jeudi 23 janvier 2014

La Carélie : Le plaisir du Kota

Pour prendre une nuit de repos durant notre périple, nous avons donc passé la nuit à Lappeeranta, où nous avons pu voir les sculptures sur sable et profiter des rives du plus grand lac de Finlande, le lac Saimaa. Pour vous donner une idée, avec 4 400 km² sa superficie est entre celle du Haut-Rhin (3 525 km²) et celle du Bas-Rhin (4 750 km²). Évidemment, quand on est juste en face on se rend pas spécialement compte vu que y a plein d'îles etc. Mais quand même ! J'espère y retourner avec plus de temps pour aller me baigner et faire du bateau, car nous n'y étions vraiment qu'en coup de vent. L'objectif était plus à l'Est, du côté de Joensuu, et plus précisément dans la ville de Tuupovaara (qui n'est pas une finnisation de Tupperware, malgré les apparences), pour rendre visite à un couple d'amis d'Ada et Marikki, nouvellement parents d'un petit Paavo donc Ada est la marraine. Moment émouvant, donc, où l'approche d'Ada et la mienne en matière de bébé ont pu être comparées assez facilement. Lorsque présentés face à la possibilité de tenir le petit Paavo, nos réactions furent :

Ada  - "OOH ! Donnes-le moi ! Qu'il est mignon ! Oh ! Un bébé ! Oh ! Regardes, il me sourit !"

Moi - "Non mais il est beaucoup trop fragile, si je le prends je vais le casser en deux, en plus sa tête est encore toute molle, et qu'est-ce qui se passe si je le laisse tomber par terre ?"

Tuupovaara, un petit coin perdu avec une chouette église.
Bref, j'ai toujours pas réglé mon problème de "bébé = mou et fragile = je ne prends pas le risque de le porter". Faut que j'y travaille sérieusement.

Avec Aino et Jesse, les heureux parents, nous sommes partis faire une très belle promenade dans leur nouveau chez-eux, au cours de laquelle nous fûmes surpris par une averse d'été bien costaud. Trouvant refuge au bord d'un lac dans un abri pour que les baigneurs puissent se changer (bon, là, on se doute que y avait personne, évidemment). J'ai profiter de cet instant sublime sur le pontont, avec le bruit magnifique des trombes d'eau sur le lac.

Et non, je ne suis pas tombé malade.
Cependant, leur appartement n'étant pas assez grand, notre petite équipe se devait de passer la nuit ailleurs, nous nous sommes donc tout naturellement dirigés vers l'hôtel le plus proche la forêt. Après un long trajet en voiture sur un chemin n'autorisant aucun demi-tour ou changement d'avis quelconque, nous sommes parvenus sur un petit parking perdu au milieu des bois. Nous déballons les paquetages, je fais confiance mais l'endroit semble vraiment... perdu. Nous nous enfonçons dans la forêt à pieds et là, la magie s'opère :


D'abord un pont pour traverser une rivière où un groupe de pêcheurs taquine déjà le goujon...


... puis le Kota se révèle. Le Kota est un abri de campeur, qui peut-être soit un simple toit pour se protéger de la pluie face à un feu, soit une hutte où le feu est à l'intérieur, au centre de l'abri, comme celui où nous avons passé la nuit. L'abri et le bois pour le feu sont gratuits, à la disposition des randonneurs et campeurs, ce qui ravit naturellement les étudiants que nous sommes. Nous avions donc ramené du pain, des saucisses, du maïs à faire griller, de la confiture, des fruits, des champignons offerts par les grands-parents d'Ada... Donc tout le nécessaire. 

On avait prévu de manger dehors mais la pluie nous a rattrapé... suivie de l'orage qui a tonné une bonne partie de la nuit. Qu'à cela ne tienne, nous avons pu profiter du confort cosy des banquettes de bois, du feu crépitant et de l'orage se déchaînant sur la forêt tout en restant au sec. Une nuit à l'ambiance géniale, en bonne compagnie, dans un cadre superbe. Si vous faites de la randonnée en Finlande, une nuit dans un Kota est un incontournable.

Si vous n'avez pas de problème avec le fait de potentiellement passer la nuit avec des inconnus (pas de réservations, et tant que y a de la place...) ou d'utiliser des toilettes sèches, évidemment. Cela dit, si vous avez un problème avec les toilettes sèches vous allez avoir du mal à apprécier les joies d'un été en Finlande.

Le passage au Kota eut été parfait, s'il n'y avait eu cette confirmation d'une sorte de malédiction qui plane sur moi. En effet, où que j'aille, que ce soit au fin fond de la Grèce ou au fin fond du fin fond de la Finlande, il m'arrivera toujours, sans m'expliquer pourquoi, de tomber par un hasard totalement fortuit...

SUR DES FRANÇAIS.

Nulle part je ne suis à l'abri, nulle part je ne peux me cacher, ils sont partout. Une famille finlandaise débarque-t-elle au petit matin et fait la conversation par minimum de politesse (fait suspicieux pour des Finns, qui aurait déjà dû nous mettre la puce à l'oreille) : TADAA ! Le mari est Français ! On a probablement des tas de choses à se dire !!

Et bah non, figurez-vous. Quand je passe mes vacances en Carélie en compagnie d'amis Finlandais, c'est pour avoir la paix, pas pour taper la discute avec un Français. Non mais.

Et je suis sûr, le premier étranger que je vais croiser en Islande va me sortir : "Oh, but you are french ? Tu viens d'où, moi je suis de Limoges !"

Je le vois venir gros comme un Kota.

C'est flou, mais c’est mon lit !
Prochaine étape : Visite culturelle dans un château.... haaaaaaaantéééééééééé. Je vous laisse avec une belle photo prise par Marikki, dont vous pouvez suivre les aventures étranges en Russie, le pays où les maîtres d'hôtels peuvent vous dire droit dans les yeux qu'ils ne prennent pas de touristes. Si, si, c'est par là pour les anglophones : http://afternoonvodka.blogspot.ru/

Bien sûr je vous conseillerai naturellement le blog d'Ada où elle vous parle de son échange à Lyon... Mais bon... hein.

L'ambiance Kota, j'aime ça. (OK, jetez-moi des cailloux)

lundi 20 janvier 2014

La Carélie : Terre du Kalevala

Difficile de parler de la Carélie sans mentionner le Kalevala, donc c'est parti :

Le Kalevala.

Pour ceux qui roupillent au fond, le Kalevala est l'épopée nationale des Finnois, l'équivalent des Niebelungen en Allemagne ou de la Chanson de Roland en France - à ceci près, bien sûr, qu'à part peut-être une certaine frange des Catholiques de France, plus personne n'en a rien à cirer de la Chanson de Roland si ce n'est qu'il y a une chanson populaire rigolote et que ça aurait quelque chose à voir avec Roncevaux. Le Kalevala, en revanche, c'est une pierre fondatrice de la culture d'une Finlande indépendante, la pierre angulaire du fameux nationalisme romantique évoqué dans mon billet précédent. Tous les enfants lisent au moins une version abrégée à l'école, car le livre est immanquablement au programme. Il est partout, ses références s'accumulent et s'empilent à chaque regard pour qui sait les trouver, des allumettes ou assurances Sampo aux assurances Pohjola (où je suis enfin assuré en passant par le téléphone, vous vous souvenez) en passant par la compagnie Ilmarinen, les produits ménagers Aino (et la glace aussi, même si ça c'est un coup fumeux de Nestlé, j'en reparlerai également) statues et sculptures, les symphonies de Sibelius (de Kullervo à Lemminkäinen en passant par le très sombre Cygne de Tuonela...). L'ouvrage est un monument dont l'importance ne se dément toujours pas de nos jours, avec de nombreuses versions "pour enfants" et des visions plus modernes (notamment Jade Warrior qui le mélange avec les films de kung-fu... C'est spécial mais pas mal en fait, surtout le concept du Hammer-Kata, où on se bat à coups de marteaux de forgeron. Oui.) et récemment Kalevala Uusi aika (Kalevala : Nouvel Âge), une version "débarrassée de la propagande suédoise et plus proche du VRAI Kalevala de nos ancêtres" qui mélange le passé et le présent, tournée par un membre du parti d'extrême-droite Perussuomalaiset et qui aurait un certain message à faire passer, ahem, mais s'est apparemment bien ramassée. Le DVD vient de sortir, j'en ferai peut-être un commentaire plus tard. Bref, c'est un symbole encore très vivant de la culture finnoise (dont il est le représentant dans le calendrier des jours spéciaux) qui imprègne toujours la société du XXIème siècle, bien qu'évidemment avec les générations qui passent, hein...

Le "héros" du Kalevala, le sage et puissant Väinämöinen.
Pour plus de détails sur le Kalevala et son histoire, parce que ce n'est pas vraiment le but de cet article, vous pouvez vous reporter vers notre ami Wiki , ou mieux, lire le livre. Je le recommande avec insistance. Néanmoins, vous comprendrez pourquoi j'en parle ici si je vous livre le nom original de la première version du Kalevala : Kalevala ou Anciens Chants de Carélie à propos de l'histoire passée du peuple finnois. Elias Lönnrot, Finlandais de la minorité suédophone, a passé une partie de sa vie à collecter les anciens chants de la culture orale traditionnelle finno-ougrienne, et spécialement en Carélie où cette pratique était encore fort vivace à son époque, pour en faire l’Épopée ultime de la Finlande et asseoir ce peuple au rang des grandes nations indépendantes. Le fait qu'une grande partie des chants retenus pour devenir le canon du Kalevala soit clairement carélienne a donné une couleur et une identité à ce récit qui reste encore aujourd'hui indissociable de sa source, même si géographiquement, le Kalevala (Littéralement Terre de Kaleva, le suffixe -la indiquant une location) n'est pas exactement la Carélie, cela reste le Sud de la Finlande, la côte, par opposition à la Terre du Nord (Pohjola) qui sont, en gros, les méchants dirigés par une sorcière. Pour rappel, ces chants issus de la tradition orale charrient des textes, des idées et des concepts qui nous viennent directement de l'âge du fer nordique et donc d'une époque où les Sames sont bien plus présents, et bien moins au Nord. Il est d'ailleurs intéressant de noter, en contraste avec la volonté du film récent mentionné plus haut, que le Kalevala nous rappelle finalement que les Finnois n'étaient pas les premiers sur place et que les gens de Pohjola étaient alors bien plus que des éleveurs de rennes au fin fond de la Laponie. Mais passons. Vous l'avez compris, la Carélie c’est le berceau du Kalevala.

Voilà donc pourquoi il fut fort approprié d'y organiser une exposition de sculpture sur sable ayant pour thème ce chef-d’œuvre littéraire - et je ne veux entendre aucun commentaire sur cette transition de fou. C'était pendant l'été 2013 à Lappeeranta :


Reproduction d'un célèbre tableau illustrant la mère éplorée de Lemminkäinen (qui est donc mort après avoir  cherché un peu trop efficacement l'aventure et la guerre). Elle ira le chercher dans le royaume des morts, Manala ou Tuonela, rassemblera ses morceaux et le ressuscitera. Ce qu'une mère ne ferait pas pour son enfant ! Le Cygne de Tuonela est là, évidemment.
 La dame vous rappelle Marie et le monsieur vous fait penser à Jésus ? C'est normal, il s'apprête à ressusciter (dans une histoire qui n'est pas sans rappeler celle d'Osiris). Ah oui, un détail sur le Kalevala... ça a beau être un assemblage de textes pré-chrétiens, on sent quand même chez Lönnrot un certain, hum, enfin... vous comprenez. Tout comme à la lecture d'un Edda ou d'une saga, il faut garder en tête qui a rassemblé l'ouvrage, et quand, et pourquoi.
A titre de comparaison, l’œuvre originale de Gallen Kallela.
Seppo Ilmarinen, l'ami de Väinö, le forgeron du Ciel à qui il incomba de forger également le Sampo, un des éléments centraux du Kalevala. Si l'ambiguité persiste chez les Finns, chez les autres peuples qui entourent la Baltique, la figure d'Ilmarinen le Forgeciel est clairement divine. En Finlande, il est d'ailleurs souvent associé jusqu'à se confondre avec Ukko-Jumala, le chef-dieu de leur panthéon, Dieu du Tonnerre qui manie un marteau. Dans le fond, les lecteurs du Kalevala reconnaîtront Iku-Turso, à la fois monstre marin et Dieu des maladies et de la guerre (selon les sources). Les autres, plus avisés, reconnaîtront sans hésiter notre cher ami Cthulhu. D'ailleurs, il est plus ou moins invoqué par la Sorcière de Pohjola et Väinämöinen le renvoie dans les profondeurs à coups d'incantations et de chants, je veux pas dire, hein, mais...
Väinö il est cool. Quand il a besoin d'un bout incantation qu'il va quérir auprès d'un géant qui décide de l'avaler parce qu'il en à rien cirer du vieux mage, ce-dernier ne se laisse pas gagner par la panique. Il se met à lui pourrir sa digestion et lui causer des maux de ventre atroces, jusqu'à ce que le géant le supplie de sortir. "Bah moi je suis bien là, c'est confortable, je me vois bien m'installer... à moins, bien sûr, que tu ne te décide à me donner ce que je veux ?" L'image vous révèle le choix du géant : Epic Trololol Väinämöinen !

Celle-ci est assez intéressante à plusieurs niveau. Elle évoque une histoire où la femme d'Ilmarinen, une fieffée connasse, fait un sale coup à Kullervo, un type dont l'histoire se résume à une série d'horribles malheurs et de coups du sort terribles, en plus de n'être pas une flèche. Il ne lui reste de son père qu'un couteau qu'il chérit plus que tout, donc forcément, Madame connasse met un gros caillou dans le pain qu'elle lui a préparé alors que Kullervo travaille pour elle et son mari à sortir leurs bêtes. Lorsque Kullevo veut prendr eune pause bien méritée, il casse son couteau sur la pierre, la dernière relique de son père. Très, très énervé, il décide de se venger, massacre les vaches dont il s'occupe, leur arrache la peau et en recouvre des ours et des loups, qu'il ramène à l'étable comme si de rien n'était - visiblement copain comme cochon avec ces bêtes féroces qui trouvent la blague très à leur goût, visiblement. Madame Connasse ne le sait donc pas, mais lorsqu'elle va traire ses vaches, elle est bonne pour une surprise des plus inattendues.
Dans la représentation de cette légende, plusieurs choses m'intriguent : Le cul nu de la femme d'Ilmarinen, déjà, qui est assez gratuit... sauf si on considère le fait qu'il y ait bien un arrière train et des mamelles de vache, impliquant une traite, alors qu'on voit qu'il s'agit bien d'un ours... Bref, y a un côté blague salace assez planant. Est-ce pour cette raison que Lönnrot nous gratifie d'un face-palm ? Ou bien est-ce parce que la pauvrette est décidément bien conne de ne pas reconnaître un ours avant de se faire dévorer ? Bref, plein d'interprétations possibles et de symboliques cachées - ou pas.
Qu'on se rassure pour le pauvre mari éploré désormais veuf, sait comment se remettre de la mort tragique et gore de sa chère et tendre : Il est forgeron, il va donc se forger une nouvelle femme. Toute de métaux précieux, une femme en or (littéralement) donc. Les moins romantiques y verront une poupée gonflable de luxe, mais non, car elle est trop froide au goût de notre forgeron pour pouvoir vaquer à ses petites affaires, il va donc essayer de la refourguer à son "vieil" ami Väinö qui, dans son âge avancé, doit bien avoir besoin de compagnie, non ? Cela se finit en gros par Väinämöinen qui regarde son pote et lui dit : "Ne me prend pas pour un con, tu l'as faites pour toi, hein ?" "....yep." "Et tu veux me la refourguer, l'air de rien ?" ".....yep." "Tu sais donc où tu peux te la mettre ?". Yep. J'aime beaucoup l'interprétation très moderne de la "femme artificielle", notemment dans cette pause languoureuse, nous renvoyant aux thématiques très actuelles des robot-prostituées et de la sexualité avec des répliques d'humaines (comme ces poupées sexuelles représentant des enfants, au Japon, pour canaliser la pédophilie, ou certains thèmes de la série suédoise Real Humans). Dans le Kalevala (tout comme la Kanteletar) ce genre de métaphore est assez clair : La richesse ne fait pas le bonheur. Il y a notamment une histoire où une femme se fait courtiser par plusieurs hommes sortant de la mer, tous faits de métaux de plus en plus précieux, qu'elle décline tous. Jusqu'à ce qu'un homme fait de pain se présente à elle, qu'elle accepte d'épouser. Cette thématique est similaire dans le refus de Väinö d'accepter le "cadeau" d'Ilmarinen qui apprend cette leçon (probablement le personnage représenté façon Steampunk derrière la femme forgée).

Pas d'exposition ouverte à tout public en Finlande sans un moment bien traumatisant à vie pour les enfants. Ici, une représentation des souffrances du peuple de Kalevala lorsque, battue, Louhi la sorcière de Pohjola, se venge en leur balançant tout un tas de maladies bien dégueulasses. Notez le détail de l'enfant qui met son doigt dans l'orbite vide de sa mère... Rassurez-vous Väinö utilisera tout son savoir faire médicinal et leur servira des onguents des plus revigorants pour repartir comme en 40. Mais quand même, ce doigt dans l'orbite... Bienvenue en Finlande, les amis !!
Bon, je ne peux pas tout, tout montrer, car l'ensemble fourmillait de détails... ou parfois les sculptures étaient trop grandes pour pouvoir bien les appréhender en une photo, comme l'exploit de la pèche du brochet de Tuonela :

Un sacré bestiau, échelle d'après un récit Marseillais du XVIIème siècle.
On appréciera aussi les touches d'humour bienvenues de la part des artistes, comme le tatouage du Badass Ilmarinen :


Ou simplement le sens du détail et le travail admirable des sculpteurs :

L'échappée du Sampo, où on essaye de garder cette sorte de corne d'abondance forgée par Ilmarinen des mains de la sorcière au cours d'une "bataille navale" épique qui décidera du sort du Sampo...

Donc si vous voulez en savoir plus sur ces histoires délicieusement amusantes, captivantes, tragiques, dépaysantes, épiques, lisez le Kalevala. 

Si vous voulez savoir d'où Tolkien sort ses aigles SOS Gandalf en détresse, lisez le Kalevala. Si vous voulez savoir d'où Tolkien sort tout un paquet de truc, en fait, lisez le Kalevala. D'ailleurs, puisqu'on parle de lui, JRR Tolkien a dit un jour qu'en tant que linguistique, la grammaire finnoise était comme une cave de grands crus. D'où la très forte inspiration du finnois pour sa création de l'elfique. LISEZ LE KALEVALA !

Et j’arrête là avec le prosélytisme.


La prochaine fois, retour à la Carélie d'aujourd'hui :)












PS : Lisez le Kalevala.

dimanche 19 janvier 2014

La Carélie : Une visite de la Finlande en relief

Pour rattraper mon retard dans la narration palpitante de mes aventures dans le Nord, réchauffer nos petits cœurs accablés par le froid brutal qui s'est abattu sur l'Europe, paralyse tout le monde  l'Europe Centrale sous une épaisse  couche de neige, je me suis dit, c’est le moment de parler de ma première ballade en Carélie.

Accompagnant Ada, son amie Marikki partis en voiture rendre visite à une autre amie qui avait déménagé à Joensuu après son accouchement (enfin, Ada est surtout parti voir le bébé, humhum...), j'ai pu faire un petit voyage qui m'a mené jusqu'à la région la plus à l'Est de l'Union Européenne, la Carélie. La particularité de la Carélie, outre d'avoir été l'objet de déchirement houleux avec la Russie (j'y reviendrai), c'est d'offrir à la Finlande des... hum... pas des montagnes, non... des collines ? Allez, disons du relief. Car oui, la Finlande est un pays excessivement plat. Si le Nord offre bien des tunturit, un type de "montagne" qui n'impressionnera guère l'Alsacien qui a vécu coincé entre les Vosges, le Schwarzwald et les Alpes, le reste du pays est comparable aux plaines interminables de nos amis Lorrains - nonobstant les puits en pneus peints, évidemment. Heureusement, pour rompre la potentielle monotonie qui guette le touriste blasé, la Finlande a la Carélie.



La Carélie c'est la Finlande en 3D.

(Ce qui reste, on le voit tout relatif.)

Toutefois, dès l'entrée en Carélie on sent, surtout en voiture, à quel point le terrain ondule, se courbe, se plie. Les champs sont bombés, vallonnés, les rouleaux de paille les parsèment, les fermes apparaissent entre les arbres, sur les hauteurs... Le paysage me devient plus familier, pour un peu, on se croirait de retour dans notre cher bassin alémanique !

Le paysage reflète aussi une réalité culturelle très ancienne, qui va au-delà du cliché national savamment entretenu par le nationalisme romantique : La Finlande, pays agraire. Si le mythe du Finnois vivant dans la forêt, le Metsämies, est encore tenace aujourd'hui, c'est parce que c’est l'image rustique sur laquelle s’est bâti le nationalisme finlandaise, à l'opposé de la sophistication citadine russe. Le Finlandais est plus honnête, plus franc, et donc plus naturel, plus rustique. Des romans comme le classique des Sept Frères alimentent cette vision forestière du Finlandais authentique. Or, la réalité est un peu différente. La Finlande est depuis très longtemps un pays recouvert de champs, et la majorité de la population vivait encore du travail de la terre il n'y a pas si longtemps. La forêt n'a pas été l'habitat du Finn depuis des temps très, très lointains. De façon assez intéressante, la situation est assez similaire aux Gaulois que l'on sait aujourd'hui avoir été de grands cultivateurs et défricheurs de forêts, au-delà du cliché servi par César dans sa Guerre des Gaules.

Et la Carélie crie ce passé authentique à la face de qui la contemple. Bien que la forêt tant chérie soit bien présente, ce sont des champs et des fermes partout. Ce cœur vibrant de la culture finlandaise montre un visage honnête de la Finlande. Il est intéressant de noter que c'est de cette région que vienne énormément de clichés, de chants et de légendes qui sont désormais vues comme finlandais. La Carélie, héraut de la culture Finn. Le fait que la Russie en ait volé une partie après la seconde guerre mondiale y fait certainement, alors que de nombreuses figures civiles ou politiques ont réclamé le "retour de la Carélie" à la Finlande. Encore aujourd'hui, cette histoire cause une certaine inimité envers les Russes, et alimente les bons vieux fantasmes nostalgiques. On raconte notamment qu'avant, en Carélie désormais occupée, tout était mieux avant et que les baies poussaient en surabondance et même que les fraises étaient grosses comme des têtes de bébés.

Grosses comme des têtes de bébé, les fraises, on vous dit. Même à Marseille ils n'en ont pas des comme ça !

Cela dit, ça a permis des blagues assez drôles, comme le slogan de la marque de bière Karjala (qui non seulement s'appelle donc "Carélie" mais dont le logo est tout simplement le blason de la région) qui fut pendant un temps :

Récupérez la Carélie, une bouteille à la fois.

Karjala qui fait d'ailleurs une bière au Terva, faudra que je vous en parle ! Mais du coup la transition est toute trouvée pour évoquer la symbolique du blason, qui n'est pas sans évoquer celle du blason national. En effet, le lion qui représente l’État Finlandais tient dans sa main une épée droite et marche sur une épée courbe, symbole de résistance victorieuse face à l'envahisseur extérieur (épée courbe = exotisme, tout le monde comprend). Cette idée est reprise sur le blason de la Carélie, et le détenteur de cette épée courbe ne fait plus vraiment de doute (pour rappelle, on est à la frontière russe, tout ça). Bien qu'implicite plutôt qu'explicite, il est intéressant de remarquer que ces symboles sont toujours plus ou moins présent dans le quotidien. Quand, durant les élections parlementaires en 2011, les gens pouvaient voter en ligne pour définir les points essentiels qu'ils souhaitaient voir abordés durant les débats par leurs candidats (oui, ils avaient une plate-forme rien que pour ça, ce qui est cool), dans la catégorie "crises et challenges internationaux", entre "Guerre en Afghanistan" et "Crise de l'Euro" il y avait une catégorie sobrement intitulée "La Russie". Ça veut bien dire ce que ça veut dire.

Je fus donc agréablement surpris de découvrir cette fresque à Lappeeranta (capitale de la Carélie du Sud) :

J'ai même réussi à retrouver le nom de l'artiste, il s'agit de Jukka Hakanen (jukkahakanen.fi)
L'élan (plus courant en Finlande que le lion, faut bien avouer) porte la même armure qui tient normalement l'épée droite, tandis que l'ours (symbole de la Russie depuis des lustres) porte celle qui tient habituellement l'épée courbe. Mais au lieu de se taper dessus, ils boivent un coup dans des tasses fumantes aux couleurs de la Carélie. J'ai trouvé cette image superbe dans sa symbolique, cette acceptation qu'il y ait désormais une Carélie finnoise et une Carélie russe, et que rien ne s'oppose à leur bonne entente, voire, soyons fous, amitié. L'acceptation que "récupérer la Carélie" ce ne serait de toute façon pas récupérer la grange à grand-papa, dans une région où tout le monde parlerait encore Finnois. Accepter l'Histoire sans chercher à repartir comme en 40, comme on dit. Et pour un Alsacien, c'est une image d'autant plus forte qu'elle me rappelle quelque chose...

Plus de Carélie à venir dans mes prochains articles. La prochaine fois, je vous parlerai d'une autre belle découverte à Lappeeranta, à savoir une exposition éphémère de sculpture sur sable ayant pour thème...

LE KALEVALA !!


Pardon, je m'emporte.

PS : La marque de bière Karjala a gagné mon respect pour son art du trololol. Lorsque la Finlande a battu la Suède en finale de la coupe du monde de Hockey en 2011 au score humiliant de 6-1, Karjala s’est empressée de faire ça :

Oui, parce que les Finlandais ont aussi un compte à régler avec les Suédois ^^ C'est mesquin, mais c'est bon.

jeudi 9 janvier 2014

Contraste : La réalisation de nouveaux standards

Ma première visite éclaire à Amsterdam s'était faite avant de me rendre à Helsinki pour la première fois. Malgré la pluie incessante et les rues gonflées de touristes enfumés, la ville m'avait fait une assez bonne impression. Je sais, ça y fait quand c’est nouveau, mais quand même, l’architecture, les vélos partout, et rien de désagréable chez les gens. L'impression générale que m'avait laissé ce passage rapide et mouillé était bonne, et j'y retournais donc pour une nouvelle Blitz-visite avec plaisir en décembre, escale entre Helsinki et Stuttgart.

Bon, l'architecture est toujours superbe.
Et là, c'est le drame.

Pour être tout à fait honnête je ne sais pas si c'est simplement parce que l'effet de surprise et du neuf s'est dissipé, si j'étais plus fatigué et donc moins prompt à ignorer certaines choses, ou si comme je le suspecte c’est le contraste qui cette fois n'était pas en faveur de la ville, mais j'ai trouvé Amsterdam très... très... Europe Centrale. Et là ce n'est pas un compliment.

Déjà c'était crade. Des chewing-gum collés au sol en quantité astronomiques - du moins m'a-t-il semblé. Quelque chose qui ne m'avait pas choqué la première fois et là m'a littéralement sauté aux yeux. Beaucoup de crottes de chien aussi.

Dès la sortie de la gare je me fais accoster par une nana un peu crade sans être sans abris qui viens me demander des sous avec insistance... Le syndrome gare de Strasbourg qui revient me dire coucou alors que la Finlande m'en avait presque fait oublier le souvenir. Et on m'a demandé encore plusieurs fois le long des quelques centaines de mètres qui me séparaient du centre-ville. Et je ne parle pas du clochard assis dans son coin qui attend que les passants soient à portée, mais vraiment de ces déambulateurs qui non seulement viennent vous chercher mais insistent si vous dites non.

En moins de deux cent mètres j'ai également eu droit à une belle démonstration de harcèlement de rue que la jeune femme a dodgé comme une reine avec une habileté qui trahit malheureusement une grande expérience de la chose. Comme son visage fermé aux lèvres pincées, d'ailleurs. Pareil, c'est le genre de comportement que je n'ai moi-même encore jamais observé à Helsinki. Là c'était de l’acabit de ce que j'ai vu à foison en France : Deux mecs qui draguent/insultent une femme isolée et jolie (le Dutch étant assez proche de l'allemand pour me permettre de saisir le gros du sens de leur logorrhée macho) La femme, elle, a serré les dents, subi, et disparu. J'ai vu sa tête un court instant mais j'ai lu sur ses traits l'exaspération qui trahit la lassitude du quotidien.

Je doute que la ville ait simplement drastiquement changé en quelques années. Un peu, peut-être, mais pas au point de m'avoir surpris à ce point. non, c'est bien ma perception qui a changé. Le fait d'avoir déjà vu la ville une fois influe sûrement sur mon non-émerveillement, mais dans les deux cas, il s'agit de très courtes visites, quelques heures. Là encore, je ne pense pas que cela soit l'élément le plus fort.

Non, je pense que la grosse différence, c'est que la première fois je vivais en France, je venais de quitter la France et découvrais Amsterdam. Cette fois, je vis en Finlande et j'arrivais d'Helsinki. Et le contraste n'est plus en faveur d'Amsterdam. Que ce soit la propreté, l'attitude des gens... je me rends compte à quel point je tiens désormais la vie finlandaise pour mon standard. Moi qui jugeais déjà sévèrement ce que je voyais en France, mes critères semblent avoir été revu à la hausse. Non pas que la société finlandaise soit parfaite, mais... que la différence saute aux yeux ! En revenant à Amsterdam, j'ai pris cette révélation comme une claque.

La Finlande est mon nouveau standard. Évidemment, j'y vois des choses qui peuvent être améliorées, adaptées, de mon point de vue, et il y a des choses qui me rendent fou, mais en me retournant vers là d'où je viens, je réalise que je vois en mon pays d’accueil le minimum que j'attends désormais d'une société, un minimum en dessous duquel je ne souhaite plus vivre.

C'est une réalisation d'importance, notamment à un mois de mon départ pour un stage de trois mois en Islande, qui me permettra sans doute de mettre ce ressenti à l'épreuve. Plus de nouvelles bientôt à ce sujet :-)


Bon, au moins j'aurais pu voir leur marché de Noël et ricaner avec tendresse en pensant au Noël alsacien. Personne ne battra jamais ça !

vendredi 22 novembre 2013

Retour à Stockholm

Grâce à un coupon de réduction, j'ai pu m'embarquer pour une nouvelle virée à Stockholm sur un ferry Viking Line, mais seul, cette fois. Et pour seulement 5 euros l'aller-retour. Oui.

Ça m'a coûté moins cher de prendre le bateau pour passer 6 heures à Stockholm que d'aller voir un film de 2 heures à Helsinki.

Bref, un billet de cinq euros bien claqué. Mais deux nuits de voyage sur une couchette qui vibre sans me laisser vraiment dormir pour quelques heures de ballades en ville : Est-ce que ça vaut le coup ?

La réponse, évidemment, est OUI.

Déjà, ça me permet de voyager, ce qui ne m'arrive pas tant que ça. Alors oui, j'en entends qui ricanent, louchent vers la liste de pays dont je parle sur ce blog et se disent "non mais ça va, il te faut quoi ?". Mais le fait est que pour l'Estonie, les Pays-Bas et la Suède, je n'ai jamais fait que des visites éclair, quelques heures à chaque fois (bon, trois fois pour Tallinn), pas vraiment le temps en général de voir énormément et de s'imprégner du pays.

Si je passais quatre heures à Paris je ne pourrais pas clamer : "J'ai voyagé en France".

Stèle runique représentant l'aspect guerrier d'Odin
Mais quelques heures, c'est déjà beaucoup, et j'en ai bien profité. J’ai pu faire un tour dans le cœur historique à peine entrevu la dernière fois (où la majorité du temps fut consacrée au Musée de Vasa), ainsi que faire un crochet au Musée Historique avec une heure de visite devant moi, juste assez pour voir l'étage "préhistoire" et "âge Viking". Et rien que pour ça, ça valait franchement le coup ! Les pierres runiques sont de toute beauté, les bijoux et toutes les pièces forgées simplement sublimes de détails et de délicatesse, et de pouvoir voir une barque funéraire aussi bien préservée, un privilège. Je ne regrette pas ce détour, seulement de ne pas avoir pu voir l'étage supérieur du musée... Il faut VRAIMENT que je fasse un vrai séjour en Suède pour voir tout ce que je voudrais... peut-être un été ?

La ville me laisse une impression de similitude avec Helsinki assez frappante dans son architecture "classe" et historique, en dehors du petit cœur médiéval dont la capitale Helsinki n'a pas d'équivalent. En revanche Stockholm fait plus massive, plus grande ville comme on la voit en Europe centrale. Moins vert, aussi, même si le fait d'être répartie sur un archipel donne à la ville un côté morcelé qui l'aère un peu. Très belle ville tout de même, mais j’admets préférer l'ouverture et la verdure d'Helsinki, quand Stockholm me paraît  plus concentrée. Après, je parle du centre-ville, évidemment, je ne peux pas juger du Grand Stockholm.

En revanche, leurs bâtiments officiels sont quand même plus classes qu'en Finlande, il faut bien l'admettre. On sent bien qu'ils ont servi depuis plus longtemps...

(Attention au bling bling quand même face au Théâtre Dramatique, hein... on frôle le mauvais goût au milieu de cette architecture qui autrement parvient à en mettre plein la vue sans se la péter).

J'avais prévu une seule vidéo, mais j'ai dû la recommencer pour cause de droits d'auteurs, je l'ai donc refaite puis scindée en deux parties, ça s'y prêtait bien et c'était plus facile pour la mettre en ligne/ corriger en cas de nouveaux droits d'auteurs litigieux. La première vidéo concerne la ville de Stockholm en elle-même :


Et la vidéo spéciale dans le Musée Historique :


 

lundi 18 novembre 2013

Choc culturel, intégration et autres poncifs : Le rapport à l'Histoire

Après une petite introduction je vais développer ma propre expérience de choc culturel et d'acculturation. Non seulement parce que ça pourrait en intéresser certains mais soyons franc, aussi parce que ça va me soulager. Dans ma série d'articles sur les trucs qui m'ont gonflés dans d'autres cultures, je commence par un sujet... vaste.

J'évoquais dans mon article précédent le repli de la Grèce sur son Histoire passée (souvent antique, qui plus est) en citant une phrase pompeuse vue aux Météores. Je crois qu'il faut vraiment y revenir, à cet exemple, parce qu'il est idéal. Pour vous remettre dans le contexte, imaginez-vous dans le musée des monastères des Météores, un musée certes sur l'histoire de ce site mais surtout sur celle de la Grèce dans son ensemble, avec des costumes de diverses régions, une rétrospective historique rappelant les grandes batailles - et victoires, surtout - de Hellas ! Vous passez les tableaux en revu dans une petite salle bourrée d'objets exposés et vous tombez sur ceci :

L'Histoire de la Grèce en un tableau. Hé, un méchant allemand ! D'ailleurs on le voit pas bien, mais le peintre s'est foiré avec la swastika comme ces collégiens qui en gravent dans leurs tables sans comprendre que les branches tournent toutes dans la même direction... Il y a aussi le vilain Turc, qui comme tous les vilains Turcs sur tous les tableaux fume un narguilé et tue un chrétien. Pour une raison qui m'échappe, on ne voit pas de cimeterre, pourtant attribut inséparable du vilain Turc sur tableau.

La légende du tableau en question. Merci à Ada-Maaria Hyvärinen pour les trois photos.

Il y a un paquet de choses à dire sur ce tableau et sa légende, et qui résume bien mon blocage face aux Grecs et à leur rapport à leur Histoire (et l'Histoire en général d'ailleurs, puisque les deux semblent se confondre). Notez que la légende nous annonce "Grèce Antique" alors que le tableau va de Adam et Eve - malheureusement hors du cadre, le tableau était très long - à nos jours. Soit la légende n'a rien à faire sous ce tableau, soit leur vision de l'antiquité grecque diffère de celle qu'on apprend au reste des écoliers européens. Et en lisant le texte on comprend que oui, la Grèce millénaire EST la Grèce, EST même le monde ! Ma traduction libre, n'hésitez pas à me corriger :

"La Grèce Antique - lieu de naissance universel et éternel berceau de la civilisation, l'éternel source spirituelle de l'univers, le grand professeur et brillant rayon de lumière de l'Europe, hier, aujourd'hui, et toujours.

Les arts plastiques, architecture, poésie, prose, musique, philosophie, rhétorique, les sciences - toutes les entreprises intellectuelles ont atteint leur apogée et trouvé leur expression charismatique dans la Grèce de l'antiquité classique.

La liberté et la démocratie - des conceptions intriquées qui furent mises en pratique et glorifiées dans leur essence la plus profonde et plus fondamentale à Athènes.

Marathon, Thermopyles, Salamine, éternel symboles d'une haute éthique, de patriotisme, de générosité de l'âme, d'abnégation et de sacrifice. Les épopées d'Homère et le Parthénon - uniques, impérissables monuments de la civilisation globale, un hymne glorifiant et guidant le Mot Écris et l'Art à travers les siècles.

La philosophie de la Grèce Antique - préceptrice de l'Humanité. Elle a élargie les horizons de la pensée et lancée la quête de la vérité. Elle a traité du concept de Dieu unique, "pavant la voie et développant ce que Christ compléta."


Voilà, rien que ça. Alors certes, Homère, le Parthénon, la philosophie... Certes. Mais bon, si des Arabes ou des Chinois, ou des Indiens, etc, lisent ce petit résumé de l'histoire de l'art et de la pensée de la civilisation "universelle" et "éternelle", j'espère qu'ils ne s'en vexeront pas pour autant. La philosophie grecque a préparé Jésus Christ, d'ailleurs, le Dieu unique, c'est elle qui s'en est occupé.

On notera que les "batailles héroïques" sont toutes trois menées contre le Pont, rien sur les Romains ou tout autre ennemi... Mais surtout le coup de la démocratie. Alors ce que cette légende nous dit, c'est quand même :

La liberté et la démocratie - des conceptions intriquées qui furent mises en pratique et glorifiées dans leur essence la plus profonde et plus fondamentale à Athènes.

Alors pour rappel, seuls les citoyens votent dans une démocratie dans son essence fondamentale et profonde à l'athénienne. Donc les hommes nés de père Athénien et ayant fait le service militaire, ou ayant un père et une mère athénienne. Femmes et esclaves (bah oui, esclaves) sont des biens, donc non, et les étrangers, sauf exception, non plus. On peut aussi ostraciser un citoyen en votant contre lui. Il perd tous ses droits et peut être torturé en place publique sans que personne ne lève le petit doigt. Plus citoyen, plus protégé par la Cité ! Et pourtant, le coup de la démocratie née à Athènes, les Grecs le ressortent à toutes les sauces et le brandissent comme si on leur devait quelque chose encore aujourd'hui. Désolé, mais en Islande on votait en assemblées et les femmes avaient un paquet de droits bien avant que les Chrétiens ne ramène leur culture greco-latine dans les parages. La Grèce n'a pas seule paternité de la démocratie, et encore moins dans le sens que l'on lui donne aujourd'hui (qui n'a presque rien à voir). Ce serait comme dire que Charlemagne a inventé l'Union Européenne. C’est un mythe, tenace, qui s'inscrit dans la longue tradition de ce que les Grecs prétendent avoir toujours "eu avant".

On m'a même sorti que "toutes les nations européennes ont eu leur période totalitaire impérialiste sauf la Grèce" qui, elle, a inventé la démocratie ! Comme il leur est facile d'oublier que Athènes a entubé toutes ses alliées grecques dans la Ligue de Délos (aussi appelée... Empire Athénien...). Une mémoire super sélective qui s'applique aussi à l'époque moderne. Par exemple, le Επέτειος του Όχι, le "jour du non", qui célèbre le jour où les fascistes Italiens ont envoyé une missive au grand  leader grec Ioánnis Metaxás pour lui faire savoir que la Grèce était désormais une colonie italienne. Ce à quoi notre héros aurait donc simplement répondu :

Non.

(Ou "alors c'est la guerre", mais "non", c'est plus classe). Avant de bouter les Italiens hors de ses terres et de leur prendre une partie de l'Albanie (La honte pour Mussolini qui a donc appelé son ami Adolf à la rescousse. Ça s’est moins bien passé pour les Grecs). Le "Jour du Non" célèbre l'esprit de résistance grec, la combativité de ce peuple fier et libre, défenseur des valeurs telles que : Liberté, démocratie, Grèce. Bref, la légende sous le tableau. Là où ça devient glauque, c’est de voir des enfants dans des jardins d'enfants remplir joyeusement de couleur des modèles de dessins de soldats hellènes en armes avec le drapeau qui flotte dans le fond... et là où ça devient encore plus flippant c'est que personne ne semble vouloir se souvenir que Ioánnis Metaxás était lui-même un dictateur d'extrême-droite quasi-fasciste qui avait plus à voir avec Mussolini qu'avec ses alliés anglais, n'était l'opportunisme. Donc, pour le Jour du Non  - Fête Nationale quand même - on va voir des jeunes enfants glorifier le jour où un facho grec a dit NON à un facho italien, et ça, c'est le symbole de l'esprit de résistance et de liberté de la Grèce Éternelle.

D'ailleurs, dans ce même musée, si les vitrines sur la Victoire contre les Ottomans et plus tard les Italiens s'accumulent, il y a deux panneaux en tout et pour tout sur la dérouillée prise contre les Allemands, et l'un d'eux n'est que la liste des moines du monastère liquidés par les nazis. Même scénario à Thessalonique ou Athènes. L'histoire, dans un musée grec, c'est quand la Grèce gagne. Le reste c'est un détail qu'il faut vite expédier.

Je pourrais continuer mais avec ces quelques exemples choisis on comprend peut-être mieux pourquoi j'ai eu un énorme problème avec ça, d'autant que le pays affrontait déjà la crise qui se poursuit aujourd'hui. Seulement, dans une culture pareille, l'autocritique est rare et le déni profond. Discuter des problèmes de la Grèce avec des Grecs relève souvent du dialogue de sourd, même si le problème de la corruption n’est généralement pas question à débat. Mais il flotte dans l'air ce parfum de gloire éternelle tellement puant que j'ai fini par abandonner. La Grèce est la source de tout, a tout inventé, et le monde manque de reconnaissance envers elle. Nous sommes ingrats.

Cela dit, ce déni complet face à une grandeur passée dans un pays qui rame et qui croit encore être ce phare à l'horizon des peuples libres ne m'était pas totalement nouveau. J'ai vécu en France assez longtemps pour entendre le refrain sur la France, Patrie des Droits de l'Homme. La France qu'on écoute. La France Résistante. "Une certaine idée de la France" qui n'a, elle non plus, pas grand chose à voir avec la réalité d'aujourd'hui. La différence c'est que la Grèce a déjà le nez dans la misère crasse. 

Quand ton Aldi ressemble à ça, tu sais qu'il y a un problème :


Or, la France n'y est pas encore tout à fait. Elle croit que ça va très mal, et pourtant elle ne croirait jamais que ça, là, des rayonnages vides partout, les fascistes dans les rues qui défilent en chantant le Horst Wessel Lied, le FMI et la BCE qui lui prête en grognant pour éponger sa dette catastrophique pendant que le reste de l'Europe lui impose de vendre le Mont Saint-Michel aux Chinois, ça ne lui arrivera pas. Parce que c'est la FRAAAANCE, et que la France est un grand pays qui ne tombera jamais. C’est une nation éternelle qui a inventé les Droits de l'Homme et l'Europe devrait être à ses pieds - d'ailleurs si tu veux bosser dans l'UE, faut parler Français. Parce qu'on l'a quand même fondée, l'UE. L'Allemand, par contre, pas obligatoire, non, non, mais le FRANÇAIS oui !

Quelque part, j'ai retrouvé en Grèce quelque chose que je ne supportais déjà plus en France, en plus extrême encore, et c'est peut-être la raison pour laquelle cet aspect de la culture grecque me paraît être encore aujourd'hui l'un des plus gros obstacles à mon acculturation durant mon SVE, ce qui a fait que je n'ai pas pu m'y adapter.

La grosse différence avec des similarités apparentes en Finlande, c'est le contexte. Prenons par exemple la Guerre D'hiver, où la Finlande, seule, abandonnée par ses "alliés" de l'Ouest qui lui avaient promis assistance et n'ont fourni que de bons sentiments, a tenu tête à l'Union Soviétique. Les Soviets se sont cassé les dents sur la Finlande, petit pays peu peuplé qui a osé lui montré le doigt et résister à son rouleau compresseur. Si finalement la Finlande a dû céder un traité de paix sous la contrainte, et donc n'a pas gagné cette guerre, elle est parvenu à empêcher son invasion complète malgré tous les pronostics, et a échappé à la satellisation à l'Union soviétique (contrairement aux pays baltes comme sa cousine l'Estonie). Techniquement c'est une défaite, mais pour les Finlandais, c’est une Victoire, le sauvetage d'une indépendance fraîchement acquise (1917, donc à peine une vingtaine d'année plus tôt), la confirmation pour une jeune nation qu'elle veut être libre. Aujourd'hui la guerre d'hiver est glorifiée à l'envi, un peu trop peut-être, mais plusieurs différences font que cela ne m'agace pas.

- Ils ne rattachent pas tout succès actuel à ce passé glorieux
- Ils ne justifient pas leurs actions d'aujourd'hui par le prisme des actions d'hier.

D'ailleurs, si une frange plus "traditionaliste" réclame encore mollement le retour de la Carélie "occupée" à la Finlande, elle n'est guère écoutée, et ces gens sont considérés comme des reliques amusantes et inoffensives. On n'est pas dans la situation grecque ou, pour une question de nom, la Macédoine n’est pas reconnu par la Grèce et ses alliés, parce que la Macédoine, c’est en Grèce ! Faux, d'ailleurs, selon le point de vue de l'époque, mais perdre la Macédoine, pour la Grèce, c’est perdre Alexandre le Grand, or, Alexandre le Grand, il est 100% grec, c'est nous, on a le plus grand Empire de tous les temps ! Cette farce a bloqué l'accession du "FYROM" puisque le nom Macédoine lui est reproché à l'UE pendant des lustres et obligé des statues d'Alexandre le Grand à se faire renommer "Guerrier à cheval" pour éviter des crises diplomatiques avec Athènes.

Avoir un rapport biaisé à son Histoire est une chose presque normale, inévitable. La différence c'est l'extrémité dans laquelle on va pousser le déni et la falsification pour se glorifier à travers un passé révolu, qui excuserait ou justifierait les mauvaises décisions ou mentalités actuelles. La Finlande, nation jeune, est parvenue à créer un équilibre entre patriotisme et réalisme, sortant régulièrement ses drapeaux partout pour des jours commémoratifs de ses auteurs, de sa culture, de son histoire, tout en se questionne régulièrement sur les relations entre Mannerheim et Hitler, et sur l'entente militaire avec l'Allemagne. La Grèce, elle, a ses drapeaux sortis partout et constamment, et ne se pose que peu de questions sur ses zones d'ombre.

Tout est dans la mesure. Ou la démesure.

samedi 16 novembre 2013

Choc culturel, intégration, et autres poncifs : Une Introduction

Si vous êtes intéressé par l'expatriation, qu'elle soit temporaire ou définitive, vous avez probablement vu/entendu parler de cette fameuse courbe d'adaptation qui vous montre les phases par lesquelles vous passerez probablement lors de votre expérience. Cette courbe, la voici :

Emprunté à http://www.gestion-des-temps.com/
On nous l'a sortie avant mon départ en Service Volontaire Européen, durant notre "séminaire", et plus récemment j'y ai eu droit à nouveau dans une réunion d'information relative à mon futur échange durant le second semestre de cette année. Cette courbe est ressortie à toutes les sauces, et ce malgré le bémol que "ça dépend des personnes et tout le monde ne passe pas par toutes les phases, etc. etc.". Alors certes, je suppose que beaucoup de monde est passé par là, sinon cette courbe n'existerait probablement pas, mais à titre tout à fait personnel, je dois dire que cette courbe me fait bien rigoler.

Ni en Grèce durant mon SVE, ni en Finlande je n'ai suivi cette courbe, et pour des raisons différentes en plus. Si j'osais, je mentionnerai mon déménagement en France ou, malgré ma double culture (ou à cause d'elle), débarquer dans un village très replié sur lui-même a été peut-être l'un des pires chocs culturels qu'il m'ait été donné la "chance" d'affronter. Oui, je dirai que déménager dans un petit bled Alsacien a plus dépaysé le germano-alsacien que j'étais que la Grèce, mais bon, j'étais jeune et naïf à l'époque. Bref.

Résumons succinctement cette fameuse courbe. Théoriquement, on arriverai dans le pays d'accueil, et comme tout est tout nouveau tout beau, on traverserait une phase d'euphorie souvent appelée "lune de miel". Puis, la réalité nous rattraperait et nous plongerions dans un état d'agacement profond : Nous remarquerions ce qui ne nous plaît pas, nous semble ne pas fonctionner, le mal du pays nous prend, bref, c'est le choc culturel. Puis, par un procédé d'acculturation, nous accèderions à une stabilité retrouvé, l'intégration. La courbe ci-dessus donne même trois variantes possibles à l'issue de ce processus :

a) Vous ne parvenez pas à vous intégrer, le choc est trop grand, et c'est la dépression qui vous guette.

b) Vous êtes intégré, tout va bien, mission accomplie Bravo Leader.

c) Vous êtes devenu un intégriste de votre pays d'accueil, un converti fanatique qui connaît mieux ce pays, ses coutumes et son histoire que les natifs. Vous leur faites presque peur, en fait.


Mon expérience n'a pas suivi ce modèle. Commençons par la Grèce.

La Grèce a commencé par la découverte que nos appartements étaient bourrés de volontaires (jusqu'à quatre par chambre prévue pour deux qui se serrent...), et un projet qui n'avait apparemment pas besoin de moi pour un mois. Une organisation déplorable côté association d'accueil donc, mais une bonne humeur et une chaleur humaine qui donnait un a priori tout de même positif. Malheureusement, travailler dans ce projet c'était quand même la raison pour laquelle j'étais venu. Je découvre aussi les joies des transports en commun grecs et leur absence en pratique de grille horaire, l'attitude "aujourd'hui peut-être, ou alors demain" et "je suis en pause, unique client de l'après-midi, ne me dérange pas". La lune de miel, je ne l'ai pas eu, je suis directement passé au gros choc culturel qui tâche. Et si mon acculturation s’est faite par à coups, j'ai réussi à ignorer le fait que rien ne marche et que tout fonctionne par piston. Du maire du petit bled à la Police, tout passe par le petit billet glissé où il faut quand il faut. Et ça, ça m'a gonflé du début à la fin, mais j'ai fait avec. J'ai découvert la chaleur des gens, leur hospitalité, et j'ai apprécié. Est-ce que cela compensait leur absence totale de réflexion dans leur comportements à risque ? Non. Exemple :

Moi : "Vous pensez que c’est une bonne idée de jeter vos mégots de cigarette par la fenêtre, en été, au milieux des montagnes ? Il y a pas mal de feux dans toute la Grèce à cette période de l'année, tous les ans, et..."

Réponse des travailleuses sociales après un éclat de rire : "Ça c'est les gens qui brûlent leur terrain pour l'assurance, pas les cigarettes !"

Voilà voilà... Je ne me suis jamais adapté à la culture grecque, et j'en ai rapidement eu marre. J'étais content de partir après six mois. Les gens étaient adorables, en tant qu'individus, la nourriture était excellente, les paysages somptueux, mais le pays en tant que culture (dans sa forme actuelle), ne m'a laissé de place ni pour la lune de miel, ni pour l'adaptation. Je suis passé de l'agacement au rejet en 6 mois. Tout en adorant les gens pris individuellement, ce qui fut le plus troublant. Les travailleuses sociales avec lesquelles j'ai travaillé étaient très prévenantes et gentilles, mais leur petit rire amusé quand je leur faisais remarquer qu'avec un paysage aussi somptueux que le Péloponèse c'était dommage de jeter tous leurs déchets par la fenêtre de la voiture au lieu de les mettre dans un sachet pour les jeter plus tard, je n'en pouvais plus. Ah, le petit écolo allemand, qu'il est amusant avec son concept de poubelles !

Xylokastro: Mes premières impressions de la ville.
Car oui, les Grecs ont beau vivre de leurs paysages et de leur patrimoine historique et culturel, ils le traitent avec un manque de respect qui touche au scandale. Entre le recyclage qui se résume à "papier-carton par la fenêtre gauche, plastique par la fenêtre droite" et les plages dégueulasses à peine nettoyées en plein été, j'ai été époustouflé par le dédain général des Grecs pour leur environnement, qui est pourtant leur gagne-pain majeur. Des détritus partout ! Et là je ne parle pas des grèves des éboueurs, je parle des sentiers, plages, grottes, trottoirs, des villes aux petits villages de montagne. Saison ou hors saison, d'ailleurs. Ironie, le touriste qui prendra de l'argent au distributeur de billet chez Alpha Bank se voit admonesté sur son reçu "Please keep Greece tidy" (veuillez laisser la Grèce propre s'il vous plaît) pour l'encourager à ne pas laisser le reçu traîner par terre. L’hôpital qui se fout de la charité, merci. D'ailleurs, tout un groupe de volontaires à Xylokastro n'était là que pour "nettoyer la plage et la forêt" avant la saison touristique... Mais l'exemple le plus criant qu'il me fut donné de voir fut ma visite dans la grotte de Drogarati, à Céphalonie. Un chef-d’œuvre de la nature et l'un des deux plus grosses attraction de l'île avec la grotte de Melissani (les deux grottes en question étant, grosso modo, la raison pour laquelle un touriste choisirait de venir sur cette île plutôt qu'une autre). Alors que je m'apprête à sortir de la grotte, l'un des gardiens avertie un groupe de touristes de ne pas prendre de photos avec flash, parce que la luminosité permet aux champignons et autres fongus de se développer. Je lui dit avec un sourire qu'heureusement que j'avais désactivé le mien parce qu'on ne m'avait pas averti, et que je trouvais que de toute façon les lumières de la grotte étaient suffisantes. Et alors là, stupeur.

Le gardien : "Oui, mais ces lumières sont mauvaises aussi, elles aussi elles font grimper des plantes et champignons" me dit-il en me montrant la mousse qui pousse autour d'un spot. "Ce ne sont pas des lumières spéciales."

Moi : "Mais est-ce que des lampes spéciales existent ?"

Lui : "Oui, oui, ça existe..."

Moi : "Mais cette grotte c'est non seulement un trésor de votre patrimoine mais aussi votre attraction phare, si vous ne mettez pas de bons spots vous allez la détruire ??! Pourquoi ne pas installer des lampes qui préserveraient la grotte ??" (et encore je fais court, j'étais sur le cul et donc assez loquace)

Lui, sur le ton de la conversation : "D'où venez-vous ?"

Moi : "De France."

Lui : "Ici, c'est la Grèce."

Ici, c'est la Grèce. Et cette réponse résume mon expérience avec la culture grecque, une ligne descendante que ni les paysages ni l'hospitalité des habitants n'a su remonter. Le choc culturel fut énorme, parce que je voyais une culture ancienne et fière tournée entièrement vers son passé, vivant du tourisme sans prendre soin de son outil de travail, manifestant contre l'"avarice des fascistes allemands" en défilant avec des panneaux montrant Merkel en uniforme de SS, tout en s'étonnant sincèrement sur les plateaux télé de la baisse significative de l'arrivage de touristes allemands pourtant super-clients habituels. Et ce en pleine grève des livreurs d'essence et donc un pays à sec de carburant en plein mois de juillet. Une Grèce qui se réclame source de la culture européenne, berceau de la civilisation hier, aujourd'hui et pour toujours (sérieusement, lu tel quel aux Météores) mais qui me justifiait la situation économique actuelle par des raisonnements du genre "nous sommes le seul pays à qui l'Allemagne n'a rien dédommagé après la guerre, et voilà où on en est". Voilà. Ici, c'est la Grèce.
De l'importance du cadrage : Ce que j'ai évité de vous montrer. Montagnes près de Velo, mars 2010.

Maintenant, la Finlande. J'ai eu la chance de pouvoir visiter le pays deux fois presque d'affilé quelques mois avant d'y emménager, en total touriste, donc, sans contrainte administrative ou autre. Mais le choc culturel n'a pas vraiment eu lieu, car comme tout bon touriste, j'étais tout de même isolé par cette bulle qui fait que je n'étais que "de passage". L'acculturation n'a pas vraiment lieu d'être et tout métissage culturel ne peut être que superficiel. Le vrai défi a commencé en août, quand j'ai déménagé pour de bon. Aller simple. Là aussi, le schéma classique n'a pas eu lieu.

Et pourtant, la culture finlandaise est beaucoup plus proche de ce que je peux accepter en tant qu'individu, et de ce à quoi mon esprit peut accepter dans un processus d'intégration. Le problème n'était donc pas dans une culture trop différente. Le problème c'est que j'ai eu à affronter une série assez harassante d'épreuves administratives, entre la Police, la Magistrature, la Banque, le système de santé, l'assurance, la fac. J'ai eu la tête dans le guidon si longtemps et si intensément qu'une fois la situation plus posée, j'avais déjà une idée assez équilibrée des deux faces de la médaille qu'on appelle Finlande. J'avais vu ses aspects les plus plaisants et son côté casse-couille. Pas de lune de miel au programme ou le pays serait parfait. Pourtant, après deux ans et demi de vie sur place, je n'ai jamais eu non plus de phase où le mal du pays m'aurait saisi et où je me serais dit "au diable ce pays de dépressifs alcooliques !". Même dans les pires moments financiers/administratifs, j'ai traversé la tempête en ayant à l'esprit "tu l'as voulu, tu l'as eu, un grand coup dans ton..." ainsi que ces aspects culturels qui me faisaient persévérer. Depuis le début, j'ai une expérience de la Finlande qui tient en équilibre entre ces deux côtés, et je peux donc dire que j'ai suivi une ligne ascendante sans tomber ni dans l'euphorie, ni dans le choc culturel. Peut-être que la culture finlandaise est trop proche de l'allemande avec laquelle elle partage beaucoup ? Ou bien c'est justement le contraste avec la Grèce que j'avais quittée seulement un an plus tôt ?

Par honnêteté intellectuelle je me dois de mentionner que les finlandais, eux-aussi, souffrent d'un paradoxe concernant le recyclage, j'y reviendrai plus tard car ça, par exemple, ça m'agace :-p
Maintenant je suis culturellement intégré (bémol pour la langue encore mais bon, c'est le finnois, c'est dur. Voilà.), et j'apprécie le pays pour ce qu'il est : Un beau pays de gens bourrus mais sur lesquels on peut compter s'ils vous acceptent, et dans lequel je me sens bien et voudrais volontiers travailler une fois le diplôme dans la poche - bref, y vivre, et ce en toute connaissance de cause. Je ne nie pas que pas mal de trucs peuvent m'agacer, que niveau nourriture au quotidien c'est pas le pied (et ça on s'en rend compte dès le Jour 1), que la vie est trop très chère... mais je m'y plais, je suis intégré. Et la France ne m'a jamais manqué.


Sauf sa cuisine.