jeudi 28 septembre 2017

Surströmming, une abomination culinaire

Rien que le titre de cet article est une hérésie. Surströmming n'a rien de culinaire.

La plupart des lecteurs de ce blog savent déjà qu'après plus de six années passées en Finlande, un nouvel horizon m'appelle tandis que je m'apprête à déménager en Suède pour suivre ma compagne. De gros changements en perspective sur lesquels je reviendrai peut-être dans un article dédié, parce que mine de rien ça fait beaucoup de choses en ébullition dans ma tête et qu'un blog sert aussi de soupape pour ce genre de choses. Mais en attendant de traiter de ce sujet d'une extrême légèreté, intéressons-nous plutôt aux vrais problèmes sérieux. Parlons bouffe. La Finlande m'aura offert l'occasion d'apprécier de nouvelles choses, comme le mämmi (souvenez-vous), le goudron (j'y reviendrai bientôt), le Kalakukko (un pain fourré au poisson), le Salmiakki (de la réglisse salée) et tant d'autres. Chirac aurait dit une fois qu'il n'y a qu'en Finlande qu'on mange moins bien qu'au Royaume-Uni. C'est peut-être un poil exagéré. On aime ou on n'aime pas, le sujet divise mais on est loin du désastre culinaire annoncé.

En revanche, en Islande, on est passé au cran au-dessus avec le hákarl (souvenez-vous). Là encore, réputation terrible à l'international, les locaux assumant eux-même qu'il s'agit d'un "goût qu'on acquière" avec le temps, et un concept assez peu ragoûtant à la base (un requin qui n'urine pas, et dont la chaire est saturée d'acide urique - donc toxique - mais qu'on laisse faisander pour la rendre comestible. L'Islande, le pays du bon goût.) J'avais déjà fais une vidéo où je goûtais du hákarl et, malgré l'impression de respirer de l’ammoniaque, c'était pas si horrible que ça. C'était mauvais, hein,  qu'on soit bien d'accord, mais loin de l'horreur escomptée.

Quelques années plus tard, je m'apprête donc à quitter la Finlande pour la Suède. C'était donc le moment idéal pour réaliser un vieux projet que j'avais échafaudé il y a des années avec mon ancien coloc Finlandais, à la fois l'occasion de nous amuser avant de nous quitter (c'était déjà lui qui avait filmé la vidéo du mämmi, entre autres), et de me préparer à mon nouveau pays d'accueil. Les astres étaient alignés, il était temps de nous attaquer à la bouffe à la réputation la plus détestable qui soit.

Le Surströmming.


Internet regorge déjà de vidéos de gens goûtant avec plus ou moins de succès à cette spécialité suédoise constituée de hareng de la Baltique fermenté selon une recette bien particulière qui implique deux bains de saumure différents et tout, on n’est pas dans du simple "mettez le hareng dans la boîte et basta". Vous ne voudriez pas rater votre poisson, n'est-ce pas ? (Attention, c'était du sarcasme). Je savais donc à quoi m'attendre. Mais quelque part, la semi-déception du hákarl m'avait échaudé et je me disais que les gens incommodés des vidéos Youtube exagéraient pour la mise en scène. Du coup j'y suis allé avec un peu de nervosité, tout en ayant conscience que ma vidéo serait peut-être moins... parlante. Après tout, si ça pue et que c'est pas bon, bah c'est vite réglé comme pour le hákarl.

Toutefois, il m'avait été recommandé par plusieurs sources indépendantes de : 

1) Ne pas l'ouvrir à l'intérieur.
2) Ne pas l'ouvrir à proximité des habitations.
3) Ne pas l'ouvrir sans avoir pris la précaution de plonger la boîte sous l'eau.
4) Ne pas l'ouvrir.

Nous avons donc pris le bus et marché un peu pour nous isoler en forêt, dans un coin où nous avions déjà tourné une vidéo par le passé (nostalgia trip oblige), que nous savions isolé, pratique pour poser la conserve et à l'abri des rafales de vent pour éviter le sfffrrfffrrssshhfrr de la Norvège. Tout était prêt, il n'y avait plus qu'à commencer.


La vidéo parle d'elle-même, Surströmming ne déçoit pas. Si l'odeur met un certain temps à se répandre, laissant croire un instant que "c'est pas si terrible, finalement", elle est véritablement putride. C'est la chose la plus immonde que j'ai jamais goûté. Ou même juste senti. Quand quelqu'un viendra vous faire chier parce que vous ne mangez pas assez de nourriture bio, naturelle, sans additifs, sans conservateurs, offrez-leur du Surströmming. Du hareng, de l'eau, du sel, ei muuta. 100% naturel. Le résultat est juste à vomir. Littéralement. J'ai mâché mon morceau deux trois fois avant de le cracher, impossible d'avaler ma bouchée pourtant précautionneuse. Je pense que j'aurais tout rendu si j'avais avalé ce truc. La texture a l'air gluante, notamment avec les boyaux de poisson qui flottent dans l'eau, mais le poisson a encore sa colonne et donc il faut un peu tirer dessus pour arracher un morceau. La chaire est aussi ferme que les harengs marinés qu'on trouve dans n'importe quel supermarché finlandais (qui eux sont bons, hein, je précise), et moins "moelleuse" qu'un rollmops. Ah et aussi c'est proprement dégueulasse, l'avais-je déjà précisé ?

100% Nature. Et la nature, c'est forcément bon.
Alors dans la vidéo vous me voyez joyeusement nous débarrasser de la boîte (préalablement vidée de son contenu innommable sous les arbres) dans une poubelle. Mais nous n'étions pas débarrassés de l'odeur pour autant, parce que même en rinçant vite fait mes mains avec des mouchoirs et un peu d'eau, l'odeur persistait. On passe à la supérette pour me laver les mains : plus de savon. On va donc acheter des lingettes nettoyantes : horreur, l'odeur est comme "activée" par l'humidité. Il faut les laisser sécher pour limiter les dégâts. 40 minutes de bus avec cette odeur de poisscaille pourri sur les mains ! Arrivé chez mon ancien coloc, lavage de mains. Cinq fois, avec trois détergents différents. Toujours les doigts qui puent. Retour chez moi, re-lavage de mains, savon, bicarbonate de soude... et toujours une vague odeur écœurante sur les mains... Nous sommes le lendemain et, fort heureusement, ça y est, j'en suis venu à bout. Donc si d'aventure vous aussi souhaitiez tenter votre chance avec le Surströmming, conseil d'ami : mettez des gants, ou préparez-vous à vivre avec les conséquences de vos actes pendant de longues, très longues heures (ou chaque fois que vous humez vaguement l'odeur de poisson sur vos mains, votre cerveau se rappelle de cette bouchée fatidique en mode syndrome de stress post-traumatique, hauts-le-cœur en sup).

Pour en savoir plus, la page française de wikipedia est un peu succincte. Je note qu'ils associent le Surströmming à d'autres plats "similaires", genre le hákarl justement et... le gravlax ? Mais c'est génial le gravlax ! (si vous aimez les tranches de saumon cru un peu salées). Rien à voir, mais alors rien du tout avec l'haleine matinale de Cthulhu qu'est le Surströmming. Par contre le Kiviak, le pingouin fermenté des Inuits, m'intrigue. Hop, sur la liste.

La page anglaise est plus fournie, avec quelques anecdotes rigolotes, comme ce propriétaire allemand qui a jeté dehors sans préavis un locataire qui avait répandu du jus de Surströmming dans la cage d'escalier. Poursuivi pour cela devant la justice, le propriétaire a plaidé sa cause en ouvrant une boîte de cette horreur en pleine cour. La justice, comprenant la gravité de l'incivilité commise par le locataire, a étrangement donné raison au proprio.

Bref, ça y est, j'ai enfin testé le Surströmming comme je me l'étais promis il y a longtemps sans jamais oser trouver le temps de le faire. Et donc, en conclusion : c'était pas très bon.

Maintenant que c'est derrière moi, la Suède ne peut plus rien me servir de pire.

N'est-ce pas ?

PS : Si la conserve a bien été achetée et consommée jetée dans les buissons en Finlande, la marque est bel et bien suédoise, il ne s'agissait pas d'une abomination équivalente finlandaise. Proudly made in Sweden.

samedi 16 septembre 2017

Soleil et mouches à Vardehovda

Une photo spoiler juste pour la miniature sur Facebook ? Non, pas du tout.
Oui, ce titre est nul, mais il répond à celui de l'article précédent et... au bout d'un moment, faut bien trouver quelque chose. Après tout c'est le 133ème article de ce blog, on me pardonnera bien ça. Bref, Vardehovda, un des sommets d'un plateau pas loin de Bjørkheim. Pour s'y rendre, deux options : une longue marche à pied, ou prendre la voiture jusqu'au parking intermédiaire puis se promener dans le relief sur le circuit. (Bon, en fait y a une troisième option mais j'y reviendrais plus tard, hihi). Grosses feignasses que nous sommes, nous avons pris la voiture. Après, c'était ça ou commencer la balade qu'on voulait faire à 18h. Ce qui aurait été dommage, par ailleurs, puisque contrairement à notre balade sur Kyrkjevegen, ce jour là il a fait beau. Très beau même, et en plus il y avait peu de vent. Que demander de plus ?

Arrivant au parking, on a découvert qu'il était payant. Ce qui ne voulait pas dire que, comme dans n'importe quel parking payant français ou allemand, il y avait une borne où après paiement la machine imprime un petit ticket, non, non. Ce qu'il faut comprendre c'est qu'il y a une boîte cabossée avec une fente pour mettre votre argent dedans, avant de remplir vous même votre ticket de stationnement à la main grâce au bloc vierge posé à côté de la boîte. 

La confiance. Le truc impensable en Europe centrale, et oui je pense à toi, "parking" d'Eguisheim.

Nous étions donc face à un parking payant en mode "À vot' bon cœur, m'sieurs dames !" Et le pire, c'est qu'on avait justement pas assez de monnaie pour faire le compte exact. Rien ne nous empêchait de mettre légèrement moins que demandé, en fait rien ne nous empêchait de remplir notre ticket sans rien payer ! Mais comme nous avions trop de scrupules, je suis allé changer un gros billet chez le chauffeur d'un bus garé sur le parking. Et donc on a bel et bien payé le prix complet du ticket. Conscience légère.

Une fois ce détail réglé et notre pacte de confiance mutuelle tacite avec la Norvège renouvelé, nous sommes partis sur le chemin de terre pour grimper sans aucun problème vers le sommet.

Non je déconne, on a dû s'enfoncer un peu dans un marais avant, mais rien de grave, hein. Surtout que moi j'étais en rangers, comme d'habitude, donc bon, s'enfoncer jusqu'au dessus de la cheville dans la boue, ça m'en touche une sans faire bouger l'autre, comme le disait si élégamment notre inénarrable ex-président Jacques.

J'aurais pu faire un panoramique, mais comme j'ai eu la flemme, on va faire le balayage en plusieurs photos.
C'est assez clair, je crois, que le sol est humide.
Marais, lac, on ne sait plus trop bien.
Dès le départ par la courte zone marécageuse, nous avons été introduis aux joies des moustiques et des mouches, qui nous suivront joyeusement tout au long de notre balade. Heureusement, ça n'est pas devenu gênant, "pas comme en Laponie" disaient les autres qui ont eu la chance de passer du temps dans ces contrées septentrionales. J'en profite pour étaler platement mon envie, vu qu'après 6 ans en Finlande, j'ai toujours pas réussi à remonter plus au Nord que Joensuu. Bon, après j'ai des amis qui ont passé leur vie en Finlande, où ils sont nés, et n'ont jamais été plus au Nord qu'Oulu, donc quelque part, faire comme eux c'est un genre de facteur d'intégration. Bref, je digresse.

Comme nous étions déjà sur le plateau, les différents "sommets" ne semblaient pas forcément très hauts (sur les photos ça semble assez "plat"), mais les montagnes à l'horizon donnent tout de même une idée de l'échelle. Nous ne sommes pas ici dans les hauts sommets de la chaîne scandinaves, plutôt sur les bords. Mais la vue était des plus agréables, surtout que cette fois la météo permettait d'avoir une vue dégagée et de prendre des photos/vidéos sans gouttes d'eau sur l'objectif. Du coup, voilà quelques photos de la balade suivies d'une vidéo pour vous emmener avec moi sur le sentier.

Le route qui sert de départ à la promenade. On remarque les maisons aux toits traditionnels couverts d'herbe, particulièrement communs dans la région.
Quand on regarde vers le haut.
Quand on regarde vers le bas.
La personne sur cette photo souhaite rester anonyme, mais je peux révéler que son prénom commence par un C.
Une vue par-delà le "sommet" du plateau. Montagnes et forêts sont au programme.
Vue d'un sommet depuis un autre sommet. Celui que nous voyons au loin est le "vrai sommet".
Chaque sommet est matérialisé par un cairn.
Vue sur les lacs depuis le vrai sommet.
Tentative de panoramique mal réglé, donc trop lumineux. Mais ça donne une idée.
Sommet plus haut = cairn plus gros. La taille compte, apparemment.
Votre gentil accompagnateur pour cette visite. Remarquez le style sehr seyant pantacourt-rangers, ja ?
On redescend.
La jolie végétation sur ce versant.
Vue du chemin.
Notez l'arbre solitaire qui tient debout au milieu du rien.
Et donc pour ceux qui n'en ont pas eu assez avec les photos ou qui souhaitent simplement refaire cette visite avec mes petits commentaires, j'ai monté une vidéo à l'ancienne qui inclue un petit bonus à la balade à la fin.


Alors la baignade était complètement improvisée. À la base, on voulait juste aller jeter un œil au névé qu'on avait repéré pendant la balade. En s'approchant, on a trouvé la rivière très sympathique avec sa chute d'eau en cascade, et puis finalement j'ai regardé Lucas et dit "on se baigne ?". Et on s'est baigné. Sauf que, sans serviette, il a fallu se laisser sécher au soleil et au vent sur le bord du sentier, nous attirant les regards curieux d'un groupe de randonneurs. C'était franchement agréable de se rafraîchir après la longue marche sous le soleil, et le petit vent "chaud" qui soufflait après coup nous a fait sécher rapidement (zéro coup de soleil, mesdames et messieurs, on applaudit bien fort ce petit miracle !).

Le névé et la rivière fraîche mais agréable.
La rivière coule vers son lac, et vue sur l'écurie.
Et donc il paraît qu'une dame d'un certain âge est passée et a fait un clin d’œil à Céleste qui a pris quelques photos. Je vous laisse donc sur cette vue de rêve.

lundi 11 septembre 2017

Pluie et vent à Kyrkjevegen

Après une bonne nuit de sommeil paisible, notre première journée à Bjørkheim fut l'occasion d'une balade sur le relief avoisinant. Nos amis avaient une carte de randonnée du coin très précise, mais malgré tout nous ne sommes pas parvenus à déterminer quel était exactement le nom du sommet que nous nous sommes fixé comme objectif. En revanche, le chemin qui y montait portait un nom : 


Kyrkjevegen. Littéralement la route de l'église. Alors le nom, comme ça, vous évoque quoi ? Moi j'imagine un adorable petit sentier praticable par lequel même le couple de personnes âgées qui vivent dans leur ferme peuvent se rendre à la messe sans risque.

Sauf que non, évidemment.

Bon, ça n'a pas l'air si terrible, au début. Je le sens bien.
Regardez ! Il y a même de jolies fleurs toutes mignonnes, quelle promenade de santé ça va être !
Alors déjà il nous a fallu un moment pour trouver le début du sentier en question, balisé par des marques de peinture rouge pas forcément évidentes à repérer de prime abord. On n'était clairement pas sur un sentier du Club Vosgien. Mais bon, après quelques détours dans la pampa, on a fini par trouver le sentier et à le suivre sans trop de problème, jusqu'à un marais. Et là, démerden sie sich. Alors en fait il fallait traverser le marais (pas de planches hein, c'est pas la Finlande, donc splouitch splouitch comme il faut) traverser un peu en biais et reprendre un peu plus loin, passer une petite butte rocheuse et... retraverser un marais - "plus ou moins tout droit, ça le fera" - et enfin s'engager sous le couvert des arbres pour une montée vers le plateau. Alors la montée, elle commençait tranquille, avant de progressivement se raidir. Et là, c'est le moment où j'ai réalisé que j'aurais dû faire plus de sport. J'avais arrêté de courir quand l'hiver s'était installé sur Helsinki et n'avais pas repris au printemps... grossière erreur. J'en ai donc chié des barres, alors que les autres crapahutaient plus ou moins tranquillement, et ce ne serait pas la dernière fois pendant ce séjour. Mais bon an mal an j'ai réussi à suivre le groupe jusqu'au plateau où nous avons pu profitSHRRRer duFRRRHHpaysaSSSHHRRRFFFgeFFFFFR. Et du vent, donc.

Plus on montait, plus la végétation peinait à se maintenir, forcément. À mi-chemin, les arbres se desséchaient (on voit bien que les bouleaux ont du mal) et les buissons prenaient lentement le relais.
Y a pas à dire, j'aime les ballades en forêt, surtout quand il y a de vieux arbres biscornus et des rochers couverts de mousse.
Le sentier face à nous en arrivant au bord du plateau.
Le même sentier derrière nous, pour donner une idée. C'est toujours bien de se retourner de temps en temps quand on fait des ballades.
Nous sommes à présent cernés par une dense bruyère. Quelques arbres tentent de résister aux assauts du vent.
Le "sommet", plus ou moins, du plateau.
Un bout de ciel bleu ! Du soleil !
Un petit lac d'altitude et le toit d'une ferme.
Des arbres vaillants.
On peut reconnaître le tracé des pistes de ski sur la montagne d'en face. Apparemment le coin est très prisé des skieurs, en hiver.

Et donc contrairement à mes articles sur Åland, j'apparaîtrais bien dans ceux sur la Norvège. Regardez bien l'inclinaison de la barbe, vous connaîtrez le sens du vent.
On a mangé recroquevillés dans une dépression du terrain, derrière un gros arbuste pour nous protéger du vent, puis Céleste et moi sommes redescendus tandis que nos amis continuaient un peu plus loin (oui parce que je sais qu'on ne dirait pas comme ça, sur ces images, mais il ne faisait pas que venteux et humide. Il faisait un peu frais aussi).

Alors j'avais prévu de commenter un peu la ballade dans une petite vidéo façon vlog à l'ancienne, renouer avec les débuts de ce blog. Je vous invite donc à regarder... cette vidéo d'ambiance musicale sans (quasiment) aucun commentaire. (Oui, ce fut un désastre). Vent, pluie, rien ne m'aura été épargné dans cette vaine tentative de vidéo commentée. J'essayais d'attendre des accalmies, ça reprenait dès que j'appuyais sur le bouton record. Au bout d'un moment j'ai abandonné. Du coup, au lieu de moi vous invitant à nous suivre sur le sommet du Kyrkjevegen, je vous propose une vidéo d'ambiance, où le bruit du vent aura été avantageusement remplacé par un morceau de musique traditionnelle norvégienne, Den Som Rulla Ette Gølve' interprété par Egil Syversbråten. Un peu de Kultur dans cet article de gros touriste.


Notez l'anémomètre qui me sert de barbe, pratiquement à l'horizontale dans certains plans. Venteux, je vous dis.

dimanche 3 septembre 2017

Bjørkheim, une introduction à la Norvège

Notre logis par beau temps.
Cet été, Céleste et moi sommes partis en compagnie d'un couple d'amis pour une semaine en Norvège. Le pays étant très cher, partir en groupe permettait de casser les coûts, notamment la location d'un pied-à-terre, d'une voiture, l'achat de nourriture, etc. À la base, tout avait commencé par l'idée de faire une grosse semaine en voiture avec un autre ami, pour rejoindre un autre ami (vous suivez ?) qui habite près de la côte Ouest du pays. Ce plan tombant à l'eau, nous avons changé notre fusil d'épaule, troquant un voyage organisé autour d'une voiture pour un voyage à quatre organisé autour d'une maison. Une autre approche, donc. Pas vraiment de grand road-trip, même si clairement c'est le mode de visite qui conviendrait le mieux pour la Norvège, mais l'avantage d'explorer une zone plus en profondeur.

Nous avons donc loué une maison dans un coin paumé appelé Bjørkheim, et comme il y a plusieurs localités portant ce nom là, je parle du tout petit Bjørkheim "près" de Geilo et Gol, dans le Buskerud, Norvège de l'Est. Bon, ça ne vous dit pas forcément grand chose, donc en gros on était plus ou moins au milieu de la partie renflée qui compose le premier tiers Sud du pays. C'était une ravissante petite maison perdue dans les champs au milieu du relief, avec une grange comme dépendance et des moutons partout autour qui se promenaient plus ou moins librement. Un endroit très calme et paisible, très rural. D'ailleurs, le propriétaire prénommé Olaf faisait régulièrement des tours de tracteur puisque nous étions en pleine saison de la fauche du foin (ce qui expliquera les nombreuses bottes de foin dans les champs sur la plupart de mes photos). Un plus pour nous, puisque nous avons donc eu droit à la bonne odeur du foin fraîchement coupé.

Et par temps couvert. Inclus : la "route" goudronnée.
Du coup, on est arrivé par avion à Oslo par une matinée pluvieuse, mais on n'a pas pris la direction du centre-ville (on a gardé la visite de la capitale pour la fin). Au lieu de ça, on a rejoint notre maison de ferme - avec deux petites étapes dont je parlerais plus tard. Ce qui nous a d'abord étonné en roulant aux abords d'Oslo, c'était à quel point ce coin de Norvège ressemblait à la Finlande ! Relativement plat, couvert de forêts où le bouleau domine. Mais au fur et à mesure, les sapins ont commencé à prendre le dessus, l'horizon s'est élevé en relief de plus en plus haut, et on a fini par passer du Sud de la Finlande à la Forêt Noire. Car c'est bien ce que ça m'a évoqué, avec ces vallées boisées parsemées de fermes, même si l'architecture était évidemment nordique, très similaires aux fermes finlandaises. Mais il y avait comme un air de Schwarzwald qui planait sur certains coins, ce qui n'était pas pour me déplaire. En revanche, l'échelle était toute autre. Les vallées creusées par les glaciers n'en finissaient pas, les forêts non plus, paysages somptueux garantis.

Franchement, y a quand même un air de Forêt Noire, non ?
Bon, je dois prévenir dès maintenant, énormément de photos de paysages ont dû être prises par la fenêtre de la voiture en marche, parce qu'on ne pouvait pas s'arrêter à tout bout de champs. Je vous laisse imaginer à quel point c'est facile de cadrer une photo en roulant. Mes excuses d'avance pour cet article et les suivants.
Bon, comme ceci est l'article d'intro, je vais mettre quelques trucs au clair. Comme je viens de l'écrire, j'ai beaucoup photographié et filmé depuis la voiture en marche. Donc non seulement c'était pas évident de cadrer correctement, mais surtout il est très difficile pour moi de vous dire très exactement où a été prise chaque photo. Donc à moins que ce soit clairement spécifié, les photos d'illustrations de paysages sont exactement cela : de l'illustration. Le plus précis que je puisse être c'est que la plupart de ces photos proviennent d'un cercle d'une demi-journée de route autour de Bjørkheim. Merci de votre compréhension, tout ça.

Une photo d'illustration, prise quelque par dans le Sud-Est de la Norvège.
Mais retournons à Bjørkheim, notre camps de base. Après avoir visité deux églises en bois debout sur le trajet (article à venir), nous avons donc atteint ce petit coin tranquille et visité les lieux, une grande maison avec bien plus de lits que nécessaire pour notre petit groupe de quatre, et équipé d'un sauna (parce que c'est important le sauna). Le cadre, comme je l'ai dit, est rural, avec plusieurs fermes aux alentours, une écurie dans les hauteurs, et un genre d'hôtel pas loin qui semblait étrangement désert. On rejoint la maison par une route goudronnée rudimentaire criblée de cratères et de bosses carrément marquées par les locaux avec des cercles de peinture rouge pour alerter les conducteurs (oui parce que les premières fois on entend bien racler le bas de caisse). Angoisse donc, surtout avec une voiture louée où le moindre accroc pourrait doubler la facture au moment de la rendre. Nos conductrices prendront rapidement le coup de main et slalomeront entre les obstacles avec brio. La plupart du temps. Alors la supérette la plus proche nécessite quand même une demi-heure de voiture pour s'y rendre, donc ça va, mais vaut mieux pas oublier l'essentiel quand on fait les courses.

Il nous est donc arrivé de nous promener aux alentours, voilà de quoi avoir une idée de Bjørkheim :

Vue de la maison : la route et en rouge, en hauteur, l'écurie.
Outre les moutons, nous avions donc aussi des chevaux pour voisins. 
Sur le bord de la route, un abri à l'abandon.
A côté de l'hôtel déserté, une balançoire qui n'a pas vu beaucoup d'enfants dernièrement.
Une rivière coule à quelques pas de là.
Libres de se promener dans de grands terrains, il n'était pas rare de croiser des moutons partout sur les routes.
Maintenant qu'on a posé le décor du camp de base de Bjørkheim, on va pouvoir visiter un peu la région au fil des articles (probablement trois ou quatre articles à venir). Au programme de la marche, du vent, de la grimpette, du vent, des églises en bois de bout, des chevaux, du vent. Oui, je sais, y a comme une insistance, là, mais quand, comme moi, vous essayez de filmer des vidéos en extérieur (sans microphone adapté, évidemment, je tourne avec mon appareil photo), c'est un détail qui vous tape rapidement sur le système. LE VENT.

Et oui, y aura de nouveau des vidéos. Ça faisait longtemps, hein ?

mardi 22 août 2017

Åland : Mariehamn

Alignement de maisons colorées à Mariehamn.
Après nous être promenés un peu dans l'archipel, et avant de conclure ce petit séjour à Åland, intéressons un peu à Mariehamn, la capitale. Je disais dans mon article précédent que Bomarsund était la conséquence la plus visible de la période russe... eh bien ce n'est pas tout à fait vrai. Certes, la forteresse évoque clairement le passé russe, avec ses canons frappés de l'aigle du Tsar tournés vers la mer. Néanmoins, il se cache un reliquat du passé russe bien plus grand, mais en même temps moins évident, et c'est Mariehamn. La petite ville (moins de 12 000 habitants en 2016) fut en effet fondée par les Russes, et non les Suédois, et sert désormais de centre administratif au territoire autonome d'Åland. C'est donc la capitale de l'archipel. Néanmoins, ce titre ronflant ne doit pas faire perdre de vue qu'il s'agit d'une ville assez petite, sans grands immeubles comme à Helsinki ou Stockholm. L'impression de grand village coquet avec son centre ville propret est des plus agréables, avec beaucoup de maisons en bois colorées comme je le mentionnais dans mon premier article, même si du coup on en fait rapidement le tour. 
Certaines maisons respirent plus l'argent que d'autres, cela dit...
Toutefois, vite faire le tour ne signifie pas qu'il n'y ait rien à voir ! Mon coup de cœur fut l'église Saint-Georges qui se tient le long de l'esplanade centrale de Mariehamn. De l'extérieur, cette petite église semble assez ordinaire, si ce n’est son joli cloché haut de 30 mètres. Mais c'est l'intérieur qui vaut véritablement le détour.

L'église Saint-Georges de l'extérieur. A part son joli clocher, bon, c'est une église en brique, quoi, après avoir vécu à Espoo quelques années, on est un peu blasé. Mais lorsqu'on entre...
La nef avec vue sur l'autel. On remarque cette dominance du bleu que j'aime beaucoup, et une maquette de navire en offrande comme j'en ai déjà parlé plusieurs fois.
Détail des motifs de la voûte en bois, ainsi que des bas-côtés. L'intérieur est à la fois coloré et lumineux.
On se retourne et on admire l'orgue (le plus gros de l'archipel, apparemment) et la voûte.
Mariehamn offre également plusieurs coins de verdure et des plages, de quoi se promener tranquillement ou se poser un moment. Deuxième coup de cœur pour l'animalerie en plein air, avec des oiseaux, des lapins, etc., y compris des paons en liberté, comme au zoo d'Helsinki à Korkeasaari.


Sans peur, le bestiau.
Les canards aussi ont droit à leur mökki rouge et blanc sur une petite île tranquille.
L'hôtel de ville a également un chouette parc à offrir, malgré les travaux environnants lorsque nous y étions.
Mais l'étape qui nous a pris le plus de temps, ce fut le musée maritime. Pourtant il ne semble pas si imposant de prime abord. Un bâtiment au bord de l'eau, et un voilier à quai, qui il faut bien avouer en jette bien quand on arrive. Mais qu'on ne s'y trompe pas, le musée est blindé, littéralement blindé de contenu. Autant certains musées se contentent de petits encarts sans entrer dans les détails (musée des bateaux vikings d'Oslo, c'est à toi que je pense), ce qui permet de passer d'une pièce à l'autre rapidement, autant d'autres donnent tout ce qu'ils ont et en rajoutent encore, pour les plus passionnés. C'est le cas de ce musée, qui demande beaucoup de temps, à moins de lire en diagonale voire d'ignorer certains panneaux. J'aime en avoir pour mon argent dans un musée, vraiment, mais à la fin de cette visite, surtout la partie à bord du quatre mâts qui nous guide par le plus petit menu détail à travers toutes les parties du navire, j'étais un peu assommé. Néanmoins je recommande le musée qui a beaucoup à offrir à ses visiteurs les plus curieux, que ce soit sur la navigation ou le commerce maritime. On y apprend notamment qu'Åland a possédé la plus large flotte commerçante de navire en bois au monde, et je sais pas vous mais moi ça m'a un peu abasourdi. Åland, quoi ! Une histoire insoupçonnée pour un archipel coincé entre deux nations.

Le quatre-mâts Pommern, partie intégrante du musée maritime.
Le pont du navire. Pour cause d'absence de flash, la plupart de mes photos intérieures étaient floues et inutilisables... Sauf une...
Ceci, mesdames et messieurs, est l'un des rares drapeaux pirate authentiques qui soit parvenu jusqu'à nous, décoloré par le temps, certes, mais toujours parfaitement identifiable. Un vrai drapeau pirate, quoi ! (Et donc, oui, le skull and crossbones c'est cliché, mais c'est aussi véridique)
Il est temps pour moi de conclure ce triptyque sur Åland. Nous ne sommes restés que quelques jours, pas assez pour nous imprégner pleinement de la vie et de la culture locale, mais rester chez un ålandais, dîner chez ses parents et profiter de ses anecdotes lors de nos visites, nous a donné une image assez vivace de l'archipel suédophone. Est-ce si différent de la Finlande à proprement parler ? A priori, pas vraiment, d'ailleurs le paysage est très similaire à ce que j'avais déjà vu dans l'archipel finnophone, du côté de Seili, notamment, de même que l'architecture génériquement nordique. Mais il y a une évidente fierté à être ce petit territoire autonome au milieu de la mer - partout les drapeaux et fanions tricolores sont là pour en témoigner - avec clairement une mentalité insulaire, pour le meilleur et pour le pire. Je reste sur une belle impression, j'ai rencontré des gens accueillants et charmants, un office du tourisme à côté de ses pompes, et découvert qu'en plus de produire un excellent jus de pomme, Åland produisait également les chips Taffel (qu'on trouve partout en Finlande). C'est du trivia à la con, ça ne sert à rien, mais ça m'a impressionné. Parce qu'a priori Åland n'est qu'un bout de l'archipel de Finlande, et pourtant ses habitants tirent leur épingle du jeu - en partie grâce aux nombreux avantages de l'autonomie. C'est un très beau coin de Finlande, qui mérite l'attention, si vous êtes dans les parages.

Un sentier côtier part du port de Mariehamn et offre une vue agréable sur la mer. En revanche, ce n'est pas une boucle, et il vous faudra revenir sur vos pas, mais c'est intéressant comme refaire un chemin en sens inverse offre parfois de nouvelles perspectives !
Ceux qui avaient lu mes articles sur l'Archipel de Finlande sont en terrain connu.
Les cygnes profitent de la mer calme.
 Ah oui, et petite anecdote rigolote avant de nous quitter, dans mon premier article, à un moment j'ai inséré une photo d'une maison rouge, dans un virage. Vous n'avez probablement pas remarqué mais...

La fenêtre de droite... est une fausse ! Les propriétaires l'ont peinte par "harmonie", là où il n'y avait que des lattes rouges. Il y a bien un cadre, comme pour les autres fenêtres, mais c'est une fausse ! Effectivement, là, comme ça, c'est plus harmonieux, non ?