dimanche 19 janvier 2014

La Carélie : Une visite de la Finlande en relief

Pour rattraper mon retard dans la narration palpitante de mes aventures dans le Nord, réchauffer nos petits cœurs accablés par le froid brutal qui s'est abattu sur l'Europe, paralyse tout le monde  l'Europe Centrale sous une épaisse  couche de neige, je me suis dit, c’est le moment de parler de ma première ballade en Carélie.

Accompagnant Ada, son amie Marikki partis en voiture rendre visite à une autre amie qui avait déménagé à Joensuu après son accouchement (enfin, Ada est surtout parti voir le bébé, humhum...), j'ai pu faire un petit voyage qui m'a mené jusqu'à la région la plus à l'Est de l'Union Européenne, la Carélie. La particularité de la Carélie, outre d'avoir été l'objet de déchirement houleux avec la Russie (j'y reviendrai), c'est d'offrir à la Finlande des... hum... pas des montagnes, non... des collines ? Allez, disons du relief. Car oui, la Finlande est un pays excessivement plat. Si le Nord offre bien des tunturit, un type de "montagne" qui n'impressionnera guère l'Alsacien qui a vécu coincé entre les Vosges, le Schwarzwald et les Alpes, le reste du pays est comparable aux plaines interminables de nos amis Lorrains - nonobstant les puits en pneus peints, évidemment. Heureusement, pour rompre la potentielle monotonie qui guette le touriste blasé, la Finlande a la Carélie.



La Carélie c'est la Finlande en 3D.

(Ce qui reste, on le voit tout relatif.)

Toutefois, dès l'entrée en Carélie on sent, surtout en voiture, à quel point le terrain ondule, se courbe, se plie. Les champs sont bombés, vallonnés, les rouleaux de paille les parsèment, les fermes apparaissent entre les arbres, sur les hauteurs... Le paysage me devient plus familier, pour un peu, on se croirait de retour dans notre cher bassin alémanique !

Le paysage reflète aussi une réalité culturelle très ancienne, qui va au-delà du cliché national savamment entretenu par le nationalisme romantique : La Finlande, pays agraire. Si le mythe du Finnois vivant dans la forêt, le Metsämies, est encore tenace aujourd'hui, c'est parce que c’est l'image rustique sur laquelle s’est bâti le nationalisme finlandaise, à l'opposé de la sophistication citadine russe. Le Finlandais est plus honnête, plus franc, et donc plus naturel, plus rustique. Des romans comme le classique des Sept Frères alimentent cette vision forestière du Finlandais authentique. Or, la réalité est un peu différente. La Finlande est depuis très longtemps un pays recouvert de champs, et la majorité de la population vivait encore du travail de la terre il n'y a pas si longtemps. La forêt n'a pas été l'habitat du Finn depuis des temps très, très lointains. De façon assez intéressante, la situation est assez similaire aux Gaulois que l'on sait aujourd'hui avoir été de grands cultivateurs et défricheurs de forêts, au-delà du cliché servi par César dans sa Guerre des Gaules.

Et la Carélie crie ce passé authentique à la face de qui la contemple. Bien que la forêt tant chérie soit bien présente, ce sont des champs et des fermes partout. Ce cœur vibrant de la culture finlandaise montre un visage honnête de la Finlande. Il est intéressant de noter que c'est de cette région que vienne énormément de clichés, de chants et de légendes qui sont désormais vues comme finlandais. La Carélie, héraut de la culture Finn. Le fait que la Russie en ait volé une partie après la seconde guerre mondiale y fait certainement, alors que de nombreuses figures civiles ou politiques ont réclamé le "retour de la Carélie" à la Finlande. Encore aujourd'hui, cette histoire cause une certaine inimité envers les Russes, et alimente les bons vieux fantasmes nostalgiques. On raconte notamment qu'avant, en Carélie désormais occupée, tout était mieux avant et que les baies poussaient en surabondance et même que les fraises étaient grosses comme des têtes de bébés.

Grosses comme des têtes de bébé, les fraises, on vous dit. Même à Marseille ils n'en ont pas des comme ça !

Cela dit, ça a permis des blagues assez drôles, comme le slogan de la marque de bière Karjala (qui non seulement s'appelle donc "Carélie" mais dont le logo est tout simplement le blason de la région) qui fut pendant un temps :

Récupérez la Carélie, une bouteille à la fois.

Karjala qui fait d'ailleurs une bière au Terva, faudra que je vous en parle ! Mais du coup la transition est toute trouvée pour évoquer la symbolique du blason, qui n'est pas sans évoquer celle du blason national. En effet, le lion qui représente l’État Finlandais tient dans sa main une épée droite et marche sur une épée courbe, symbole de résistance victorieuse face à l'envahisseur extérieur (épée courbe = exotisme, tout le monde comprend). Cette idée est reprise sur le blason de la Carélie, et le détenteur de cette épée courbe ne fait plus vraiment de doute (pour rappelle, on est à la frontière russe, tout ça). Bien qu'implicite plutôt qu'explicite, il est intéressant de remarquer que ces symboles sont toujours plus ou moins présent dans le quotidien. Quand, durant les élections parlementaires en 2011, les gens pouvaient voter en ligne pour définir les points essentiels qu'ils souhaitaient voir abordés durant les débats par leurs candidats (oui, ils avaient une plate-forme rien que pour ça, ce qui est cool), dans la catégorie "crises et challenges internationaux", entre "Guerre en Afghanistan" et "Crise de l'Euro" il y avait une catégorie sobrement intitulée "La Russie". Ça veut bien dire ce que ça veut dire.

Je fus donc agréablement surpris de découvrir cette fresque à Lappeeranta (capitale de la Carélie du Sud) :

J'ai même réussi à retrouver le nom de l'artiste, il s'agit de Jukka Hakanen (jukkahakanen.fi)
L'élan (plus courant en Finlande que le lion, faut bien avouer) porte la même armure qui tient normalement l'épée droite, tandis que l'ours (symbole de la Russie depuis des lustres) porte celle qui tient habituellement l'épée courbe. Mais au lieu de se taper dessus, ils boivent un coup dans des tasses fumantes aux couleurs de la Carélie. J'ai trouvé cette image superbe dans sa symbolique, cette acceptation qu'il y ait désormais une Carélie finnoise et une Carélie russe, et que rien ne s'oppose à leur bonne entente, voire, soyons fous, amitié. L'acceptation que "récupérer la Carélie" ce ne serait de toute façon pas récupérer la grange à grand-papa, dans une région où tout le monde parlerait encore Finnois. Accepter l'Histoire sans chercher à repartir comme en 40, comme on dit. Et pour un Alsacien, c'est une image d'autant plus forte qu'elle me rappelle quelque chose...

Plus de Carélie à venir dans mes prochains articles. La prochaine fois, je vous parlerai d'une autre belle découverte à Lappeeranta, à savoir une exposition éphémère de sculpture sur sable ayant pour thème...

LE KALEVALA !!


Pardon, je m'emporte.

PS : La marque de bière Karjala a gagné mon respect pour son art du trololol. Lorsque la Finlande a battu la Suède en finale de la coupe du monde de Hockey en 2011 au score humiliant de 6-1, Karjala s’est empressée de faire ça :

Oui, parce que les Finlandais ont aussi un compte à régler avec les Suédois ^^ C'est mesquin, mais c'est bon.

1 commentaire:

  1. Paavo c'est pas n'importe quel bébé, c'est mon filleul magnifique!

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