dimanche 25 juin 2017

Åland (La Corse de la Finlande) (1/2)

Comme on peut le voir, beaucoup de petites îles.
Et donc, après un agréable voyage en ferry depuis Turku, nous sommes arrivés à Åland. Åland (en Finnois "Ahvenanmaa", mais comme c'est un territoire autonome suédophone, on s'en fout un peu et j'utiliserai donc "Åland", parce que voilà.), j'en avais déjà parlé à plusieurs reprises. Dans la vidéo de mon premier aller-retour Helsinki-Stockholm, je le plaçais sur une carte en évoquant le surnom que j'aime à lui donner, à savoir "La Corse de la Finlande". J'y reviendrai. Mais aussi dans mon article sur le Jour de Gustave-Adolphe, où je le... plaçais sur une carte... encore... en évoquant rapidement le statut d'autonomie de ce bout de l'archipel de Finlande. Pour ceux qui n'auraient pas envie de cliquer sur de vieux articles, je vais être sympa et remettre la carte de l'article sus-mentionné. 

Donc, Åland, c'est là, entre la Suède et la Finlande continentale. On remarque qu'une vaste portion de l'Archipel de Finlande fait partie de ce territoire autonome, mais pas de loin pas la majorité (environ 6 500 îles sur les 40 000 que compte l'archipel.) (Enfin, ça dépend de comment on compte, les chiffres varient selon les critères de taille jugeant de qu'est-ce qu'une île et qu'est-ce qu'un rocher.):


J'ai déjà expliqué les origines du drapeau d'Åland et de la symbolique de ses couleurs exprimant sa double identité finnoise et suédoise, dans cet article. En résumé, le rouge rappelle le blason de la Finlande (rouge avec un lion doré), et le reste, ben c'est assez évidemment le drapeau de la Suède. Du coup je vais probablement récapituler les fragments d'infos que j'ai déjà glissés ici ou là histoire de résumer un peu tout ça, avant de passer à la partie visite. Oui parce que plus le temps passe et plus mes articles deviennent des succursales de wikipedia & co au lieu d'être un album de voyage. D'ailleurs, pour ceux que ça intéresse en détail, la fiche wiki d'Åland est ici. Moi, je vais faire la version courte et biaisée, hihi.

L'incontournable photo drapeau avec l'archipel derrière.
Afin de partir en ballade avec un contexte, il me faut évoquer brièvement l'Histoire d'Åland (j'aime la contextualisation). Avant même que le reste de l'actuelle Finlande ne soit soumise à la couronne suédoise, Åland faisait déjà partie du Royaume de Suède. Et comme c'était en quelque sorte une marche maritime stratégiquement placée dans le golf de Bothnie, la Suède y construisit une forteresse, le château de Kastelholm. Vous vous souvenez peut-être de l'anecdote des deux frères Jean III de Suède et Erik XIV ? Je vous avais dis que Jean avait fait enfermé son frère Erik à la santé mentale discutable dans différents châteaux et forteresses, y compris à Turku et... à Kastelholm ! C'était amusant pour moi et Céleste de voir cette ruine juste après avoir entendu cette anecdote à Turku. Tout est lié ! (Tout est toujours lié) (Vous aurez sans doute remarqué cette marotte que j'ai à tout lier).

Kastelholm en début de soirée. Les (autres) touristes sont partis, l'endroit est désert.
On fait le tour du château.

Les abords du château...
... et ses moutons.
L'Arbre du solstice d'été.
D'ailleurs, tout comme le château de Turku, Kastelholm s'est élevé avec le temps à cause de l'ajustement isostatique (le soulèvement de la croûte terrestre dû au recul des glaciers qui "l'enfonçaient" de leur poids, comme j'en avais déjà parlé dans l'article précédent, et comme wikipedia vous l'explique en détail ici.). Le "rebond", soit cette élévation du sol par rapport au niveau de la mer est de 50 centimètres par an à Åland, ce qui a obligé les habitants du château à creuser des douves quand la zone au sud de l'île sur laquelle celui-ci est construit s'est asséchée au XVIème siècle, soit deux siècles après le début de sa construction. Aujourd'hui le château est partiellement ceint d'un bras d'eau mais est facilement accessible par la route. D'ailleurs, à côté des ruines restaurées, il y a aussi un petit musée folklorique type écomusée d'Alsace, Seurasaari (Finlande) ou Den Gamle By (Danemark), en plus petit cependant. Comme nous y étions peu après les festivités de Juhannus, le solstice d'été, il y avait même encore les Arbres de Midsummar (j'en déjà parlais ici)

L'ensemble ressemblait d'ailleurs beaucoup à Seurasaari, en moins sylvain, et plus... insulaire. Le cadre est vraiment typique de ce que j'ai pu voir dans l'archipel de Finlande, comme Seili par exemple.




Notre hôte nous a expliqué que construire un moulin à vent était une marque de prestige pour les fermiers de l'archipel et qu'en conséquences, certaines zones avaient trois ou quatre moulins juste par concours de qui a la plus grosse et le plus de pognon. Là j'ai choisi une belle photo de ce moulin, mais en fait il y en a un deuxième juste à côté, hihi.
En 1809, après plusieurs occupations russes de l'archipel, Åland est officiellement cédé à la Russie (en même temps que le reste de la Finlande). Et comme c'est un point stratégique, ils construisent à leur tour une forteresse en 1832, un énorme complexe badass : la forteresse de Bomarsund. Qui dura 22 ans avant de se faire poutrer en 1854. Mais celle-là je la garde pour un second article sinon celui-ci sera beaucoup trop long.

Arrive 1917 et l'indépendance finlandaise. Pendant que le reste du pays se tape dessus dans une guerre civile, Åland, archipel suédophone, essaye de rejoindre la Mère Patrie Suédoise, ce que la Suède, à l'époque, voit d'un très bon œil. La Finlande, une fois déterminée à rester hors de l'Union Soviétique (victoire des Blancs sur les Rouges), considère la question du rattachement d'Åland à la Suède avec toute l'attention que mérite cette épineuse question à la fois ethnique et culturelle, et répond avec bienveillance : "Même pas en rêve". La Suède qui, un peu précipitamment peut-être, avait déjà commencé à occuper militairement le territoire d'Åland pendant la guerre d'indépendance, s'est retrouvée à devoir s'expliquer devant la Société des Nations (la version 1.0 de l'ONU) face à la Finlande, en mode Jawad "On nous a appelé, on a voulu rendre service !". La SDN ne voit pas les choses de cette façon et Åland restera finlandaise... MAIS, quand même, le peuple a été entendu, et l'archipel se voit octroyer en 1920 le statut de région autonome.

Et depuis Åland c'est la Corse de la Finlande : on est dedans, mais on dit tout le temps qu'on voudrait en sortir, sauf que bon, concrètement on perdrait toutes sortes d'avantages à être dedans, donc en fait on veut pas vraiment en sortir.

Les avantages en question vont d'une fiscalité indépendante du reste de la Finlande (et apparemment plus agréable au contribuable et au commerce), la démilitarisation - donc pas d'obligation à faire le service militaire, comme le reste des jeunes Finlandais ! - des tarifs avantageux (par exemples les tarifs postaux), des aides au développement, monolinguisme protégé par les traités (alors que le reste de la Finlande est officiellement bilingue), etc. Ils ont même un droit de veto sur l'application des lois nationales si les décisions d'Helsinki ne leur plaisent pas. Bref, le statut d'Åland est assez confortable, et ils n'en sont pas peu fiers. Dès le débarquement du ferry à la capitale Mariehamn, un panneau vous accueille sans ambages :

"Åland : Autonome et démilitarisé. Bienvenue !" ou "Haha, pas de service militaire, moins d'impôts, suck on it, Helsinki !" Une version anglaise pour les touristes, que dalle en Finnois. Mais un petit drapeau européen quand même, hein ! Et oui, le blason de la région c'est House Baratheon.
Au moins le ton est donné.

Et moi je vais peut-être commencer la partie visite sinon on va jamais s'en sortir.

Une rue de Mariehamn.
Nous débarquons donc à Mariehamn, la seule véritable ville d'Åland, les autres localités n'étant que de petits hameaux éclatés. A première vue nous sommes en terrain connu. L'architecture des maisons et les couleurs sont définitivement dans le pur style nordique comme vous avez pu en voir dans mes articles sur la Finlande et sur l'Islande. D'ailleurs, certaines rues m'ont fortement rappelé Reykjavík, je ne saurais dire pourquoi... quelque chose dans les alignements et les couleurs... bon sauf qu'ici, les façades sont bel et bien en bois, pas en tôle ondulée comme en Islande. Mais c'est vraiment au détour de ces rues-là que l'harmonie du style nordique est fascinant, malgré les longues distances qui séparent la Carélie d'Åland et Åland de Reykjavík, et les différences culturelles (car il y en a !).

Pendant ce week-end de vacances en pays suédophone nous avons été hébergés par Mats, un couch-surfeur très, très sympa qui non-seulement nous a offert son canapé pour dormir, mais nous a également promené en voiture et invité au barbecue chez ses parents, dans le jardin d'une maison en bois toute mignonne entre la forêt et les champs. Bref, on a eu beaucoup de chance de tomber sur lui, c'est toujours un peu l'incertitude quand on passe par couch-surfing.

Pour donner une idée, voici quelques photos prises à proximité de la maison de ses parents où nous avons été invités. Je trouve que ça plante relativement bien le décor d'Åland.





Outre nous avoir baladé sur les sites à voir, il nous a également permis d'avoir un aperçu de la mentalité locale. Et quelle ne fut pas ma (non) surprise quand ses anecdotes sur la vie quotidienne d'Åland vinrent confirmer mon impression : il s'agit vraiment de la Corse de la Finlande ! Entre les contrats publics qui fonctionnent à mort par copinage et par les liens familiaux, et la mentalité "aujourd'hui peut-être, ou alors demain !" avec des travaux qui n'en finissent pas et des entreprises qui profitent du statut de l'île et de sa position (très relativement) isolée pour appliquer des tarifs de mafieux, les pièces du puzzle s'assemblaient parfaitement, et mon intuition se voyait confirmée.

(Bon, à ce stade j'imagine que je me dois de m'excuser auprès des Corses pour cette avalanche de comparaisons peu flatteuses) (du coup je vais essayer de rattraper ça)

Mais être la Corse de la Finlande, ça veut aussi dire avoir de superbes paysages baignés par la lumière du soleil du Sud. Même si là encore, le Sud est tout à fait relatif. Mais ça a suffi pour me prendre un über-coup de soleil lors d'une ballade à vélo. On est parti le matin, on a loué deux vélos, et j'ai mis de la crème. Vers 10h on s'est arrêté dans un coin sympa, j'ai remis de la crème. Et après, ben... j'ai oublié. Et à la fin de la journée j'avais la main gauche tellement cramée qu'elle avait gonflé comme quand on souffle dans un gant. Mais bon, une grosse couche de Nivéa et le tour était joué, ahem... après quelques jours... Mais ça valait la peine ! Grâce aux nombreux ponts on a pu descendre le long d'un chapelet d'îles - sans croiser beaucoup de voitures - avec de chouettes paysages.





Bon, on était censé atteindre une plage magnifique, mais le plan qu'on nous a donné à l'office du tourisme était une carte photocopiée pourrie, sans échelle, sans énormément de noms ou de repères, et du coup, bah on l'a cherchée longtemps, cette plage, et on l'a pas trouvée. Donc on n'a pas nagé, mais on a bien pédalé !

Et moi je m'arrête là pour ce premier article sur Åland, la suite bientôt un jour, promis.

dimanche 14 mai 2017

Turku, l'ancienne capitale de la Finlande

L'année dernière, Céleste et moi sommes partis en vacance à l'Ouest, pendant l'été, afin de visiter... oui, l'année dernière. Comment ? J'avais promis de ne pas prendre une année de retard avant d'en parler ? Non, je ne crois pas. Je n'ai jamais écris cela. Vous devez vous tromper.

Bref, nous sommes allés à Åland pour un long week-end. Oui, après y avoir fait plusieurs fois allusion, je vais enfin parler de cet archipel autonome finlandais. Mais il se trouve qu'avant cela nous sommes passés par Turku. Or, il se trouve que j'y étais déjà allé plusieurs fois sans jamais en parler sur ce blog, et je compte donc en profiter pour rattraper tout ça.

C'est de ce balcon qu'est proclamée la Paix de Noël.
Alors, pourquoi Turku ? Parce que c'était sur le chemin, déjà, pour commencer, ensuite parce qu'il s'agit de l'ancienne capitale de la Finlande sous domination suédoise (sous le nom suédois d'Åbo), et qu'une ancienne capitale ça vaut toujours le détour (cf. Nauplie, pour mes lecteurs assidus), surtout pour les amateurs d'Histoire. Turku ne déroge pas à la règle, et offre à ses visiteurs quelques hauts-lieux intéressants, notamment son château médiéval et sa cathédrale. On proclame à Turku chaque année, la "Paix de Noël", et ce depuis les années 1320, mais que je n'ai personnellement vu qu'à la télé jusqu'ici (l’événement est retransmis en direct sur la première chaîne nationale). C'est une vieille tradition fenno-scandinave qui instaure, pour la période de Noël, un temps sacré durant lequel les crimes et les comportements antisociaux sont punis plus durement afin d'imposer, ben, la paix de Noël, tout est dans le nom. Un autre moment fort de la vie de Turku aujourd'hui c'est le grand marché médiéval qui s'y déroule chaque été, et que j'ai pu visiter deux fois déjà, y compris l'été dernier.

Belles maisons typiques du vieux Turku.
Et pouf, me revoilà sur les rails. Nous sommes allés d'Helsinki à Turku pour des clopinettes grâce à un bus Onnibus (Visiteurs en quête de conseils pour visiter la Finlande à pas cher : checkez Onnibus. De rien.), et avons pu profiter d'un temps magnifique pour visiter la partie historique de la ville avec ses maisons en bois et sa vieille place du marché, centre du Turku médiéval. Les échoppes du festival s'étalaient un peu partout, l'odeur du cochon à la broche flottait dans l'air et les animateurs en costumes animaient en costumes. En fait on en a tellement profité qu'on n'a pas pensé à prendre plein de photos. L'article sur Turku sera donc en service minimum, et comme je sais que la plupart de mes visiteurs viennent pour les images, je m'en excuse ! (Promis, l'article sur Åland sera blindé de photos.)

Deuxième tip pour les voyageurs, si comme nous vous débarquez avec des gros sacs et que vous ne souhaitez pas les trimbaler toute la journée pour vos visites, il y a une consigne pas chère à la gare. Elle nous a d'ailleurs tellement aimé qu'elle m'a refilé un euro en extra en partant (coup de bol numéro 1). Une fois allégés, la visite pouvait commencer.

Premier arrêt touriste : la cathédrale. Bon, certes, c'est pas Notre Dame de Strasbourg, mais c'est pas mal quand même, surtout pour la Finlande. Non pas que les jolies églises manquent dans ce pays, mais là on parle de gros, lourd et massif, c'est pas une belle chapelle toute mignonne en bois peinte en rouge comme à Seili, non là on parle de pierres et de maçonnerie pour un édifice construit en plusieurs étapes sur plusieurs siècles (du XIIIème, alors église en bois, puis agrandie en mode mastoc au XIVème et XVème, puis reconstruction après le Grand Incendie de Turku). Pour plus de détails techniques je vous renvoie à wikipedia, inutile de faire du bête copier-coller.

Le parvis de la cathédrale sous le soleil. Le clocher domine la place de ses 86 mètres, soit un poil moins haut que la cathédrale d'Aarhus au Danemark, qui lui ressemble un peu, je trouve, avec le côté brique rouge.
Les multiples fenêtres et vitraux cloisonnés témoignent des multiples "couches" successives dues aux agrandissements / réparations suites aux dégradations, notamment les incendies.
Un autre angle du clocher que je trouve assez joli avec ce patchwork d'anciennes ouvertures colmatées. Le clocher était originellement en bois mais après le grand incendie de Turku ils ont décidé d'arrêter les frais.
La nef avec sa superbe voûte. On peut voir que c'est plutôt sobre.
L'orgue principal est récent et date des années 1980. On peut dire qu'il a de la gueule.
Une offrande de marin comme j'en parlais déjà dans l'article sur l'église de Seili.
Du coup j'ai mentionné le fameux incendie de Turku. Il y'en a eu plusieurs, mais celui dont les gens se souviennent, c'est celui de 1827, avec une histoire tellement invraisemblable que j'en rigolais déjà (en anglais) sur mon blog humoristique Zombie Hunting in Finland. Du coup je vais résumer tout ça une nouvelle fois ici, en français et sans zombies.

En gros, un feu se déclare à Turku le 4 septembre 1827, alors qu'une grande partie de la population se trouve au grand marché de Tampere. Ironiquement, c'est la ville avec laquelle s’est installée une sorte de concurrence teintée de jalousie et de compétition bon enfant. Bref, alors que les braves gens de Turku se vident les poches chez leur principale rivale, à 9h du soir le feu prend dans la ville. Et le pire, c'est qu'il s'étend ici, là, au gré du vent, comme s'il sautait d'un point à l'autre de la ville pour faire un maximum de dégâts : il s'étend d'abord aux quartiers Nord, puis les quartiers Sud, puis l'incendie saute par-dessus le fleuve Aura (WTF?) pour aller mettre le feu à la cathédrale, avant de repartir vers l'Est. Un vent facétieux déterminé à foutre le boxon, bizarre quand même ? Comme la plupart des gens sont partis, peu de personnes sont là pour combattre les flammes dans une ville qui, malgré 30  incendies (trente, quoi !) dans son histoire, n'a toujours pas de plan de contingence pour ce genre d'événement. Quelque part, on se dit : Selberschuld, les mecs. Bien fait pour vous. Bilan : trois quarts de la ville réduits en cendres, 11 000 sans abris, 27 morts et des centaines de blessés. C'est l'incendie urbain le plus grave de l'Histoire des pays nordiques.

Le fleuve Aura, que le feu a "enjambé" sans problème. Et des sculptures de canards.
Les conséquences, outre les pertes matérielles, méritent l'attention. Depuis quelques années déjà, Turku n'était plus la capitale du Grand Duché de Finlande, car les Russes l'avaient déplacé sur Helsinki afin de l'éloigner de l'influence suédoise et de la rapprocher du reste de la Russie. Pourtant, beaucoup de grandes institutions comme l'Académie Impériale et les Archives, etc. étaient encore basées à Turku, alors plus grosse ville de Finlande. Après l'incendie, ces institutions ont elles aussi été rapatriées vers Helsinki. De là à dire que ce mystérieux feu vagabond capable de se mouvoir un peu partout, même par-dessus le fleuve, n'était pas tout à fait un accident mais un acte délibéré pour affaiblir encore plus le rôle de Turku en faveur d'Helsinki... il n'y a qu'un pas que je ne franchirais pas, mais qui me laisse perplexe. Ce désastre tombait un peu trop à pic. Néanmoins, conspirationnisme ou pas, le résultat fut bel et bien le déclin de Turku en faveur d'Helsinki qui a pris pleinement et définitivement son rôle de capitale.

Aujourd'hui à part un quartier de maisons en bois qui a plus ou moins survécu à l'incendie, la ville est de construction moderne, et je dois avouer que comparé aux innombrables façades en Jugendstil d'Helsinki, ben Turku n'est pas spécialement jolie. Certes, il y a le fleuve Aura qui traverse la cité et offre de nombreux ponts au panorama, mais on en a vite fait le tour (bon, c'est pas tout à fait vrai, y a plein de musées, mais disons que pour une promenade, c'est pas folichon). Malgré tout, il reste la cathédrale et surtout le château.

La façade de l'enceinte extérieure.
Le château à proprement parler.
Comme c'était le grand marché médiéval, le château avait organisé des animations particulières, notamment des jeux pour les enfants, des gens costumés, et au cours des visites des musiciens faisant de chouettes démonstrations d'instruments et de chants médiévaux, ainsi que des initiations à des danses médiévales - c'était marrant, mais j'ai confirmation que moi et la danse ça fait deux. Céleste et moi sommes arrivés pour la dernière visite en anglais de la visite, peu avant la fermeture, et comme il n'y avait personne d'autre (les autres visiteurs prenant la visite en finnois), nous avons eu droit à une visite privée, un guide pour nous tout seuls, ce qui était un chouette coup de bol.

Dans les grandes lignes, le château date du XIVème siècle, avec plusieurs phases d'agrandissements / restauration comme pour la cathédrale. Encore une fois, wikipedia est l'ami des gens qui veulent du technique. Le château a été construit à l'embouchure du fleuve Aura (fleuve qui donne son nom à une variété de fromage, à savoir un bleu assez doux, et une marque de bière, que je ne recommande pas spécialement), pour protéger la ville des assauts maritimes. A la base, la forteresse était sur une île dans une zone marécageuse, mais avec l'élévation du niveau du sol propre à la Finlande (le recul des glaces depuis la fin de l'ère glacière il y a 10 000 ans fait que le sol autrefois "sous pression" remonte jusqu'à 85 cm par siècle dans les régions côtières et l'Archipel de Finlande, ce qui est énorme !), et bien le site est maintenant sur la terre bien ferme, au bord de la Baltique. Je trouve ce phénomène fascinant, puisque de nouvelles îles apparaissent en quelques décennies et que dans certains endroits la côte recule au point de rendre les vieux ports inutilisables (Pour ceux que ça intéresse il y a un chouette article du Finnish Geospatial Research Institute en anglais ici avec des vidéos et des images plus parlantes que mon blabla).

Ce qui m'a plu dans cette visite du château (que j'avais déjà visité il y a plusieurs années de ça mais sans guide), ce sont les petites anecdotes rigolotes du guide. Comme par exemple l'explication aux deux trappes latérales donnant sur l'entrée de l'enceinte du château. En passant devant, on s'est dit "Tiens, ils ont mis des ours... OK... c'est pour donner un petit frisson aux enfants ?" Et bien non, c'est tout simplement parce qu'il fut un temps où l'entrée du château était réellement gardée par DEUX OURS. Pourquoi prendre des chiens quand on peut mettre des ours ?

Et donc on gardait l'entrée du château de Turku avec des ours. D'autres questions ?
Un autre détail cocasse (si on peut dire) a trait à l'histoire du château qui a également servi de prison de luxe à la famille royale de Suède. En 1563, Jean III  de Suède trahit son frère le roi Eric XIV, et ce dernier le fait enfermer en prisonnier VIP à Turku pour Haute Trahison. Heureusement pour Jean, son frère Eric... perd la boule... et devant les alarmants signes de problèmes mentaux de leur souverain, plusieurs nobles font libérer Jean qui renverse son frère et l'enferme. En prisonnier VIP à la prison de Turku. Haha, sacré Jean, pas rancunier pour un sous ! Bon, pour des mesures de sécurité, Eric sera transféré de château en château (y compris à Kastelholm à Åland, j'y reviendrais), dans des geôles de luxe et ce jusqu'à sa mort en captivité, empoisonné à l'arsenic. Ah, les frangins, qu'ils sont taquins !

Dans la cour du château.
Sinon il y a aussi la légende du prisonnier qui est parvenu à s'échapper par les latrines. Alors bon, pour vous donner une idée, voici une photo des latrines en question, avec un petit paquet de Salmiakki à côté pour donner l'échelle (sachant que c'est plus petit qu'un paquet de cigarettes).


Soit le mec c'est Gérard Majax, soit y a un garde qui a été soudoyé, a ouvert grand la porte, puis a déclaré à ses supérieurs "Je ne comprends pas, il a dû passer par le chiotte". Je vous laisse faire votre choix.

J'ai également beaucoup apprécié le Jésus gore en serviette de bain de la chapelle catholique :

Non, ce ne sont pas des grappes de raisin, c'est le sang du Christ qui coule à gros bouillons. Et WTF, qu'est-ce que c'est que cette serviette à rayures ?!
Bref, si vous passez par Turku, je recommande de prendre le temps de visiter le château. Il est bien restauré, et sa taille et son bon état de conservation sont assez rares en Fennoscandinavie pour un édifice de cet âge. Il est également mieux fourni en meubles et autres artefacts que d'autres châteaux que j'ai pu visiter, notamment Savonlinna, et Hämeenlinna (dont je dois encore vous parler plus tard). Je recommande, donc. J'aimerais vous parler des nombreux musées de la ville de Turku mais n'ayant jamais passé plus de quelques heures à chaque visite, j'avoue ne pas les avoir moi-même explorés (ce n'est que partie remise). Le soir nous avons été récupérés en ville par notre Air BnB où nous avons passé la nuit, quelque part dans les bois aux environs de Turku, avant de reprendre la route le lendemain par ferry. Prochain arrêt : Åland

Le château vu depuis le pont du ferry pour Åland.
Et pour finir sur Turku, la ville a beaucoup d'humour. Considérée par certains comme une ville de seconde zone (certains = Helsinki et Tampere, hein, soyons clairs), ayant la réputation un peu injuste d'être le trou du cul de la Finlande (ce qui, quand on connaît la ruralité finlandaise, est quand même fort de café), la ville a répondu par une campagne promotionnelle de bon aloi :



mardi 28 juin 2016

Un jour en Finlande : Juhannus

Les solstices ont toujours été très importants pour les peuples européens. Déjà certains mégalithes de l'âge de pierre étaient parfois alignés sur la position du soleil durant ces journées particulières (c'est le cas à Stonehenge), tantôt plus longue de l'année, tantôt plus courte. Plus tard les solstices ont été largement utilisés pour marquer des temps forts de la vie religieuse païenne, puis chrétienne. Aussi, la fête romaine du Soleil Invaincu fut-elle remplacée par Noël, et le solstice d'été par la Saint-Jean. Si dans certaines régions d'Europe les feux de la Saint-Jean ont toujours cours, toutes n'ont pas le même engouement qu'en Europe du Nord où l'on appelle encore le solstice Midsommar - mi-été - sauf en finnois où on dit bel et bien Juhannus. 

Et en Finlande, justement, il n'y est pas juste question de faire un feu, c'est encore une grande occasion où beaucoup s'arrangent pour avoir un week-end prolongé le plus long possible, et partir pour le mökki (le chalet de vacance), si on le peut, fêter ça en petit comité (famille ou amis). On y va au sauna, on y fait du barbecue et on pend du bon temps. D'ailleurs, Juhannus est toujours un week-end, on ne le fête pas le jour même du solstice, justement pour avoir ce long congé. Cette expérience-là, j'en parlais dans cet article sur mon solstice 2013 au mökki. Pourtant, cette année, je n'avais pas l'occasion d'aller au mökki, donc j'ai fait comme tous ceux qui ne peuvent pas fêter Juhannus en forêt près d'un lac, je suis allé avec Céleste participer à un Juhannus public, sur l'île de Seurasaari.

Des costumes traditionnels finlandais.
Pour ceux qui ont oublié, Seurasaari c'est l'île d'Helsinki sur laquelle on trouve ce chouette musée à ciel ouvert style écomusée. Autant dire le cadre idéal pour un solstice folklorique, avec ses maisons anciennes et sa forêt. L'animation était assurée par des groupes de danse et de musique folkloriques, plusieurs kokko (les fameux feux) étaient organisés, et la météo avait dit qu'il ne pleuvrait pas (trop). Que demander de plus ?

Il y avait des activités pour les enfants et des fabrications de couronnes de fleurs (malheureusement on est arrivé un peu trop tard pour ça...). Du coup plein de gens se promenaient les cheveux fleuris, tandis que ceux qui comme nous avaient manqué l'atelier, mais n'avaient pas autant de scrupules que nous, erraient aux abords des chemins pour taper dans la flore locale, histoire de ne pas être en reste.

Dès notre arrivée nous avons assisté à l'érection d'un Arbre de Midsommar, qui n'est ni plus ni moins qu'un Arbre de Mai... mais pas en mai. A noter qu'en Finlande cette tradition est rattachée à la communauté suédophone. La symbolique de cette tradition reste obscure et débattue, tout le monde n'étant pas d'accord avec la théorie la plus répandue qui en fait un héritage de traditions païennes christianisées. Quel qu'en ait été le sens initial, l'Arbre de Mai / Midsommar est aujourd'hui une tradition culturelle plus qu'autre chose : on l'érige et on danse autour de lui, en passant sous ses "branches", bref, farandole et bonne humeur nous accueillent.

L'Arbre de Midsummar est planté.
L'avantage de cet événement, c'est qu'on a pu y voir des kokko, des costumes et des Arbres de Midsommar de différentes régions de Finlande, ainsi qu'entendre des chansons traditionnelles de plusieurs coins du pays également. Tout le monde a également pu féliciter un couple fraîchement marié qui avait refait une cérémonie façon mariage carélien à l'ancienne, en costume s'il vous plaît, et s'était prêté au jeu des danses folkloriques. C'est d'ailleurs ce couple qui, arrivant en barque, a finalement allumé le feu principal, plus tard dans la soirée.

L'Arbre de Midsommar des enfants.
Malheureusement, difficile de vraiment savoir quoi venait d'où, il n'y avait pas vraiment d'approche pédagogique malgré les nombreux touristes. C'était donc principalement un plaisir des yeux et des oreilles mais je n'aurais pas appris grand chose. Qu'à cela ne tienne, ce fut une expérience sensorielle toute en ambiance, avec des groupes de musique folk assez chouettes, notamment ENKEL (vous savez que ce genre de musique c'est mon dada), et une seule erreur de casting, à savoir un duo de chanteuses un peu banales (banales genre "on a représenté la Finlande pour l'Eurovision 2010" en fait, avec un type passant dans la foule pour vendre leurs CD façon "Il est frais mon poisson".)

Contre toute attente et en dépit des annonces alarmistes de la météo, le ciel a parfaitement tenu et après quelques danses et chansons, nous avons pu assister à l'allumage des kokko. Et là c'est le moment où je passe en mode "j'ai testé pour vous..." :

Trois types de kokko de différentes régions de Finlande. Dans le fond, les bateaux venus assister au spectacle depuis la mer.
Sur la plage se tenaient trois assemblages de différentes régions de Finlande : une tour de rondins coiffée de branchages verts, une longue perche soutenant une roue solaire recouverte de paille, et une motte de branches de sapins surmontée d'une perche. Et franchement, la roue solaire avait de la gueule, très classe, très appropriée au solstice d'été. En mer, barques, yachts et même ferries se rassemblent pour assister au spectacle à distance. Un homme s'approche avec une torche, c'est le moment. Les flammes lèchent enfin la paille, le spectacle peut commencer.

Ou bien la paille est humide et l'ensemble peut se mettre à fumer au fur et à mesure que la paille se consume dans des flammèches minables.

Grosse déception, même si ça a finalement pris feu (à peu près). Le design le plus frappant se montra au final assez peu efficace et rapidement terminé. Alors que la foule s'était massivement agglutinée sur la plage, le public se lasse et s'en va, et je peux accéder au premier rang.

L'espace d'un instant ça a eu de la gueule, votre correspondant dévoué n'a pas manqué ce créneau.
Si je devais lui mettre une note, ce serait chiant/20.

Il faut dire qu'une tour en rondin avait été allumée sur une plage voisine et brûlait beaucoup, beaucoup mieux. Mais après un peu d'attente, l'homme à la torche est revenu faire son office et a enflammé la motte de sapin. Et là, mieux valait ne pas être incommodé pr la fumée. Un panache capiteux s'est dégagé du kokko, soufflé droit vers la foule par un vent chenapan. Pendant un moment on n'a plus rien vu, plongé dans des volutes denses que seuls les plus braves ont affronté pendant que le public fuyait à bonne distance. Finalement la fumée s'est dissipée et on a tous pu profiter du feu qui révéla que sous les branches il y avait un empilement de bûches qui a permis à ce kokko de durer longtemps pour notre plus grand plaisir. Et le vent nous a recouvert de cendres et d'aiguilles de sapin brûlé, aussi. C'était chouette !

Au cas où l'idée que je puisse exagérer ne vous traverse l'esprit. 
Le panache se calme enfin et révèle le feu qui embrase lentement le dôme de sapin. Ce qu'il reste de la roue solaire fait peine à voir, à côté.
Le kokko flambe joyeusement !
Et puis le couple de jeunes mariés a allumé le feu principal, un énorme empilement de bois et de branche sur une plateforme flottante (autre tradition, moins risquée vis-à-vis de la propagation accidentelle du feu). Et là, point de déception aucune. Flamboyant, ronflant et beau, au-delà de la ligne créée par les roseaux. Tout le monde applaudit. Cette fois ça y est, le feu que tous attendaient brûle et illumine cette "nuit" qui n'en est pas vraiment une.

Le kokko principal sur sa plateforme flottante, entouré de torches.
De plus près...
Le kokko de sapin, qui brûlait encore à notre départ ! 

Je vous mets en bonus une vidéo peut-être un peu longue, mais qui dans la lignée de mes vidéos d'ambiance. Le groupe  finlandais que j'utilise pour la musique s'appelle Mr. Mäläskä et m'a beaucoup été rappelé par les groupes qui ont joué durant la soirée, je me disais que ça conviendrait donc parfaitement.




Hyvää Juhannusta ! Joyeux Solstice d'été à tous !