dimanche 14 mai 2017

Turku, l'ancienne capitale de la Finlande

L'année dernière, Céleste et moi sommes partis en vacance à l'Ouest, pendant l'été, afin de visiter... oui, l'année dernière. Comment ? J'avais promis de ne pas prendre une année de retard avant d'en parler ? Non, je ne crois pas. Je n'ai jamais écris cela. Vous devez vous tromper.

Bref, nous sommes allés à Åland pour un long week-end. Oui, après y avoir fait plusieurs fois allusion, je vais enfin parler de cet archipel autonome finlandais. Mais il se trouve qu'avant cela nous sommes passés par Turku. Or, il se trouve que j'y étais déjà allé plusieurs fois sans jamais en parler sur ce blog, et je compte donc en profiter pour rattraper tout ça.

C'est de ce balcon qu'est proclamée la Paix de Noël.
Alors, pourquoi Turku ? Parce que c'était sur le chemin, déjà, pour commencer, ensuite parce qu'il s'agit de l'ancienne capitale de la Finlande sous domination suédoise (sous le nom suédois d'Åbo), et qu'une ancienne capitale ça vaut toujours le détour (cf. Nauplie, pour mes lecteurs assidus), surtout pour les amateurs d'Histoire. Turku ne déroge pas à la règle, et offre à ses visiteurs quelques hauts-lieux intéressants, notamment son château médiéval et sa cathédrale. On proclame à Turku chaque année, la "Paix de Noël", et ce depuis les années 1320, mais que je n'ai personnellement vu qu'à la télé jusqu'ici (l’événement est retransmis en direct sur la première chaîne nationale). C'est une vieille tradition fenno-scandinave qui instaure, pour la période de Noël, un temps sacré durant lequel les crimes et les comportements antisociaux sont punis plus durement afin d'imposer, ben, la paix de Noël, tout est dans le nom. Un autre moment fort de la vie de Turku aujourd'hui c'est le grand marché médiéval qui s'y déroule chaque été, et que j'ai pu visiter deux fois déjà, y compris l'été dernier.

Belles maisons typiques du vieux Turku.
Et pouf, me revoilà sur les rails. Nous sommes allés d'Helsinki à Turku pour des clopinettes grâce à un bus Onnibus (Visiteurs en quête de conseils pour visiter la Finlande à pas cher : checkez Onnibus. De rien.), et avons pu profiter d'un temps magnifique pour visiter la partie historique de la ville avec ses maisons en bois et sa vieille place du marché, centre du Turku médiéval. Les échoppes du festival s'étalaient un peu partout, l'odeur du cochon à la broche flottait dans l'air et les animateurs en costumes animaient en costumes. En fait on en a tellement profité qu'on n'a pas pensé à prendre plein de photos. L'article sur Turku sera donc en service minimum, et comme je sais que la plupart de mes visiteurs viennent pour les images, je m'en excuse ! (Promis, l'article sur Åland sera blindé de photos.)

Deuxième tip pour les voyageurs, si comme nous vous débarquez avec des gros sacs et que vous ne souhaitez pas les trimbaler toute la journée pour vos visites, il y a une consigne pas chère à la gare. Elle nous a d'ailleurs tellement aimé qu'elle m'a refilé un euro en extra en partant (coup de bol numéro 1). Une fois allégés, la visite pouvait commencer.

Premier arrêt touriste : la cathédrale. Bon, certes, c'est pas Notre Dame de Strasbourg, mais c'est pas mal quand même, surtout pour la Finlande. Non pas que les jolies églises manquent dans ce pays, mais là on parle de gros, lourd et massif, c'est pas une belle chapelle toute mignonne en bois peinte en rouge comme à Seili, non là on parle de pierres et de maçonnerie pour un édifice construit en plusieurs étapes sur plusieurs siècles (du XIIIème, alors église en bois, puis agrandie en mode mastoc au XIVème et XVème, puis reconstruction après le Grand Incendie de Turku). Pour plus de détails techniques je vous renvoie à wikipedia, inutile de faire du bête copier-coller.

Le parvis de la cathédrale sous le soleil. Le clocher domine la place de ses 86 mètres, soit un poil moins haut que la cathédrale d'Aarhus au Danemark, qui lui ressemble un peu, je trouve, avec le côté brique rouge.
Les multiples fenêtres et vitraux cloisonnés témoignent des multiples "couches" successives dues aux agrandissements / réparations suites aux dégradations, notamment les incendies.
Un autre angle du clocher que je trouve assez joli avec ce patchwork d'anciennes ouvertures colmatées. Le clocher était originellement en bois mais après le grand incendie de Turku ils ont décidé d'arrêter les frais.
La nef avec sa superbe voûte. On peut voir que c'est plutôt sobre.
L'orgue principal est récent et date des années 1980. On peut dire qu'il a de la gueule.
Une offrande de marin comme j'en parlais déjà dans l'article sur l'église de Seili.
Du coup j'ai mentionné le fameux incendie de Turku. Il y'en a eu plusieurs, mais celui dont les gens se souviennent, c'est celui de 1827, avec une histoire tellement invraisemblable que j'en rigolais déjà (en anglais) sur mon blog humoristique Zombie Hunting in Finland. Du coup je vais résumer tout ça une nouvelle fois ici, en français et sans zombies.

En gros, un feu se déclare à Turku le 4 septembre 1827, alors qu'une grande partie de la population se trouve au grand marché de Tampere. Ironiquement, c'est la ville avec laquelle s’est installée une sorte de concurrence teintée de jalousie et de compétition bon enfant. Bref, alors que les braves gens de Turku se vident les poches chez leur principale rivale, à 9h du soir le feu prend dans la ville. Et le pire, c'est qu'il s'étend ici, là, au gré du vent, comme s'il sautait d'un point à l'autre de la ville pour faire un maximum de dégâts : il s'étend d'abord aux quartiers Nord, puis les quartiers Sud, puis l'incendie saute par-dessus le fleuve Aura (WTF?) pour aller mettre le feu à la cathédrale, avant de repartir vers l'Est. Un vent facétieux déterminé à foutre le boxon, bizarre quand même ? Comme la plupart des gens sont partis, peu de personnes sont là pour combattre les flammes dans une ville qui, malgré 30  incendies (trente, quoi !) dans son histoire, n'a toujours pas de plan de contingence pour ce genre d'événement. Quelque part, on se dit : Selberschuld, les mecs. Bien fait pour vous. Bilan : trois quarts de la ville réduits en cendres, 11 000 sans abris, 27 morts et des centaines de blessés. C'est l'incendie urbain le plus grave de l'Histoire des pays nordiques.

Le fleuve Aura, que le feu a "enjambé" sans problème. Et des sculptures de canards.
Les conséquences, outre les pertes matérielles, méritent l'attention. Depuis quelques années déjà, Turku n'était plus la capitale du Grand Duché de Finlande, car les Russes l'avaient déplacé sur Helsinki afin de l'éloigner de l'influence suédoise et de la rapprocher du reste de la Russie. Pourtant, beaucoup de grandes institutions comme l'Académie Impériale et les Archives, etc. étaient encore basées à Turku, alors plus grosse ville de Finlande. Après l'incendie, ces institutions ont elles aussi été rapatriées vers Helsinki. De là à dire que ce mystérieux feu vagabond capable de se mouvoir un peu partout, même par-dessus le fleuve, n'était pas tout à fait un accident mais un acte délibéré pour affaiblir encore plus le rôle de Turku en faveur d'Helsinki... il n'y a qu'un pas que je ne franchirais pas, mais qui me laisse perplexe. Ce désastre tombait un peu trop à pic. Néanmoins, conspirationnisme ou pas, le résultat fut bel et bien le déclin de Turku en faveur d'Helsinki qui a pris pleinement et définitivement son rôle de capitale.

Aujourd'hui à part un quartier de maisons en bois qui a plus ou moins survécu à l'incendie, la ville est de construction moderne, et je dois avouer que comparé aux innombrables façades en Jugendstil d'Helsinki, ben Turku n'est pas spécialement jolie. Certes, il y a le fleuve Aura qui traverse la cité et offre de nombreux ponts au panorama, mais on en a vite fait le tour (bon, c'est pas tout à fait vrai, y a plein de musées, mais disons que pour une promenade, c'est pas folichon). Malgré tout, il reste la cathédrale et surtout le château.

La façade de l'enceinte extérieure.
Le château à proprement parler.
Comme c'était le grand marché médiéval, le château avait organisé des animations particulières, notamment des jeux pour les enfants, des gens costumés, et au cours des visites des musiciens faisant de chouettes démonstrations d'instruments et de chants médiévaux, ainsi que des initiations à des danses médiévales - c'était marrant, mais j'ai confirmation que moi et la danse ça fait deux. Céleste et moi sommes arrivés pour la dernière visite en anglais de la visite, peu avant la fermeture, et comme il n'y avait personne d'autre (les autres visiteurs prenant la visite en finnois), nous avons eu droit à une visite privée, un guide pour nous tout seuls, ce qui était un chouette coup de bol.

Dans les grandes lignes, le château date du XIVème siècle, avec plusieurs phases d'agrandissements / restauration comme pour la cathédrale. Encore une fois, wikipedia est l'ami des gens qui veulent du technique. Le château a été construit à l'embouchure du fleuve Aura (fleuve qui donne son nom à une variété de fromage, à savoir un bleu assez doux, et une marque de bière, que je ne recommande pas spécialement), pour protéger la ville des assauts maritimes. A la base, la forteresse était sur une île dans une zone marécageuse, mais avec l'élévation du niveau du sol propre à la Finlande (le recul des glaces depuis la fin de l'ère glacière il y a 10 000 ans fait que le sol autrefois "sous pression" remonte jusqu'à 85 cm par siècle dans les régions côtières et l'Archipel de Finlande, ce qui est énorme !), et bien le site est maintenant sur la terre bien ferme, au bord de la Baltique. Je trouve ce phénomène fascinant, puisque de nouvelles îles apparaissent en quelques décennies et que dans certains endroits la côte recule au point de rendre les vieux ports inutilisables (Pour ceux que ça intéresse il y a un chouette article du Finnish Geospatial Research Institute en anglais ici avec des vidéos et des images plus parlantes que mon blabla).

Ce qui m'a plu dans cette visite du château (que j'avais déjà visité il y a plusieurs années de ça mais sans guide), ce sont les petites anecdotes rigolotes du guide. Comme par exemple l'explication aux deux trappes latérales donnant sur l'entrée de l'enceinte du château. En passant devant, on s'est dit "Tiens, ils ont mis des ours... OK... c'est pour donner un petit frisson aux enfants ?" Et bien non, c'est tout simplement parce qu'il fut un temps où l'entrée du château était réellement gardée par DEUX OURS. Pourquoi prendre des chiens quand on peut mettre des ours ?

Et donc on gardait l'entrée du château de Turku avec des ours. D'autres questions ?
Un autre détail cocasse (si on peut dire) a trait à l'histoire du château qui a également servi de prison de luxe à la famille royale de Suède. En 1563, Jean III  de Suède trahit son frère le roi Eric XIV, et ce dernier le fait enfermer en prisonnier VIP à Turku pour Haute Trahison. Heureusement pour Jean, son frère Eric... perd la boule... et devant les alarmants signes de problèmes mentaux de leur souverain, plusieurs nobles font libérer Jean qui renverse son frère et l'enferme. En prisonnier VIP à la prison de Turku. Haha, sacré Jean, pas rancunier pour un sous ! Bon, pour des mesures de sécurité, Eric sera transféré de château en château (y compris à Kastelholm à Åland, j'y reviendrais), dans des geôles de luxe et ce jusqu'à sa mort en captivité, empoisonné à l'arsenic. Ah, les frangins, qu'ils sont taquins !

Dans la cour du château.
Sinon il y a aussi la légende du prisonnier qui est parvenu à s'échapper par les latrines. Alors bon, pour vous donner une idée, voici une photo des latrines en question, avec un petit paquet de Salmiakki à côté pour donner l'échelle (sachant que c'est plus petit qu'un paquet de cigarettes).


Soit le mec c'est Gérard Majax, soit y a un garde qui a été soudoyé, a ouvert grand la porte, puis a déclaré à ses supérieurs "Je ne comprends pas, il a dû passer par le chiotte". Je vous laisse faire votre choix.

J'ai également beaucoup apprécié le Jésus gore en serviette de bain de la chapelle catholique :

Non, ce ne sont pas des grappes de raisin, c'est le sang du Christ qui coule à gros bouillons. Et WTF, qu'est-ce que c'est que cette serviette à rayures ?!
Bref, si vous passez par Turku, je recommande de prendre le temps de visiter le château. Il est bien restauré, et sa taille et son bon état de conservation sont assez rares en Fennoscandinavie pour un édifice de cet âge. Il est également mieux fourni en meubles et autres artefacts que d'autres châteaux que j'ai pu visiter, notamment Savonlinna, et Hämeenlinna (dont je dois encore vous parler plus tard). Je recommande, donc. J'aimerais vous parler des nombreux musées de la ville de Turku mais n'ayant jamais passé plus de quelques heures à chaque visite, j'avoue ne pas les avoir moi-même explorés (ce n'est que partie remise). Le soir nous avons été récupérés en ville par notre Air BnB où nous avons passé la nuit, quelque part dans les bois aux environs de Turku, avant de reprendre la route le lendemain par ferry. Prochain arrêt : Åland

Le château vu depuis le pont du ferry pour Åland.
Et pour finir sur Turku, la ville a beaucoup d'humour. Considérée par certains comme une ville de seconde zone (certains = Helsinki et Tampere, hein, soyons clairs), ayant la réputation un peu injuste d'être le trou du cul de la Finlande (ce qui, quand on connaît la ruralité finlandaise, est quand même fort de café), la ville a répondu par une campagne promotionnelle de bon aloi :



mardi 28 juin 2016

Un jour en Finlande : Juhannus

Les solstices ont toujours été très importants pour les peuples européens. Déjà certains mégalithes de l'âge de pierre étaient parfois alignés sur la position du soleil durant ces journées particulières (c'est le cas à Stonehenge), tantôt plus longue de l'année, tantôt plus courte. Plus tard les solstices ont été largement utilisés pour marquer des temps forts de la vie religieuse païenne, puis chrétienne. Aussi, la fête romaine du Soleil Invaincu fut-elle remplacée par Noël, et le solstice d'été par la Saint-Jean. Si dans certaines régions d'Europe les feux de la Saint-Jean ont toujours cours, toutes n'ont pas le même engouement qu'en Europe du Nord où l'on appelle encore le solstice Midsommar - mi-été - sauf en finnois où on dit bel et bien Juhannus. 

Et en Finlande, justement, il n'y est pas juste question de faire un feu, c'est encore une grande occasion où beaucoup s'arrangent pour avoir un week-end prolongé le plus long possible, et partir pour le mökki (le chalet de vacance), si on le peut, fêter ça en petit comité (famille ou amis). On y va au sauna, on y fait du barbecue et on pend du bon temps. D'ailleurs, Juhannus est toujours un week-end, on ne le fête pas le jour même du solstice, justement pour avoir ce long congé. Cette expérience-là, j'en parlais dans cet article sur mon solstice 2013 au mökki. Pourtant, cette année, je n'avais pas l'occasion d'aller au mökki, donc j'ai fait comme tous ceux qui ne peuvent pas fêter Juhannus en forêt près d'un lac, je suis allé avec Céleste participer à un Juhannus public, sur l'île de Seurasaari.

Des costumes traditionnels finlandais.
Pour ceux qui ont oublié, Seurasaari c'est l'île d'Helsinki sur laquelle on trouve ce chouette musée à ciel ouvert style écomusée. Autant dire le cadre idéal pour un solstice folklorique, avec ses maisons anciennes et sa forêt. L'animation était assurée par des groupes de danse et de musique folkloriques, plusieurs kokko (les fameux feux) étaient organisés, et la météo avait dit qu'il ne pleuvrait pas (trop). Que demander de plus ?

Il y avait des activités pour les enfants et des fabrications de couronnes de fleurs (malheureusement on est arrivé un peu trop tard pour ça...). Du coup plein de gens se promenaient les cheveux fleuris, tandis que ceux qui comme nous avaient manqué l'atelier, mais n'avaient pas autant de scrupules que nous, erraient aux abords des chemins pour taper dans la flore locale, histoire de ne pas être en reste.

Dès notre arrivée nous avons assisté à l'érection d'un Arbre de Midsommar, qui n'est ni plus ni moins qu'un Arbre de Mai... mais pas en mai. A noter qu'en Finlande cette tradition est rattachée à la communauté suédophone. La symbolique de cette tradition reste obscure et débattue, tout le monde n'étant pas d'accord avec la théorie la plus répandue qui en fait un héritage de traditions païennes christianisées. Quel qu'en ait été le sens initial, l'Arbre de Mai / Midsommar est aujourd'hui une tradition culturelle plus qu'autre chose : on l'érige et on danse autour de lui, en passant sous ses "branches", bref, farandole et bonne humeur nous accueillent.

L'Arbre de Midsummar est planté.
L'avantage de cet événement, c'est qu'on a pu y voir des kokko, des costumes et des Arbres de Midsommar de différentes régions de Finlande, ainsi qu'entendre des chansons traditionnelles de plusieurs coins du pays également. Tout le monde a également pu féliciter un couple fraîchement marié qui avait refait une cérémonie façon mariage carélien à l'ancienne, en costume s'il vous plaît, et s'était prêté au jeu des danses folkloriques. C'est d'ailleurs ce couple qui, arrivant en barque, a finalement allumé le feu principal, plus tard dans la soirée.

L'Arbre de Midsommar des enfants.
Malheureusement, difficile de vraiment savoir quoi venait d'où, il n'y avait pas vraiment d'approche pédagogique malgré les nombreux touristes. C'était donc principalement un plaisir des yeux et des oreilles mais je n'aurais pas appris grand chose. Qu'à cela ne tienne, ce fut une expérience sensorielle toute en ambiance, avec des groupes de musique folk assez chouettes, notamment ENKEL (vous savez que ce genre de musique c'est mon dada), et une seule erreur de casting, à savoir un duo de chanteuses un peu banales (banales genre "on a représenté la Finlande pour l'Eurovision 2010" en fait, avec un type passant dans la foule pour vendre leurs CD façon "Il est frais mon poisson".)

Contre toute attente et en dépit des annonces alarmistes de la météo, le ciel a parfaitement tenu et après quelques danses et chansons, nous avons pu assister à l'allumage des kokko. Et là c'est le moment où je passe en mode "j'ai testé pour vous..." :

Trois types de kokko de différentes régions de Finlande. Dans le fond, les bateaux venus assister au spectacle depuis la mer.
Sur la plage se tenaient trois assemblages de différentes régions de Finlande : une tour de rondins coiffée de branchages verts, une longue perche soutenant une roue solaire recouverte de paille, et une motte de branches de sapins surmontée d'une perche. Et franchement, la roue solaire avait de la gueule, très classe, très appropriée au solstice d'été. En mer, barques, yachts et même ferries se rassemblent pour assister au spectacle à distance. Un homme s'approche avec une torche, c'est le moment. Les flammes lèchent enfin la paille, le spectacle peut commencer.

Ou bien la paille est humide et l'ensemble peut se mettre à fumer au fur et à mesure que la paille se consume dans des flammèches minables.

Grosse déception, même si ça a finalement pris feu (à peu près). Le design le plus frappant se montra au final assez peu efficace et rapidement terminé. Alors que la foule s'était massivement agglutinée sur la plage, le public se lasse et s'en va, et je peux accéder au premier rang.

L'espace d'un instant ça a eu de la gueule, votre correspondant dévoué n'a pas manqué ce créneau.
Si je devais lui mettre une note, ce serait chiant/20.

Il faut dire qu'une tour en rondin avait été allumée sur une plage voisine et brûlait beaucoup, beaucoup mieux. Mais après un peu d'attente, l'homme à la torche est revenu faire son office et a enflammé la motte de sapin. Et là, mieux valait ne pas être incommodé pr la fumée. Un panache capiteux s'est dégagé du kokko, soufflé droit vers la foule par un vent chenapan. Pendant un moment on n'a plus rien vu, plongé dans des volutes denses que seuls les plus braves ont affronté pendant que le public fuyait à bonne distance. Finalement la fumée s'est dissipée et on a tous pu profiter du feu qui révéla que sous les branches il y avait un empilement de bûches qui a permis à ce kokko de durer longtemps pour notre plus grand plaisir. Et le vent nous a recouvert de cendres et d'aiguilles de sapin brûlé, aussi. C'était chouette !

Au cas où l'idée que je puisse exagérer ne vous traverse l'esprit. 
Le panache se calme enfin et révèle le feu qui embrase lentement le dôme de sapin. Ce qu'il reste de la roue solaire fait peine à voir, à côté.
Le kokko flambe joyeusement !
Et puis le couple de jeunes mariés a allumé le feu principal, un énorme empilement de bois et de branche sur une plateforme flottante (autre tradition, moins risquée vis-à-vis de la propagation accidentelle du feu). Et là, point de déception aucune. Flamboyant, ronflant et beau, au-delà de la ligne créée par les roseaux. Tout le monde applaudit. Cette fois ça y est, le feu que tous attendaient brûle et illumine cette "nuit" qui n'en est pas vraiment une.

Le kokko principal sur sa plateforme flottante, entouré de torches.
De plus près...
Le kokko de sapin, qui brûlait encore à notre départ ! 

Je vous mets en bonus une vidéo peut-être un peu longue, mais qui dans la lignée de mes vidéos d'ambiance. Le groupe  finlandais que j'utilise pour la musique s'appelle Mr. Mäläskä et m'a beaucoup été rappelé par les groupes qui ont joué durant la soirée, je me disais que ça conviendrait donc parfaitement.




Hyvää Juhannusta ! Joyeux Solstice d'été à tous !

lundi 27 juin 2016

L'écomusée d'Alsace

J'ai déjà parlé d'Alsace précédemment, et on l'aura compris, j'aime ma région paternelle. Sa cuisine, paysanne et riche, ses vins, sa bière, tout ça, mais aussi et surtout ses paysages et notamment ses villages typiques aux maisons à colombages. Il y a plein de villages tous plus beaux les uns que les autres en Alsace, avec leurs rues pavées, leurs balcons fleuris de géranium, leurs fontaines sur des petites places entourés de façades colorés (oui, on aime la couleur sur nos maisons alsaciennes) (parfois au mépris du bon goût, d'ailleurs, mais sur les vieilles maisons, en général, on sait se tenir). Pour le voyageur qui ne fait que passer, pas facile de choisir quel lieu visiter, et impossible de les faire tous.

L'alternative maline ? Visiter l'écomusée d'Alsace.

Une ferme à colombage typique.
J'avais déjà évoqué ce musée à ciel ouvert quand j'avais parlé de ses équivalents finlandais (Seurasaari) et danois (Den Gamle By), même si pour le coup l'Alsacien ressemble surtout à son cousin d'Aarhus. En effet, c'est tout un village entier qui a été reconstruit sur le même principe, à savoir qu'on a démonté des maisons anciennes (datant parfois du XVe siècle !), moulins, fermes et autres bâtiments à travers toute la région pour les reconstruire fidèlement en un seul village générique. Bien qu'artificiel, tout dans ce village est pensé jusque dans les moindres détails pour offrir une expérience de l'Alsace "à l'ancienne". Les maisons sont reconstruites à l'identique, donc, et selon les méthodes traditionnelles (on apprendra comment sont montées les maisons, en kit façon Ikea et donc démontables et remontables à volonté, comment les murs sont constitués de torchis et de madriers de branches, etc.), les rues sont pavées, il y a des animaux, des champs, des jardins, des potagers, des vergers. Le visiteur peut voir comment travaillaient les forgerons, charpentiers, meuniers et autres ouvriers à travers l'histoire de la région, avec des activités pour les petits et les grands (la petite leçon dans la salle de classe du village vaut le détour pour tous les âges).

Pour quelqu'un comme moi qui fonctionne à l'ambiance, ce souci du détail des plus charmants a de quoi m'emballer. Le village fait vrai, avec ses rues et ses chemins, ses habitants en costume, son ciel rempli du claquètement des innombrables cigognes.


Super combo colombages + géranium + cigogne
J'aime beaucoup cette maison-là, avec le petit motif géométrique peint sur le torchis.


Oui, alors apparemment la cigogne, oiseau emblématique de l'Alsace, claquette, craquette, ou glottore. Alors autant craquetter et claquetter, pourquoi pas, mais glottorer, désolé, c'est moche.

(pour ceux à qui "glottorer" ne parle pas, voici un extrait sonore)

Ah oui, quand je dis innombrables, je ne plaisante pas. Si vous avez la phobie de ces oiseaux blancs au long bec, si le craquettement de ces volatiles provoque en vous une irrépressible panique, ne visitez pas ce musée. Elles sont partout. Et beaucoup.

Les enfants, en revanche, sont généralement ravis. Et voir un forgeron frapper l'enclume, caresser un âne ou un bouc, ou donner à manger aux vaches fait généralement bonne impression également.

Superbe façade peinte pour cette grosse ferme familiale.
Bon, chacun y trouvera son bonheur dans un coin ou dans un autre. Moi, pour être franc, je n'ai pas grand chose à faire des vieux tracteurs, mais pour un passionné, il y a un hangar pour ça. Fan de Sweeney Todd, de son siège de barbier et de ses rasoirs énormes ? Il y a une maison pour ça. Curieux de voir les différentes coiffes alsaciennes à travers l'Histoire ? Il y a une expo pour ça. Il y a même une tour de défense médiévale avec son jardin de plantes et d'herbes. Les animateurs/guides en costumes expliquent les métiers anciens, les coutumes locales et les techniques diverses (construction, travaux des champs, etc.), on apprend souvent sans s'en rendre compte, et ça c'est toujours chouette.

Une reconstitution à la verticale pour nous permettre de voir comment les structures des façades sont d'abord assemblées au sol avant d'être dressées. On n'est pas loin de la maison Ikea.
La structure en bois est ensuite comblée par un tressage de bois sur lequel on applique du torchis. Cette technique permet aux maisons d'être facilement démontables et remontables à volonté, facile à réparer et relativement "flexible" en cas de secousses (l'Alsace est en zone sismique, pour ceux qui l'ignorent)
La tour fortifiée et son jardin aux herbes.
... et la vue depuis le sommet.

Motif de dés ou de pain d'épice ?
Bref, on l'aura compris, je ne peux que recommander ce musée (par beau temps, hein, c'est mieux, parce que c'est quand même à ciel ouvert...). Si vous n'avez pas le temps d'aller visiter Eguisheim et tous ces beaux villages alsaciens, au moins voyez l'écomusée, ça vous fera une bonne grosse tranche d'histoire et d'Alsace en une seule journée.

Le musée se trouve à côté d'Ungersheim, à proximité du Parc du Petit Prince (que je n'ai personnellement pas visité donc je n'en dirais rien ici, à part qu'on peut y faire un tour en ballon et voir l'Alsace depuis le ciel). Je vous laisse un lien ici.

Vraiment, allez le visiter.

(Et maintenant, Office du Tourisme du Grand Est, à propos de mon chèque...)

Ah, et avant de nous quitter, je ne peux pas m'empêcher de partager un pur moment d'iconographie nostalgique alsacienne mignonne et poétique :


mercredi 15 juin 2016

Un jour en Finlande : Vappu

Bon, comme d'habitude, dès que je rattrape mon retard, j'en reprends aussitôt.

L'an dernier, j'avais fait un tour à Helsinki pour Vappu, histoire de prendre quelques photos et vidéos et écrire un article sur l'une des fêtes les plus suivies de Finlande (avec Noël/Nouvel an et Juhannus / Solstice d'été). Sauf que bon, juste après j'ai recommencé la vie de couple, puis je suis parti en vacances en France, et Vappu est un peu tombé aux oubliettes. J'avoue avoir même complètement zappé l'événement cette année, et maintenant que je m'apprête à avoir du matos frais pour le blog, il me fallait m'occuper des archives. Donc, avec un an de retard (ou un mois et demi seulement sur celui de cette année ^^ ), voilà enfin mon article sur Vappu.

Déjà, qu'est-ce que Vappu ? 

C'est l'équivalent de Walpurgisnacht dans les pays germaniques, une fête qu'on retrouve dans toute l'Europe. J'en avais un peu parlé quand j'avais parlé des sorcières du Fastnacht souabe-alémanique, notamment celles de Löffingen, et pour cause, cette Nuit de Walpurgis, si elle porte le nom d'une Sainte, est associée à la sorcellerie et au sabbat. C'est la nuit du 30 avril au premier mai, et en Allemagne, par exemple, on y allume parfois encore des feux comme à la Saint Jean. D'ailleurs, certaines traditions associées à Walpurgis (comme l'arbre de mai et les feux) trouvent parfois leurs variantes au solstice d'été, selon l'endroit où on se trouve en Europe. Dans les deux cas on touche aux rituels archaïques de l'Europe païenne, en célébrant la fin de l'hiver / du printemps. Bon, aujourd'hui Walpurgis est beaucoup moins fêté qu'autrefois, l'Eglise a bien fait son boulot, mais il y a des échos qui nous sont parvenus, comme Vappu.

Les vendeurs des incontournables ballons de Vappu devant Kamppi.
Techniquement, Vappu est officiellement le 1er Mai. Certains essayent bien de fêter les travailleurs mais ils sont minoritaires, et Helsinki est la seule ville où leur rassemblement est conséquent. D'ailleurs, l'Eglise aussi en profite pour faire de grands rassemblements, bref c'est le moment où tout le monde sort, où l'on fait des pic-nics dans les parcs et des barbecues en famille... Bon, c'est souvent en décuvant de la veille, ceci-dit. Car en ville, le 30 au soir, c'est la folie, surtout quand on compare au calme habituel des rues d'Helsinki. Les gens se retrouvent en masse, plusieurs centaines de milliers de personnes (je rappelle que le pays ne compte qu'un peu plus de cinq millions d'habitants.), et ils font la fête, boivent beaucoup, dansent et vomissent. On ne regrette pas sa soirée.

Ma première expérience de Vappu c'était en 2011, je visitais le pays pour la seconde fois, cette fois pour passer l'examen d'entrée de ma fac. J'accompagnais mon ex et ses amis, y compris une fille qui a fini rapidement tellement soûle que moi et l'autre ami, Henri,  avons dû la ramener chez elle, non sans une sortie du bus in extremis pour lui permettre de dégueuler devant, sur et derrière la poubelle de l'arrêt de bus. Et tout le monde trouvait ça normal. Henri se tourne alors vers moi avec un grand sourire et me dit "Bienvenue en Finlande !".

Le Dôme noir de monde, on peut voir les gens porter la casquette blanche.
Cette année-là j'ai surtout vu l'aspect festif, les milliers d'étudiants en combinaisons colorées picolant dans toutes les rues sans pourtant observer de bagarres ou de rixes. Bonnes humeur, respect et concerts de plein air semblaient de rigueur. Les cadavres de canettes recouvrent le sol, bien vite ramassés par ceux qui se font un bénef de fou sur la consigne. On les voit chaque année déambuler avec leurs énormes sacs poubelles, parfois avec des vélos, vérifiant que les canettes et bouteilles sont finlandaises et pas estoniennes (sinon, pas de consigne, donc les estoniennes seront ramassées par les services de la ville), à n'importe quel événement de plein air, ils sont là, et peuvent se faire plusieurs dizaines voire centaines d'euros, en travaillant en groupe.

Je me suis étonné de cette tradition d'acheter des ballons gonflés à l'hélium, tout le monde en prend, et pas seulement les enfants. Du ballon de base marqué du logo d'un bar ou d'une boisson aux ballons en alu en formes de Mumin ou de Angry Birds. J'ai découvert le chapeau blanc évoquant une casquette de marin que les Finlandais reçoivent lorsqu'ils passent leur bac, et qu'ils arborent fièrement lors de Vappu. Même les adultes, voire les personnes âgées, ressortent leur casquette plus ou moins blanche pour l'occasion. J'ai également découvert les combinaisons colorées que les étudiants portent pour sortir faire la fête, chaque couleur correspondant à leurs études (si j'en avais un, il serait violet, ce qui correspondant à "socionomie"), qu'ils recouvrent de patch glanés à chaque fête ou événement, transformant ces combinaisons en véritable passeport de leur vie étudiante. Quand j'ai demandé à mon coloc pourquoi ils avaient ces "uniformes de fête", il m'a répondu "pour se protéger du vomi et autres fluides corporels". Le ton était donné.

Les années suivantes j'ai pu profiter d'un rituel qui lance officiellement les festivités au cœur d'Helsinki : La pose du chapeau sur Manta.

Qui est Manta ? C'est une statue de femme nue, une sirène d'après son sculpteur Ville Vallgren. On la trouve au bout de l'Esplanade, en face de la place du marché du port, à deux pas du palais présidentiel. Détail amusant, elle fut sculptée en France, avant d'être montée en fontaine à Helsinki. Il est de tradition désormais que les étudiants nettoient la statue lors de Vappu avant de la coiffer d'une de ces casquettes blanche de bachelière. Et pour voir ce spectacle, il y a foule. Mais alors vraiment. Difficile de trouver une place où l'on puisse voir quoi que ce soit, mais heureusement, l'an dernier, je me suis assez bien débrouillé. D'ailleurs, en 2015 (année que ces images illustrent), pour la première fois, la casquette fut apportée... par drone !

Les étudiants lavent à gande eau (et mousse)  la statue de Haaviston Manto / Havis Amanda (la version suédophone) avant de lui mettre sa casquette. Et une forêt de ballons gonflés à l'hélium, évidemment.
Livraison de casquette par drone. Le Vappu du futur, c'est maintenant.
Manta dans son bain de mousse, casquette sur la tête. La foule, elle, est partie picoler.
Deux tippaleivät. On dirait pas mais c'est croustillant.
Autre tradition qu'on ne refuse pas, la bouffe. Bon, j'ai déjà dit qu'on picolait pas mal, de la bière au mousseux en passant par toutes les liqueurs à disposition. Mais traditionnellement, on boit du Sima (Mjöd, en suédois), à la base une sorte d'hydromel, aujourd'hui un genre de limonade fermentée au citron légèrement alcoolisée et de couleur orangée, et avec ça on mange des tippaleivät (tippaleipä au singulier), un... truc... comme une salade de vers... faite de pâte frite ("pense à un champignon" me dit mon coloc pour m'aider à le décrire), recouvert de sucre glace. Bon les tippaleivät on les achète, mais cette année, le Sima fut fait maison par ma copine (et il fut très bon). Et même si je vous ai mis une image parlante sur votre droite, pour ne pas déroger à la tradition, voilà tout de même une photo de moi posant élégamment pour présenter la pâtisserie de saison :

Florent pose avec des pâtisserie, vol.3

Alors oui, je sais que vous mourrez d'envie de voir des images de débauche et d'alcool coulant à flot dans les rues d'Helsinki, malheureusement je me suis contenté de me focaliser sur ce que la décence ne réprouvait pas. Voilà donc une petite vidéo pour donner une idée de la cérémonie d'ouverture de Vappu. Et croyez-moi, vous préférez que je m'arrête avant que tout le monde dégueule.*


*D'ailleurs il est à préciser que beaucoup de gens fuient les festivités du centre-ville et préfèrent de loin fêter Vappu tranquillement dans leur mökki, au calme, au bord d'un lac ou de la mer. On constatera que la majorité des fêtards de Helsinki, une fois la nuit tombée, sont des étudiants.

Bonus : rayon de supermarché fin avril. Voici donc le Sima de circonstance, puisque c'est Vappu, et aussi le Glögi de... Noël... mais également le soda... d'Halloween. Oui. Ce soda est en rayon depuis au moins octobre. Nous sommes an avril. Y a plus de saisons, ma bonne dame !

vendredi 6 novembre 2015

Un jour en Finlande : Le jour de la Suède et de Gustave-Adolphe

Aujourd'hui, en Finlande, c'est le jour de la Suède. Curieux, non ?

L'histoire de la Finlande est étroitement liée à celle de la Suède. Pendant près de six siècles, elle n'en fut qu'une province, avant de passer sous domination russe en 1809. Avec l'indépendance le Royaume est devenu une sorte de"grande sœur" à laquelle la Finlande aime se mesurer pour faire ses preuves (notamment au hockey sur glace. Surtout au hockey sur glace.). Un rapport amour-haine hanté par un profond complexe d'infériorité. Souvent, quand les politiciens veulent montrer un exemple de "comment que c'est mieux ailleurs", ils regardent la Suède. Sauf pour la politique d'immigration, apparemment, là ce serait plutôt le modèle à ne pas suivre, mais passons.

Une jolie maison à Naantali, avec son panneau monolingue (une curiosité !)
La Finlande a deux langues nationales : le finnois (d'uh !) et le suédois. Non seulement à cause de son histoire, mais parce que le pays abrite une minorité de Finnois suédophone (enfin, ils parlent un suédois finlandisé qui est donc plus un dialecte suédois que de vrai suédois de Suède). Historiquement, cette minorité coïncide étrangement avec la bourgeoisie finlandaise, elle a donc tendance à : mieux se porter financièrement, mieux se porter niveau santé, mieux se porter niveau éducation... bref, vous voyez le tableau. Dans l'esprit des Finlandais, cette minorité est bien présente, bien visible, elle compte. Et attise une certaine... jalousie ?

Le bilinguisme se retrouve partout, dans l'administration et tout ça, évidemment, mais le plus frappant ce sont les panneaux de circulations, de rues, etc. Tout est en deux langues, finnois et suédois, la langue majoritaire dans la commune étant écrite en premier sur les panneaux. Néanmoins si la minorité tombe sous les 5%, le panneau est en une seule langue. Du coup, il y a eu des conflits lorsque trop de finnophones se sont installés dans des coins à majorité suédophone... parce que si le ratio s'inverse la loi les oblige à refaire tous les panneaux (en plus de voir le dialecte faiblir, évidemment). Les fénno-suédois ont également un nombre de représentant fixe au parlement (alors qu'il aura fallu attendre 2007 pour voir un Same au parlement finlandais), leur langue minoritaire est obligatoire pour tous dans les écoles de tout le pays (même dans les zones où on ne le parle pratiquement pas, genre à la frontière russe). Bref, ils pèsent.

D'ailleurs, dans l'archipel dont je vous est déjà parlé se trouvent les îles d'Åland, complètement suédophones, qui ont même un statut d'autonomie (avec leur propre drapeau, étendard de la minorité suédophone).  De temps en temps ils font semblant de vouloir quitter la Finlande pour la Suède, mais une fois quelques nouveaux privilèges obtenus (privilèges fiscaux, monolinguisme protégé par des traités, démilitarisation, etc.), tout va de nouveau bien.

Entre parenthèse, je tiens à dire que j'aimerai bien y faire un tour, à Åland, parce qu'il paraît que c'est magnifique.

(Edit : J'y suis finalement allé, j'en parle ici !)

Trait d'union entre la communauté suédophone de Finlande et la Suède, le territoire autonome d'Åland est ici marqué avec des bordures rouges. A titre d'illustration je vous ai mis les drapeaux des deux pays et d'Åland. Je crois qu'on peux difficilement être plus clair dans le message, quand même.
En Suède, bizarrement, personne ne pense à eux et les gens s'étonnent souvent en apprenant qu'apprendre le suédois est obligatoire pour tous. Les suédois ont eux-même une minorité finnophone, d'ailleurs, dont personne n'a rien à cirer, et personne ne doit apprendre le finnois dans les écoles suédoises. Ah c'est sûr, c'est mieux en Suède, hein !

Bref, revenons à la Finlande.

Je vous avais déjà parlé des jours spéciaux où on sort les drapeaux partout pour célébrer des figures emblématiques, des événements, etc. Regardons donc notre agenda - et j'entends par-là, jetons réellement un œil à un agenda finlandais qui indique les jours spéciaux par des petits drapeaux :


30 mars : Jour de la démilitarisation et neutralité d'Åland (oui parce qu'en plus d'être autonomes, les habitants des îles sus-nommées ne sont pas soumis au service militaire comme le reste du pays).

24 avril : Jour du drapeau d'Åland. (Un drapeau suédois marqué d'une croix rouge, symbolisant la Finlande. Alors là, vous regardez le drapeau blanc et bleu et à première vue vous vous dites logiquement : "Bullshit !". Mais si vous avez suivi mon article précédent vous devriez vous rappeler pourquoi le blason rouge de la Finlande n'est pas devenu son drapeau. Indice pour s'en souvenir : ça un rapport avec les communistes)

9 juin : Jour de l'autonomie d'Åland. Qui coïncide avec le jour de commémoration des vétérans (comprendre : les héros de la guerre contre les Russes qui ont permis à la Finlande de rester indépendante.) (Ironie, ironie)


Bon, pour être honnête, ces jours le drapeau ne doit être levé que sur les îles concernées. Alors, certes, on pourrait se dire que c'est pas grand chose, mais quand on pense qu'en une année ils ont réussi à donner trois jours à Åland, alors qu'en dehors de la fête des mères, seulement un jour à drapeau est en l'honneur d'une femme (Minna Canth le 19 mars), et aucun n'est réservé aux Sames, l'autre minorité native du pays (dont on n'oblige personne à apprendre la langue, bizarrement) on se dit que... voilà quoi... y a un peu de favoritisme. Ah oui, j'ai précisé que les Fénno-suédois représentaient moins de 6% de la population ? On comprend peut-être un peu mieux les grincements de dents qui se font parfois entendre dans les rangs finnophones. (voire, chez les plus vindicatifs, une certaine hostilité verbale - voire physique ! - comme certains contacts fenno-suédois m'ont racontés)

Mais revenons à l'agenda, puisque à ces trois jours dédiés à la communauté autonome suédophone, il faut ajouter le 6 novembre : le jour de la Suède, ou jour de Gustave Adolphe, qui fut Duc de Finlande et d'Estonie avant d'être Roi de Suède. Il est particulièrement connu pour être devenu le grand chef de guerre qui ravagea l'Europe centrale pour venir en aide aux Protestants, en guerre avec les Catholiques... bon, OK, oui, c'est aussi lui qui voulait une deuxième rangée de canons sur le Vasa, vous êtes contents, bande de trolls ?

Et ce jour-là, il est obligatoire pour tout le monde, hein, pas juste Åland. Drapeau au vent dans toute la Finlande !

(Afin d'être sûr de pas dire de connerie j'ai quand même vérifié à la fenêtre et oui, drapeau au vent. Enfin, visiblement le vent finlandais boude un peu le jour de la Suède, mais je digresse)

A la date anniversaire de la mort du plus célébré monarque Suédois, tout le pays célèbre son ancien maître et actuel rival en sortant les drapeaux. D'ailleurs, à la base c'est une fête suédoise ! (où on mange du gâteau, en plus, malheureusement pour moi cet aspect de la tradition n'a pas franchi la mer... je suis déception)

Étrange pour un pays dont l'une des grandes marques de bière a sorti une édition spéciale quand son équipe de hockey a mis la pâtée 6 à 1 à la Suède en finale de coupe du monde, un pays qui regarde son voisin avec envie parce que ses femmes sont prétendument plus belles et que tout fonctionne mieux, mais en ricanant parce qu'il est connu de tous que les Suédois sont tous gay. (sans déconner, dans une boutique de Helsinki j'ai vu des T-shirts  drolatiques "Je ne suis pas gay même si je conduis une Volvo", ça se pose là). Et pourtant leur drapeau est directement inspiré du suédois, et quelque part ils s'accrochent à l'héritage suédois qui les inscrit clairement au sein des pays nordiques, en opposition à l'autre ancien maître, la Russie. 

Et entre la Suède et la Russie, les Finlandais choisiront toujours la Suède.

Du coups les Finlandais ont une grosse ambiguïté avec la Suède, et c'est vraiment très drôle. S'ils peuvent les troller, ils le feront. S'ils peuvent leur mettre une branlée sportive, c'est liesse et fête nationale pendant un mois. Il y a des pétitions pour demander l'arrêt du suédois obligatoire (écrites dans un finnois bourré de fautes, apparemment... ironie). Et pourtant, ils restent convaincus que c'est mieux de l'autre côté du golfe d'Ostrobothnie. 


Quelque part, ça me rappelle cette obsession française pour le modèle allemand.


Trololol.



PS : Blagues et piques faciles à part, le dialecte fénno-suédois est en réalité en recul, et un dialecte qui s'affaiblit c'est toujours triste.

PS 2 : Et heureusement que la Finlande ne fait plus partie de la Suède, sinon ce royaume scandinave ressemblerait toujours à ceci :


Honni soit qui mal y pense.