n'est plus à Gol, puisqu'elle a été démontée et rebâtie dans le musée folklorique norvégien, à Oslo (toutefois depuis 1994 une réplique de stavkirke a été construite à Gol, donc vous pourrez bel et bien y en voir une, mais pas une "vraie"). Elle a été "restaurée" comme je l'ai dis en s'"inspirant" de Borgund. Et, bon, ben... les phots parlent d'elles-même. Vous pouvez vous amuser à jouer aux sept différences. Même l'intérieur, censé être resté très authentique, est assez proche (hum...) de Borgund, si ce n'est un chœur décoré de peintures assez intéressant. Du fait qu'elle se trouve à Oslo, c'est la stavkirke la plus visitée du pays.

"Inspirée" de Borgund, donc.
L'état de restauration fait plus "neuf" que Borgund, y a pas autant l'impression de croûte de goudron.
Architecture intérieure similaire qu'à Borgund, mais avec des détails en peinture.
On retrouve les fausses arches imitant les églises en pierre.
J'aime bien les piliers peints.
Bon, ne boudons pas notre plaisir, l'église de Gol reste très agréable à visiter, et apporte un réel plus au musée qui la renferme.
Voilà qui boucle mon petit tour des stavkirker. J'aurais aimé en voir plus, en celle que j'ai vu j'aurais parfois souhaité voir l'intérieur, mais ce fut une chouette initiation qui m'aura donné un aperçu des églises en bois debout dont j'avais toujours eu envie de faire une étape dans un voyage. C'est chose faite, je suis ravi, et pour ce qui n'aura pas été vu cette fois-ci, ce n'est que partie remise !

Je voulais à la base inclure un petit aparté sur les églises en bois pas debout (appellation non contractuelle), mais cet article est déjà bien trop long, je ferai donc un mini-article aparté  en complément de celui-ci. Je vous laisse donc avec deux bonus : d'une part une vidéo bien trop longue pour repasser ces sites fabuleux en revue et avoir un côté plus "ressenti" (je la conseille tout de même, notamment pour la partie intérieure de Uvdal dont on prend mieux la mesure en vidéo, ainsi que pour le détail des sculptures des portails de Torpo. Et puis parce que je me suis fait suer à la faire, aussi, accessoirement)(après je sais que c'est long, si vous sautez des passages je n'en voudrais à personne), d'autre part une petite carte où j'ai placé chaque site, au cas où vous seriez curieux ou planifieriez un voyage. Il y a une église matérialisée par une autre couleur et qui n'est pas dans cet article, on la retrouvera dans l'aparté à venir !

La vidéo :



Et la carte, donc :