mardi 26 août 2014

Le Lone-Trip islandais : La route d'Egilsstaðir, où la galère commence...

Nous sommes dimanche, en tout début d'après midi, et la météo m'est propice : Beaucoup de beaux nuages blancs mais tout même un ciel relativement bleu et du soleil, sans qu'il ne fasse trop chaud. Mon sac à dos est un peu lourd mais j'ai la pêche. En plus, si tout va bien, je ne devrais pas avoir à marcher trop longtemps : Je viens de quitter la ferme et j'ai rejoint la Route Sud, l'une des plus fréquentées de l'île.

Qu'est-ce qui pouvait mal tourner, hein ?

Sur la route, après avoir quitté Hof... Paysage typique, d'ailleurs.
Je marche un moment, plusieurs voitures me croisent, personne ne s'arrête, bon, soit. Puis une heure passe. Une heure et de demi. Aucune voiture ne s'arrête, et on ne peut pas dire que ce soit le trafic des grands jours en plus. Alors beaucoup de guides de voyage vous diront que faire du stop en Islande c’est facile etc., etc.. J'ai plusieurs pistes de réflexions quant à savoir pourquoi c’est faux (en tout cas pourquoi ce n'est plus vrai). On m'a dit que c'était parce que depuis le boom touristique après la chute de la couronne islandaise, en 2008, il y avait "trop de touristes" sur les routes et que donc, lassés, les Islandais en prenaient moins, et que c'était surtout les autres touristes qui s'arrêtaient - or j'étais moins-même hors saison. Un autre auto-stoppeur m'a dit que c'était parce que je ne portais pas de vêtements colorés qui incitent à la confiance (Et oui, si tu baroudes en Décathlon, tu es certainement bien éduqué et riche, on ne risque rien) (moi je suis équipé par l'Armée Française et la Bundeswehr, en gros, c'est déjà un autre look). Et puis il y a eu cette autre explication "C'est parce que c'est dans l'Est. C'est des cons, dans l'Est."

Je laisserais à chacun le soin de peser le pour et le contre de chaque argument.

Toujours est-il que j'ai marché pendant une heure et demi avant qu'un van ne s'arrête pour me prendre sur l'une des routes les plus fréquentées d'Islande. Et je m'apprêtais à partir vers une région que même les locaux abandonnent doucement mais sûrement, ça me mettais en confiance.

Le couple qui m'a embarqué était franco-luxembourgeois, et le regard amusé de la nana quand j'ai immédiatement reconnu à l'accent que "le Français, c'est lui" suffit à compenser tous les gros 4X4 qui sont passés sans même ralentir. Ils peuvent m’amener jusqu'à Jökulsárlón qu'ils voulaient voir ainsi que les environs, que j'avais déjà visité récemment, et on s’est donc séparés. Personne sur le parking ne veut/peut me prendre, je continue mon chemin sur la Route du Sud. Quelques voitures me dépassent, puis un groupe de motos... Et puis plus rien.

Pendant deux heures j'ai marché sur une route pratiquement déserte, avec les montagnes et le glacier à ma gauche, la mer à ma droite, et rien, ni devant, ni derrière, même pas une ferme. J'entendais le ressac de l'océan, les mouettes, et parfois le crépitement discret des lignes à haute-tension qui longent la côte jusqu'à Höfn, et c'était tout. Quand le vent cessait de souffler, il planait un silence absolu sur la route, alors que l'endroit était complètement ouvert et dégagé... Surréaliste.

La longue ligne droite après Jökulsárlón...
Sur ma gauche, pendant plusieurs kilomètres. A droite c''était l'Atlantique.
Les oiseaux, mes fidèles compagnons de route... Ah oui, et les montagnes. Petite pause hydratation et admiration du paysage qui semble n'en plus finir (le paysage, pas la pause)
Finalement, après avoir marché 12 kilomètres environ, un van finit par s'arrêter à la ma hauteur... et c'est le même couple franco-luxembourgeois qui a eu le temps de visiter la lagune et d'aller voir des phoques ou je ne sais quoi, et qui m'a rattrapé. Ils m'emmènent jusqu'à Höfn, où ils vont passer la nuit, mais moi, je veux passer à l'Est avant la fin de la journée. A l'origine, je voulais aller jusqu'à Egilsstaðir, la grande ville à l'Est, mais j'ai "perdu" tout mon après-midi à regarder passer les voitures qui ne s'arrêtaient pas, et je revois mes espérances à la baisse : N'importe quel Fjörd le fera, probablement Reyðarfjörður, où l'on m'a dit qu'il y avait pas mal de trafic et donc de chance d'accéder/repartir, ou encore Fáskrúðsfjörður, connu pour son cimetière français (apparemment c'était le village où tous les marins/voyageurs français finissaient par s'installer)

La route sur laquelle le van m'a récupéré... Quand ils m'ont rejoins, j'étais déjà au bout de la route, dans la courbe qu'on ne distingue même pas encore.
Déposé à Höfn, je vais à la station service, où j'espère pouvoir demander aux gens qui font le plein avant de passer le tunnel de me prendre. Mais la station est quasiment déserte et le personnel me conseille grandement d'aller plutôt à l'entrée du tunnel. Je me remet donc en route, et après un quart d'heure/vingt minutes, je me fais prendre par une voiture... qui m'avait vu alors que la petite famille roulait dans l'autre sens ! Le père devait déposer quelque chose pour le travail et est revenu me chercher par la suite pour m’amener au moins de l'autre côté du tunnel. Vraiment sympa, le mec, surtout quand on pense à tous ceux qui y allaient de toute façon, de l'autre côté du tunnel, avec des voitures vides, de grosses voitures vides, et m'ont ignoré de ce petit geste de la main qui veut sans doute dire "désolé" mais ressemble surtout au "non merci" qu'on adresse aux travailleurs au noir qui veulent laver les pares-brise aux feux rouges... Et je dois avouer qu'il tombait bien, ce monsieur parce que je commençais à désespérer un peu. Le soleil descendait déjà depuis un moment dans le ciel, et même si dans le Nord il prend un peu plus son temps, je savais que j'avais été exceptionnellement malchanceux lent, et que j'allais avoir de plus en plus de mal à progresser aujourd'hui. Le risque de se retrouver tout seul, sur la route, de nuit, en Islande, n'était pas pour me réjouir, en tout cas pas sans tente. Le facteur stress a commencé à monter, comme on s'en doute. Pourtant, pas le moment de se dégonfler : La famille islando-indienne des plus sympathique me laisse de l'autre côté du tunnel et me souhaite bonne chance, et moi je me remet en marche avoir une double énergie renouvelée.

D'une, je ne peux pas me permettre de m'asseoir sur le côté de la route et de déprimer, je suis tout seul au milieu de nulle part.

De deux, je suis officiellement passé à l'Est. Quoi qu'il arrive, j'ai quitté le Sud comme prévu et j'entame la deuxième partie de mon voyage. 

Sauf que l'Est, à ce moment précis de mon périple, c'est ça :

Tiens, quelle surprise : Personne ! Je tiens à préciser que contrairement à beaucoup de gens qui descendent de leur voiture pour prendre ce genre de photo avant de repartir à 90 km/h, en se disant que ça fait cool,  moi j'ai ça des deux côtés de la route, hein. Et sur le moment, après toute une journée de marche alors qu'on avait prévu de faire du stop, c'est pas spécialement "cool". Avec le recul, une fois rentré et reposé, là, par contre, on voit l'expérience différemment...
Au moins y a du paysage... même si le soleil passe déjà derrière la ligne d'horizon des montagnes...
Comme on le voit, le soleil s'apprête à disparaître derrière la ligne de crêtes, et à l'ombre de ces monuments naturels il fait déjà bien plus frais. Après une pause casse-croûte frugale, j'enfile le pull polaire sous la parka et continue. Heureusement, je ne longe le Fjörd Papafjörður "que" sur une dizaine de kilomètres avant d'être enfin récupéré par une voiture, qui peut m'amener un peu plus loin. Les occupants, un groupe de jeunes partis s'acheter de l'herbe dans une ferme du coin, du côté de Stafafell, où je serai presque immédiatement repris par un jeune homme en plein déménagement mais qui me fait de la place en bougeant cartons et emballages du siège avant. Il me demande où je vais et je lui dis "Le plus loin possible, tant que ça me rapproche d'Egilsstaðir...". Et là, merci mes Dieux :

"C’est cool, je vais à Egilsstaðir !"

Quand il me dit ça, j'ai l'impression d'entendre Beethoven lancer l'Ôde à la Joie avec tout l'orchestre symphonique d'Islande et je comprends que malgré la lose toute la journée et plus de 25 kilomètres de marche sur cette foutue route déserte, alors que je n'ai même pas encore fait la moitié du trajet depuis que j'ai quitté Hof, je vais réussir à atteindre mon objectif.

ROCK'N'ROLL !

Nous papotons et faisons connaissance alors que la voiture longe les Fjörd de l'Est, le soleil se couchant à l'horizon donnant au paysage une superbe couleur mordorée... dont je n'ai pas de photos, malheureusement, j'allais pas lui demander de s'arrêter après avoir seulement commencé notre voyage... Mais n'ayant finalement pas vu grand chose de l'Est, ce coucher de soleil avec vue dégagée sur l'enfilade de Fjörd de la côte aura été en soi une visite somptueuse. Pratiquement aucune autre voiture et un ciel doré superbe...Finalement nous bifurquons à Berufjörður pour laisser la mer derrière nous et nous engouffrer dans le canyon pour remonter vers notre destination. Et là, le paysage change alors radicalement. La mer laisse la place à une vallée qui semble déserte, seule une rivière serpente au pied des falaises qui disparaissent dans un horizon de brume. Nous faisons une pause pour nous dégourdir les jambes et profiter du paysage, l'endroit est silencieux, le vent laisse seulement planer un soupir grave au fond du ravin...

On distingue très vaguement le Fjörd, en haut à gauche.
J'imagine qu'on ressent bien l'ambiance froide et humide même sans y avoir mis les pieds...
Une beauté simple, rude, et écrasante à la fois.
Quand nous reprenons la route, nous arrivons sur l'un des plateaux encore enneigés et recouverts de glace, les routes dégagées sont néanmoins criblées de nids de poule, c'est presque du rallye jusqu'à ce qu'enfin nous arrivions à Egilsstaðir, qu'il me fait brièvement visiter. Alors attention, je ne dis pas brièvement parce qu'il le fais à l'arrache, mais bien parce que la ville est inintéressante au possible. Il n'y a rien, à Egilsstaðir, qui n'a d'intérêt que d'être au milieu de l'Est islandais et donc de pouvoir servir de camp de base pour visiter la région. Il y a bien un lac supposément habité par un monstre, genre de Nessie islandais, mais voilà... Si j'avais eu une meilleure météo et l'assurance de ne pas me trouver bloqué dans la pampa, j'aurais aimé faire une randonnée dans le parc national et sa "forêt", ou visiter Bakkagerði, une petite bourgade à touristes typique, mais le jeu ne semblait pas en vouloir la chandelle... J'avais des ressources limitées, et il fallait que je pense aussi à ça (nourriture, gîte, etc.).

Il m'aide à chercher un hôtel ou une chambre d'hôte pas trop cher, ce que je trouve finalement, et on se dit adieu. Ce mec vient de sauver ma journée !

En revanche je suis claqué, et le temps est à la grosse pluie. La météo à l'Est s'annonce pourrie pour les jours à venir, les gens s'arrêtent peu et je risque d'être de nouveau bloqué comme un couillon dans une région encore en hiver, clairement. Je décide donc de ne pas prendre trop de risque et de repartir, dès le lendemain, pour un endroit avec plus de choses à voir sans avoir besoin d'une voiture. Je décide de rejoindre Mývatn après une bonne nuit de repos. Malgré l'insistance du tenancier, j'économise 1000 couronnes (6 €) en dormant dans mon sac de couchage plutôt que des draps, et non, dans ces cas-là, y a pas de petit profit (c'est quand même 18€, même sans draps). C'est une offre assez courante dans les petits hôtels / gîtes, où on te demande si tu veux des draps ou ton sac. J'ai économisé pas mal, au final, rien qu'en choisissant le sac de couchage à chaque fois.

C'est alors la fin de mon premier jour en solo. J'ai beaucoup marché pour pas grand chose et eu énormément de chance sur la fin, ce qui m'encourage à rester vigilant et ne pas me laisser gagner par trop d'enthousiasme en préparant mes étapes. Finalement, après une bonne douche rien qu'à moi - le gîte étant sans surprise désert - je m'endors comme une souche...

lundi 25 août 2014

Le Road-Trip islandais : Jökulsárlón & Höfn

Sur la route : Où s'arrête le glacier, où commencent les nuages ?
Sur le chemin pour nous rendre à l'inauguration du pont qu'il a dessiné, Svavar nous a emmené, moi et sa fille, voir Jökulsárlón, la fameuse Lagune du Glacier : Attraction touristique incontournable de la côte sud, dernière étape avant d'atteindre Höfn (prononcé Heubn), et donc la fin de cette côte Sud, puisque après on doit franchir un tunnel pour passer sur la côte Est. C'est un lagon où flottent de gros blocs de glace qui se sont détachés du glacier et vont lentement rejoindre la mer. D'habitude, il y a un bateau qui permet aux gens de naviguer entre ces petits icebergs miniatures, mais lorsqu'on y est allé, il y avait tant de blocs qui encombraient la lagune que le bateau ne pouvait pas quitter le quai. Qu'à cela ne tienne, j'ai crapahuté joyeusement sur une petite bute à côté du lagon pour prendre la hauteur, et j'ai profité du paysage à couper le souffle. Et malgré le soleil qui tape, la fraîcheur qui se dégage du glacier et de l'eau claire suffisait à rafraîchir ma peau brûlée. C'était vraiment un endroit magnifique...





C'est la dernière fois que j'ai quelqu'un avec moi pour me prendre en photo dans ces paysages... j'en profite.
Mais ce n'était pas la dernière fois que je mettais les pieds à Jökulsárlón ! En allant visiter de la famille à Svavar à Höfn, nous y avons fait un nouvel arrêt : on avait pris la cousine au passage et on est allé faire un tour sur la plage de sable noir, dans l'estuaire où s'échouaient des blocs de glace. J'ai pu, à cette occasion, poser officiellement le pied sur le glacier Vatnajökull ! Enfin... presque.

C'est très impressionnant de voir ces blocs partir vers l'océan et de se dire qu'on peut pratiquement voir le glacier fondre... Quand Svavar me montre jusqu'où Vatnajökull s'étendait quand il était gamin, c'est carrément effrayant. Il est toujours énorme, évidemment, mais d'autres glaciers plus petits ont déjà quasiment disparus, la fonte s’accélérant ces dernières années, avec un effet pervers : Plus le climat se réchauffe, plus le glacier ruisselle, plus il ruisselle, plus les veines noires qu'on a pu voir sur mes photos précédentes s'étendent, et plus elles s'étendent, plus elles assombrissent la surface du glacier et moins celui-ci ne réfléchit l'énergie solaire. Donc, plus vite il fond.

Comme au Mur de Berlin : Le morceau-souvenir.
D'ailleurs, à cause de ce recul rapide, il n'est pas rare de passer par des routes surélevées et des ponts... au beau milieu d'une énorme plaine de gravas et de caillasses. tout simplement parce que quelques années en arrière, ces routes étaient encore menacées par les glissements de terrains dus à la fonte, alors qu'aujourd'hui l'eau ne ruisselle même plus jusque là. De nouvelles rivières et estuaires se créent en retour, d'où la construction du nouveau pont dont nous sommes allé voir l'inauguration. Le paysage est très malléable, en Islande, et tout comme la météo, en constant changement.

Devant cette disparition annoncée, j'aurais bien emmené ce morceau déjà détaché, en souvenir, puis j'ai pensé... la douane, le poids du bagage, tout ça...

Puisque je parlais de Höfn, je me permet de parler rapidement cette petite ville de pêcheurs, fort charmante, dont j'ai pu profiter à prix doux de la piscine municipale, qui comme toute les piscines islandaises est principalement d'extérieur avec de l'eau naturellement chaude. Là, je me suis fait plaisir, y avait un petit bassin à 36/38° et juste à côté, un bassin d'eau glacée. J'ai pas résisté, et comme me l'a conseillé Anni, j'ai libéré mon Finn Intérieur ! Un petit vieux partageait le bassin avec moi et on se laissait aller au bac glacé à intervalles réguliers. On ne s'est jamais parlé, on a simplement échangé un regard entendu et un sourire poli, et on s'est arrangé, puisque de toute façon personne d'autre ne voulait s'y baigner. D'ailleurs y avait un jeune avec sa petite amie qui s'est tâté pendant un moment, tournant autour du bac glacé, avant d'y tremper un doigt et de renoncer.

Hahaha ! 

Chochotte.

Bref, Höfn, c'était cool. Et mignon, en plus ! Mais ça reste une toute petite ville principalement centrée sur son industrie de la pêche, rien d'exceptionnel à visiter, hormis le cadre lui-même qui est chouette, naturellement.

Une ballade sur les rives de Höfn.
Et à quelques kilomètres seulement, à Horn, au pied de la montagne que le fameux tunnel traverse pour passer sur la côte Est, il y a une reconstitution d'un village Viking qui sert de décor pour des tournages. Avec les chevaux qui gambadent et le soleil qui se couchaient, on était dans l'ambiance...
Finalement, après avoir longé la côte le jeudi soir et visité ces merveilles du Sud pendant deux jours, il était temps pour moi de quitter la ferme de Svavar et de sa famille et reprendre la route. Seul, cette fois. Dimanche midi, après un bon dernier repas chez mes hôtes et les remerciements et au-revoir qui vont bien, j'ai enfilé mon sac à dos et j'ai commencé à marcher le long de la route du sud, démarrant ainsi mon périple en solo. On m'avait dit que le stop ne serait pas un problème, et le temps était de la partie, je partais vers l'Est, confiant.

Ah bah, si j'avais su !

On the road, baby.

dimanche 24 août 2014

Le Road-Trip islandais : Skaftafell & Svartifoss

Je dois vraiment dire que j'ai beaucoup de bol de tomber sur des gens comme cette famille, qui furent non seulement des plus accueillants mais m'ont également conduis à gauche à droite pour me permettre de profiter du coin. Je crois qu'ils s'en faisaient une espèce de fierté, après tout, c'est leur région natale, leur Islande, et comme un Alsacien en Alsace, ils ont voulu me montrer que y avait plein de choses à voir sans avoir à aller vagabonder dans tous les sens. Deux sites très proches de Hof ont particulièrement attiré mon attention, bien que très différents.

Le premier est Skaftafell, une montagne dans le Parc National du Vatnajökull, le plus grand parc national d'Europe. N'étant pas équipé pour gambader sur le glacier, et ayant également pris la décision ferme et définitive de ne pas reproduire les anecdotes sur les touristes très cons dont mes amis secouristes m'avaient abreuvé, j'ai préféré faire une randonnée dans sa partie "boisée" et montagneuse, où l'on me promettait une belle chute d'eau et de beaux paysages. On me dépose sur le petit parking, un peu en hauteur, pour me laisser peut-être le temps de redescendre après-coup jusqu'au glacier, si la météo le permet. C'est donc sous un ciel maussade mais armé de ma bonne humeur de de ma nourriture séché que j'attaque le sentier de randonné, passablement déserté (j'avais plutôt tendance, au début, à croiser des gens qui repartaient en regardant le ciel d'un œil méfiant, puis j’ai été tranquille pendant un long moment).

Bon, ça commence par de de la grimpe en douceur, le sentier est étroit, longeant un petit ravin au fond duquel coule une rivière. Au bout de ce ravin, m'annonce mon petit prospectus informatif, il y a Svartifoss, littéralement : "La chute noire". Alors on se souviendra que les Islandais ne se cassent pas le cul pour trouver des noms, donc si on vous annonce qu'un truc est noir, c'est pas comme le Périgord Noir ou le Pinot Noir, non, non. 

Noir.


Le canyon commence dans ce cirque naturel créé par du basalte, dans lequel vient se jeter une rivière. Le sentier longe les deux crêtes en vis-à-vis et un pont en bois permet de traverser la rivière, devant les chutes bien entendu, pour bien remplir la carte mémoire profiter du paysage. Comme il pleuvait les pierres étaient glissantes et le sentier un peu boueux, la précaution était donc de mise, mais j'avais les chutes pour moi tout seul, ou presque, un couple arrivant au moment où je repartais de l'autre côté du ravin pour découvrir ce qu'il y avait au-delà. Le couple, lui, a simplement tourné les talons après une séance rapide de photo-shoot et est reparti par le même sentier qu'ils avaient pris pour venir... J'ai à peine eu le temps de remonter les marches et le chemin vers le sommet de la crête qu'ils avaient le temps d'"observer", de prendre leurs selfies et de repartir... Mais bon, ils avaient peut-être un timing serré.

Comme sur cette plage, sur le chemin de Hof, je m'émerveille de la géométrie choisie par la nature en contemplant cette roche volcanique. D'ailleurs, c'est amusant de voir que la couleur noire se restreint à ce croissant de lune alors que les formations qui l'entoure sont du même gris déjà observé auparavant.


Un petit sentier permet de s'approcher un peu mieux de la chute et de regarder ces formations naturelles de plus près... Le bruit de l'eau se réverbère et gronde autour de moi, la pluie reprend, mais je m'en moque... L'endroit est magnifique.


Passé de l'autre côté, on voit un peu mieux la roche noire... et à gauche des blocs octogonaux, du gris habituel.

En marchant vers Sel.
En continuant mon chemin, je vois un petit panneau qui indique "Sel" à quelques kilomètres à l'Ouest... Ne sachant pas de quoi il s'agit et n'étant pas encore fatigué, je décide de faire un "petit détour", histoire de me coucher moins bête. En plus il y avait plein d'oiseaux et personne pour me gâcher mon plaisir... Or, après un peu de marche, il s'est avéré que Sel est un petit regroupement de maisons traditionnelles restaurées, ouvertes à tous pour se reposer, s'abriter, prendre son casse-croûte. Un endroit très chouette avec une superbe vue, raison pour laquelle j'ai fais ma pause dehors (en plus c'était le seul moment où j'ai eu un peu de soleil !)

Sel, et sa vue sur la plaine (enfin, je devrais dire la plage vue qu'en face de ce néant, c'est la mer) On voit bien la rupture entre le terrain où ça pousse, et celui où... quedalle. J'imagine qu'en cherchant bien on doit trouver un panneau "Welcome to Mordor".
Je continue ma route, qui fait en fait une boucle et me ramène naturellement vers le sentier de randonnée. Je constate qu'il y a plus de touristes maintenant qu'il ne pleut plus, mais c'est pas grave, on est loin de l'affluence de la pleine saison... J'échange d'ailleurs quelques mots avec un Chinois qui lorgne sur mon poisson séché et me demande ce que c'est. Je lui laisse goûter, fais la promo des produits locaux, bref, c'est de nouveau moi Florent-qui-fait-le-boulot-de-l'office-du-tourisme. Mais le moment inattendu mais génial (parce qu'inattendu ?), ce fut d'arriver à la chute de Magnúsarfoss. Non seulement parce qu'elle est jolie, mais parce qu'en arrivant par l'amont, on ne se rend pas compte qu'elle est là. J'ai simplement suivi un tout petit chemin pour descendre vers la rivière et prendre une belle photo d'une cabane en bois dans le canyon, quand je me suis rendu compte que la rivière disparaissait dans un ravin... pas de panneau, de barrière, de cordon : On se tient sur le rebord de l'à-pic sans protection.

Il y aura une vidéo de ça, les amis, je peux déjà vous l’annoncer ^^

La même chute vue d'un peu plus loin. Avec des gens pour donner l'échelle, ça donne une meilleure idée.
Alors si j'admets que j'ai moi aussi pris mes photos du haut de la chute et tout, je dois préciser que j'y suis pas allé comme un kéké... contrairement à d'autres. Un groupe de deux abrutis, notamment, dont un s'est laissé pencher en avant, talons sur la roche, pendant l'autre le retenait par la ceinture... Pas de corde ou autre, hein, les mecs y vont comme ça, à la main, sur de la roche mouillée et glissante, bravo, les gars ! Tout ça pour prendre une photo qu'on peut prendre en s'allongeant sur le rebord, comme la plupart des gens le font. Le pire c'est que, par mes amis secouristes, j'avais déjà entendu comment certains touristes n'avaient aucun sens du danger, ni respect pour les consignes de sécurité. Des gens qui prennent leur Toyota Yaris pour une excursion automobile sur un glacier (!!), qui emmènent leur mobile-home dans les Highlands au printemps contre tous les avis des gens locaux, ou mieux encore, à qui on loue des 4X4 en leur expliquant qu'il faut traverser les rivières à l'endroit le plus large, et lentement, mais qui se croient plus malins que le conducteur de jeep islandais et qui fonce à toute blinde dans l'endroit le plus resserré.

Parce que moins de distance + grande vitesse, on en sera sorti plus vite, hein ?.... Alors au cas où je rappelle que l'endroit le plus resserré d'une rivière est également le plus profond. Y foncer comme un bourrin c'est comme vous jeter dans un étang : c'est très con.

D'ailleurs, à cause de la forte récurrence de cette nationalité dans ce cas de figure, les secouristes, qui vont en récupérer comme ça assez souvent, appellent ça le "French Way". Cocorico.

Toujours est-il que j'ai pas mal pensé au fait qu'en France, ou en Allemagne, les endroits dangereux sont toujours marqués, barrés, signalés, bloqués, surveillés... alors qu'en Islande, à part pour protéger la flore, pratiquement jamais. On fait confiance au bon sens des gens, à leur jugeote, quand en Europe centrale les gens se sentent souvent "trop couvés", "surprotégés". En voyant ces deux couillons et en me souvenant de toutes ces anecdotes, j'ai pensé : Mais en fait, ils ont peut-être raison de ne pas nous faire confiance. Finalement.

Je suis redescendu jusqu'à l'aire d'accueil des touristes, dans la plaine, et n'étant pas encore fatigué, j'ai demandé à l'Info combien de temps ça prenait d'arpenter le sentier dans l'autre direction pour aller voir le glacier. "Une heure... ça dépend comment vous marchez". Hei, baby, j'ai appris la randonnée dans les Vosges avec un sous-officier de l'infanterie française, tu vas pas me la faire. Pas impressionné par le temps couvert et le vent froid qui m'arrive de l'Est, je me met en marche en fredonnant Tri Martolod. Ne me demande pas pourquoi, je l'ai eu en tête pendant toute la marche vers le glacier. Une marche des plus sympathiques dans la plaine que j'avais eu le loisir d'observer depuis les hauteurs, dans une ambiance étrange, froide, grise, et pourtant pas hostile. Les autres randonneurs revenaient tous du glacier, et personne n'y allait derrière moi... je me suis mis à espérer...

D'abord j'ai senti le glacier, l'air froid porté par le vent d'est. Et puis, au bout d'un moment, j'ai fini par le voir. Une longue bande de glace qui s'étendait entre deux montagnes, veiné de noir...


Le sentier débouche sur un petit promontoire avec un panneau explicatif - rappelant notamment que se baigner dans une eau de glacier à 1 ou 2 degrés dans laquelle flottent de gros morceaux de glace, c'est pas une bonne idée - et devant moi, une grande plaine de caillasse noire et grise. On voit bien le recul du glacier depuis la mise en place du panneau. Lorsque j'arrive, un groupe de touriste est justement devant ce panneau et photographie Vatnajökull de loin, puis... repart. Curieux, pensé-je, puisqu'on a le droit de s'avancer jusqu'à lui (voir de grimper dessus si équipé convenablement). Je m'avance donc dans cet espace vide, mes rangers s'enfonçant parfois dans les galets et le sable, je longe la petite lagune qui, loin, rejoint l'océan. Le glacier devant moi révèle sa véritable échelle et sa splendeur à mesure que je m'approche. En effet, le sable ruisselant sur le glacier en fonte créé des veines et des marbrures superbes, qui rappellent à mon estomac rempli de poisson séché une énorme meringue. Oui, je sais, mais bon, j'avais faim.

Quand je me retourne (toujours se retourner en randonnée, un paysage peut en cacher un autre), je me rend compte que... je suis tout seul, dans cette plaine. Les touristes sont partis, aucun autre ne m'a rejoint. Il n'y a que moi et Vatnajökull. Pas un bruit, pas un mouvement, le paysage semble mort et désolé, et pourtant la force qui se dégage du glacier est pleine de vie. Le froid irradie littéralement de la façade gelée, même à bonne distance. Je reste un moment au milieu de cet endroit pour profiter de l'instant, et ce n'est qu'à l'apparition d'un groupe de marcheurs, au loin, que je décide de rebrousser chemin. Je prends encore quelques photos avant de partir et marche d'un pas satisfait vers l'aire d'accueil pour rentrer à Hof...





Pour le coup, je dirai que ce fut ma première rencontre en face à face avec l'Islande. J'avais vu plusieurs endroits très chouettes et tout (notamment la "lagune du glacier", juste avant), mais c'était la première fois que je me retrouvais dans un endroit aussi immense et aussi beau. Et aussi seul. Pas âme qui vive, au milieu de nulle part. Un sentiment grisant sur lequel je reviendrai plus tard car il n'a cessé de grandir à mesure que ces expériences se reproduisaient... En tout cas, cette première fois m'a fait comprendre l'opportunité qui s'offrait à moi à voyager seul, hors-saison. Certes, je n'aurais pas la météo la plus clémente, certes je n'aurais pas droit à l'herbe ultra-verte et aux fleurs partout, certes je ne pourrais pas voir les Highlands... mais je me retrouvais en Islande avec si peu d'autres touristes que j'allais pouvoir, parfois, être tout seul face à sa nature... Et en comprenant ça, je vous laisse imaginer le plaisir qu'on ressent...

samedi 23 août 2014

Le Road-Trip islandais : Hof

Le lendemain de mon long trajet sur la côte sud, je me réveille dans la maison de campagne de Svavar. J'enfile mes rangers sans les lacer et sors pour un premier coup d’œil. J'ai déjà vu l'endroit en photo aérienne, quand Guðný, ma tutrice, m'avait invité à manger chez elle et son mari. Marrant comme à ce moment-là, Amelie et moi on bavait sur les photos en soupirant, en nous disant que c'était très beau mais que bon, c'était probablement loin de tout circuit à notre portée et qu'on n'y mettrait malheureusement jamais les pieds.

Haha, le destin, parfois !

Je sors donc, savourant l'ironie de me trouver bel et bien là alors que je ne verrais pas les îles Westman, le truc le plus facile à faire en solo et qui me semblait être l'incontournable. Devant moi, un regroupement de fermes, y compris la familiale. Une énorme plaine qui semble tout simplement vide s'étend à perte de vue, et j'ai du mal à savoir si c'est un champ de lave, des pâturages pour les moutons, les deux ? Je fais le tour de la maison et je découvre la montagne, avec ses petites chutes d'eau qui viennent rafraîchir les moutons qui gambadent se tiennent immobiles et me regardent fixement. Un peu trop fixement, pour qui a déjà regardé Black Sheep. Heureusement je ne tarde pas à m’apercevoir que les moutons sont vraiment parmi les pires poltrons tire-au-flanc qu'on puisse trouver dans le règne animal, ce qui peut les rendre assez difficile à approcher, d'ailleurs. Ah oui, et ils sont très cons, aussi. Surtout.
L'avantage pour les moutons c'est qu'ils ont plein de crevasses pour se mettre à l’abri de la pluie tout en restant à l'air libre, ils ont plein de nourriture, l'eau fraîche et pure à volonté... Parce que oui, l'eau qui coule de cette cascade est plus pure et plus saine que notre Evian ou Vittel en bouteille, tests à l'appui. Et quand on demande aux Islandais ce qu'ils font avec toute cette eau pure et cristalline ? "On la donne aux moutons". Sauf quand un petit malin a décidé de la mettre en bouteille de verre et la vendre au prix de l'alcool pour se faire un fric fou. Donc en fait c'est pour les moutons ET les touristes. Oh, mais attendez...

L'appel de la montagne se fait déjà sentir... Far over the misty mountains cold, hein ?

Je précise que c'est pas l'agneau nouveau né, je me réserve les photos gores
Je vais dire bonjour à tout le monde, me présenter, je rencontre les parents et le frère de Svavar, nous visitons la ferme où j'ai l'insigne honneur d'assister à l'accouchement d'une brebis (après la naissance du veau à Artzenheim, les moutons : Check). J'essaye également de nourrir quelques moutons, tâche ardue puisqu'ils sont vraiment cons comme des balais et en foutent plus à côté que dans leur gueule, surtout que plus tu leur facilites l'accès à ta paume, moins ils comprennent comment faire.

Après ça, évaluation du chantier. Car oui, la raison pour laquelle Svavar est venu, c'est qu'il y a une pièce / débarras de la maison de vacances familiale qu'ils veulent aménager, ce qui veut dire poser une chape de béton au sol, pour commencer, car là c'est caillasse. Il faut aussi creuser autour des fondations pour renforcer l'isolation, dégager une cuve enterrée parce qu'ils installent un nouveau système pour l'eau courante. Bref, y a du boulot. Alors forcément, dans la longue tradition germanique, j'offre mon travail en retour de leur accueil et de leur générosité (déjà le trajet, puis les ballades à venir). Mon temps à Hof fut donc partagé entre ballades à flancs de montagne, randonnées aux alentours (où on m'aura déposé pour que j'aie le maximum de temps consacré aux ballades et non à l'auto-stop), et le boulot autour de la maison de vacances. Et je dois dire que pelleter les terre caillasse dans la cave, c'était pas une sinécure, ni creuser autour des fondations sous la pluie. Mais en récompense, en plus de la bonne ambiance et l'accueil chaleureux, y avait du mouton fumé 100% local, élevé au grand air. Le meilleur mouton que j'aie jamais goûté...

Entre deux coups de pelle (bon, pas littéralement entre deux coups de pelle, hein, je sais que j'ai la carrure d'une brosse à dents mais faut pas abuser), j'en ai profiter pour crapahuter sur la montagne adjacente. Au début, ça allait, tout en douceur dans les prairies verdoyantes... qui ont commencé à se raidir pour finir dans des à-pics boueux à cause de l'eau ruisselante. Arrivé à mi-hauteur, j'étais déjà bien chaud, heureusement y avait une petite chute qui ruisselait du haut de la falaise et ça m'a permis de boire et de me raffraîchir. Puis j'ai continué, direction la partie rocheuse volcanique. C'est le moment où on se rappelle tout d'un coup qu'on a pas de couverture sociale : Les rochers coupants, les caillasses qui roulent sous tes pieds, les "chemins" naturels qui aboutissent sur des crevasses vicieuses... Mais la vue valait le déplacement !

Hof. La ferme de Svavar est tout à gauche, le toit plus clair à la pointe du rocher c'est la maison de vacances
Si quelqu'un doit cracher ses poumons l'endroit est idéal pour faire une pause et prétendre qu'on s'arrête pour "regarder le paysage".

Et là, on s'en rend pas compte mais entre ces deux rochers c'est une glissade dans à pics de quinze mètres à peu près. Haha, coquin de paysage ! Gardez l’œil bien ouvert, hein :-p On remarquera les sculptures naturelles de l'érosion de cette roche tendre.
Mon "sentier" qui me mène vers un nid d'oiseaux forts contents de me voir rapidement repartir ^^
Derrière cet arpent commence la partie vraiment difficile.

Là il fallait marcher sur du sable et du gravier en pente raide, direction ravin... Faut rester concentré. Notez l'espèce de pilier de lave au milieu de la pente, tel un monolithe innommable (Amis de HPL, je vous salue)
Vue de mon sommet, je dois retourner sur mes pas pour ne pas arriver en retard au repas de midi...
En fait, comme j'avais accepté d'accompagner Svavar à l'inauguration d'un pont qu'il avait dessiné (il est ingénieur), on devait manger assez tôt pour partir sur le lieu de l’événement, du coup j'ai du redescendre un peu en catastrophe en constatant que l'heure tournait... Me laissant plus ou moins glisser jusqu'à la partie verdoyante, j'ai coupé par les enclos, provoquant une débandade chez mes amis ovins, les mêmes qui m'avaient pourtant laissé passer sans broncher à l'aller... Allez comprendre ! L’inauguration était bien chouette, quoique très venteuse, juste en face d'un pan du glacier... j'en mettrais peut-être une photo dans le prochain article, ou sur FB.

Ils sont mignons, mais cons... mais cooons....
Toutefois, avant de quitter Hof pour vous montrer d'autres endroits, il me faut faire un petit détour au centre du "village", car outre son paysage fort plaisant, l'endroit offre aussi une autre attraction des plus remarquables.

Son église.


Ouais, je sais, on croirait assister à la christianisation de la Comté...

Un cimetière selon mon cœur.
C'est une toute petite église avec le toit traditionnel, recouvert d'herbe. Le vieux muret en est lui-même envahi, et les tombes sont de simples petits tumulus verdoyants, certaines marquées par des croix, d'autres par... des arbres. Alors quiconque a une culture générale de base sur les cultures européennes pré-chrétiennes reconnaîtra dans l'arbre planté au sommet d'un tumulus un motif familier... J'ai pu voir ce genre de tombe un peu partout sur l'île, et je dois dire que je trouve ça bien plus beau (et symbolique) qu'une croix ou une stèle... En plus, aux pieds de la montagne, l'endroit est vraiment beau et reposant. Je regrette de ne pas avoir pu voir l'intérieur autrement que par le carreau des fenêtres, mais je comprend aussi que le prêtre ne dois pas souvent avoir du boulot...

La petite église de Hof qui pète la classe.
Voici donc Hof, mon camp de base pour quelques jours. Avant de repartir le dimanche après-midi, j'ai pu faire quelques attractions phares de la côte Sud, notamment Svartifoss et le fameux Lagon aux Glaciers... Qu'est-ce que Svartifoss ? Le Lagon aux Glaciers est-il aussi frais que son nom le laisserait à penser ? Vous le saurez, en

Bon, OK, je la ferais pas à chaque fois non plus.

vendredi 22 août 2014

Le Road-Trip islandais : Départ et côte sud-ouest

C'était mon dernier jour de stage, un jeudi. Le matin j'ai eu droit à un gâteau d'adieu et à un bel au-revoir de la part du staff et des résidents, moment d'émotion après trois mois passés ensemble. On m'a même remis quelques cadeaux, productions maison provenant de différents ateliers créatifs de l’organisation, bref, je suis gâté et ému. L'après-midi j'accompagne un groupe pour ma dernière activité avec eux : Une visite de Harpa. A peine repartent-ils qu'on me prend en voiture pour une visite promise depuis des mois, à savoir un centre équestre avec des chevaux islandais, géré par une collègue d'Amelie (l'autre étudiante de ma fac venue en stage en même temps que moi). D'ailleurs, Amelie est déjà sur place avec une amie à elle venue lui rendre visite et on aura droit de faire un petit peu d'exercice avec les chevaux. 

Awesome-hair-day, man ! (Merci à Amelie pour la photo)
Alors il faut savoir que j'avais pas mis mon cul sur un cheval depuis... pour dire, je vivais encore en Allemagne ! A l'époque, Popeye le Poney, cet enfoiré, m'avait éjecté dans la sciure, sans pitié, et j'avais à l'époque envoyé bouler le centre équestre pour ne plus y revenir. En même temps, apprendre l'équitation à un petit garçon en le mettant, pour sa première leçon, sur le poney qui a la réputation d'être un gros connard vicieux et agressif, hein, bravo les mecs, c'est comme ça qu'on fidélise le client ! Donc, autant dire qu'en me préparant à monter sur ce cheval islandais, je me souvenais soudain du goût de la sciure sale et de l'irritation de mes yeux. Je caresse l'animal, je le met en confiance, moi aussi par la même occasion, ne nous mentons pas. On me donne un casque - assorti à ma veste pour conserver l'élégance du marron kaki que vous m'enviez tous ! - et c'est parti.

Bah ça s’est bien passé. Je sais que beaucoup d'entre vous espéraient une chute ou un truc sur lequel se marrer, mais non. Il faut savoir que cette race est connue pour être extrêmement facile à monter, notamment parce qu'elle garde le dos bien droit à n'importe quelle allure. Ainsi, même un débutant ne risque pas (trop) de se faire désarçonner par des hauts et des bas trop violents. En gros, n'importe quel kéké peut avoir soudain l'impression de savoir monter à cheval, même si c'est pas vrai. C’est pour ça qu'il est très facile de louer un cheval pour faire des ballades en Islande : Ils sont dressés pour des parcours spécifiques et n'ont pas besoin des cavaliers, il suffit de rester assis dessus et de profiter de ce sentiment grisant d'être un gros badass en chantant : "He will riiiide accross land and tiiiime, to find an end to this endless niiiiiiight !".

Cela dit, mon cheval était un peu un crevard parce qu'il doublait systématiquement les autres chevaux, ne supportant pas d'être derrière, et ce, même s'il fallait défoncer mon genou contre la barrière pour parvenir à ses fins. Sauf que mon genou, j'allais en avoir besoin puisque le soir-même je partais pour mon road-trip. Là je me suis dit que ma poisse légendaire venait de frapper et que j'allais devoir reconsidérer mon trajet et tout... Et non, en fait, j'ai juste eu un gros hématome qui faisait un peu mal mais rien de méchant.

Après ce petit épisode équestre, on me ramène "chez-moi" ou mon sac est pratiquement prêt. Je dépose mes cadeaux de départ, remplis mes bouteilles d'eau, vérifie que j'ai tout pris et on vient me récupérer en 4X4, direction....

LE SUD

Svavar, le mari de ma tutrice de stage, part dans le Sud avec sa fille rendre visite à sa famille et donner un coup de main dans la ferme familiale. Ils m'emmènent donc avec eux et m'offrent le logis et le couvert pour quelques jours à Hof, dans le Sud-Est de l'île, à la pointe sud du glacier Vatnajökull (littéralement Eau-Montagne. Ils ont dû réfléchir longtemps avant de le nommer, celui-là). Le trajet inclue donc deux tiers de la côte Sud. Le temps est avec nous et nous faisons donc quelques haltes sur le chemin, Svavar étant adorable et soucieux de me permettre de voir tout ce qu'il peut me montrer pour que ce long trajet soit "optimal". Malheureusement, je n'ai pas pu voir les îles Westman, qui étaient sur mon plan, mais j'ai dû faire un choix et faire la route avec Svavar puis rester chez eux quelques jours valait le coup, je ne regrette absolument pas. Nous sommes aussi passé vite fait devant la chute d'eau où Polla Ponk avait projeté le drapeau islandais pour se présenter durant l'Eurovision, mais ne nous sommes arrêtés que bien plus loin à Seljaland, l'une des rares chutes où l'on peut se promener derrière, comme ceci :



On voit bien que le soleil est revenu sur la fin, hein.
J'y ai également rencontré un touriste allemand avec lequel on a papoté un peu visites et sites naturels, c'était sympa. Puis on s'est remis en route, passant à côté du fameux volcan dont tout le monde a parlé et qui a bloqué toute l'Europe. Enfin, "parlé", tout le monde a essayé, hein, parce que je rappelle qu'il s'appelle Eyjafjallajökull, et qu'en plus d'être déjà tordu à l'écris, souvenez-vous que LL = TL. Donc ça se prononce é-ï-ia-fia-tla-ieu-keu-tl. YEAH ! Et pour vous donner une idée, vous pouvez ci-dessous voir l'endroit aujourd'hui et le panneau commémoratif qui vous montre le même endroit quand ça a pété. Et comme vous pouvez le constater, non, ils n'ont pas déménagé.

Eyjafjallajökull.
"Un peu" plus loin sur notre route, Svavar me dit qu'il va faire un petit détour pour moi et s'engouffre sur une petite route, près de Reynir, direction la mer. Je n'ai pas vu de panneau, il n'y a aucune info, je ne sais pas à quoi m'attendre. Nous descendons de la voiture et marchons quelques centaines de mètres sur la plage de sable volcanique d'un beau noir qui met minable Santorin et où les vagues viennent s'écraser à gros rouleaux. Et là, je me tourne vers l'Est et c'est l'instant de grâce :

Santorini, that's a Black Beach, bitch !
Dans le Hall du Roi de la Montagne. (Et maintenant t'as la mélodie en tête, hihi, je t'en prie)
Histoire de vous donner l'échelle de ces blocs de basalte...
J'aime beaucoup le côté géode géante de la grotte.
 Nous nous remettons en route et traversons Vík, où je découvre ce que les Islandais appellent une ville, un petit village, donc. Un peu comme la Finlande, sauf qu'en Islande on part encore du principe que les cinq maisons doivent être assez proches les unes des autres pour être considérées comme étant une "ville", concept que les Finlandais ne prennent toujours pas vraiment au sérieux. Mais je m'égare.

Alors que nous traversons la plus grand champ de lave produit par une éruption unique (au monde, hein, woop woop Guinness Book !), nous faisons halte dans un lieu étrange où s’élèvent des centaines de petits cairns. Svavar m'explique alors la coutume, lorsqu'on passe en cet endroit pour la première fois, est de construire un petit cairn qui porte bonheur pour le reste de ton voyage. Il faut savoir que les Islandais ont, encore aujourd'hui, souvent recours à des cairns de roche volcanique pour orienter les marcheurs à travers les champs de lave qui sont de véritables pièges mortels - sans exagération dramatique. Crevasses et fosses recouverts d'une épaisse couche de mousse sont autant de pièges dans lesquels disparaissent chaque années touristes et randonneurs locaux. Les chemins sûrs étant indiqués par des gros cairns, et il suffit de marcher en ligne droite de l'un à l'autre. Le cairn devient alors symbole de sécurité, d'un chemin qui saura vous ramener chez vous, il est donc un bon présage. Alors pourquoi tout le monde en construit un, là, ici ? Je ne sais pas, c'est juste "la coutume", mais j'ai vu ça sur plusieurs sentiers par la suite, même si à une échelle bien plus limitée, évidemment. Du coup, j'ai moi aussi, pour mon premier passage en ces lieux, construit un cairn pour ma bonne fortune durant mon petit tour de l'île. Est-ce que ça a marché ? Vous le saurez, en lisant les prochains épisodes deBON OK, non, je vais pas commencer comme ça. Mais je vais quand même vous montrer mon cairn qui, non, ne ressemble pas à quelque chose que la loi m'oblige à ramasser si mon chien le laisse sur la voie publique.
Et ça c'est mon cairn.
Dernier petit stop (en dehors de la pause casse-croûte, hein, mais je vais pas non plus rentrer dans les détails les plus triviaux sinon on ne s'en sortira jamais), le champs de mousse d'une épaisseur extrême qui recouvre la lave. Svavar m'expliquait qu'au cours de randonnées il s'était souvent reposé dans des endroits tels que ceux-ci, en s'allongeant simplement sur la mousse, et il m'invitait donc à essayer. Et c'est super moelleux ! D'habitude la mousse a l'air moelleuse mais n'est de loin pas assez épaisse, alors que là on a vingt à trente centimètres d'épaisseur de mousse... bon, c'était le soir, donc un peu humide, mais Dieux que c'était confortable... à condition de pas passer au travers dans une crevasse, évidemment, mais hey ! C'est l'Islande, où la Mort attend le touriste à chaque coin de rocher donc pourquoi s'inquiéter ? (Nous reparlerons de ça quand nous en viendrons aux sources d'eau chaude naturelles et aux plateaux enneigés.)

Nous sommes finalement arrivés à Hof au beau milieu de la nuit noire, je n'y voyais strictement rien, et après un petit casse-dalle rapide, au dodo.

C'était donc ma dernière journée de stage.

(Et la première de mon tour d'Islande)


Hof est-il un trou perdu sans intérêt ? Suis-je un gros ingrat qui se contente de mettre les pieds sous la table ? Y a-t-il quelque chose d'autre à voir sur la côte Sud ? Vous le saurez, en lisant le prochain épisode du Road-Trip en Islande !


Hahaha, je vous le fais quand même, le coup du cliffhanger !