samedi 6 septembre 2014

Le Road-Trip grec : Céphalonie

Fin juillet 2010, arrivant vers la fin de mon SVE, j'ai fait une liste des endroits que j'aurais encore aimé voir en Grèce avant de quitter le pays après 6 mois de volontariat. L'éclatement géographique de ma sélection, le temps que j'avais et les finances, aussi, m'ont obligé à faire des choix. J'ai rapidement laissé tomber la Crète, parce que trop chère et trop vaste, elle méritait un séjour complet. J'ai également laissé tomber Olympie (la ville d'origine des Jeux Olympiques, qui n'ont rien à voir avec le Mont Olympe, qui m'aurait intéressé également d'ailleurs) parce que malgré l'aspect symbolique, on m'avait prévenu qu'il n'y avait pas grand chose à voir, là-bas, et comme on m'avait déjà prévenu avec Sparte et que j'avais pas trop écouté, hein, je m'étais promis qu'on ne m'y reprendrait plus.

Au final, j'ai pris la décision d'aller voir les monastères des Météores, qu’Élise, une volontaire, m'avait recommandés. En plus, pour m'y rendre, j'avais la possibilité de faire d'une pierre deux coups et de visiter l'île de Céphalonie, dans l'Ouest du pays, célèbre pour ses grottes. En revanche, personne d'autre n'était intéressé et il semblait évident que si je souhaitais faire ce petit tour en Grèce, j'allais devoir le faire tout seul. C'était la première fois que j'allais faire ce genre de périple en solitaire, et forcément je me suis demandé si :

- c'était une bonne idée.
- je serai capable de me débrouiller en cas de pépin majeur.
- je réussirai à me motiver jusqu'au bout et pas abandonner dès Patras.

Mais j'avais eu de la chance durant nos voyages en groupe et j'étais motivé, donc tout ça me semblait un bon plan quand même. J'avoue ne pas y avoir trop réfléchi, mes précédents "succès" m'encourageaient plutôt à y aller à la va-comme-je-te-pousse... et puis il y avait l'excitation de faire mon premier road-trip en solo, aussi. J'ai donc demandé le meilleur moyen pour m'y rendre à l'office d'ORFEAS, mon organisation d'accueil, et ma tutrice m'a même réservé un taxi pour rejoindre le bon arrêt de bus. Car oui, il faut bien comprendre le plan de route :

Partir de Xylokastro le 27 juillet, en bus, direction Patras. Y prendre le Ferry direction Céphalonie. Revenir à Patras et prendre le Ferry direction Igoumenista, y prendre le bus vers Ioannina, y changer de bus direction Kalambaka.

Là on visite les Météores.

Puis prendre le train jusqu'à Athènes, y changer de train direction Kiato, y prendre le bus direction Xylokastro. Part de gâteau comme diraient les anglophones.


Sauf que, pour bien commencer en douceur, le bus qui dessert Patras ne passe pas vraiment par Xylokastro, mais par un arrêt de bus perdu dans les hauteurs, le long de la grande route, avec évidemment pour toute personne n'ayant pas grandi dans le coin un bon gros potentiel foirage de grand matin, car il faut savoir où il est planqué cet arrêt. En plus, je suis parti à l'aube, donc on voyait pas grand chose de toute façon. D'où la nécessité de prendre un taxi.

Le pont Rion-Antirion. (photo de mon deuxième passage)
Prendre le bus n'a pas posé de problème, j'avais désormais l'habitude des énormes tickets en papier, je n'ai eu qu'à me laisser conduire jusqu'à Patras, dont je vous avais déjà parlé dans un précédent article. Aussitôt arrivé, je me renseigne au port pour les Ferry et une fois mon billet acheté me promène encore un peu en ville avant de m'embarquer pour l'île de Céphalonie. La traversée est calme et par beau temps, ce qui me permet d'enfin d'apprécier l'élégance du pont qui relie le Péloponnèse à la Grèce continentale par le Nord (autrement il faudrait passer par des ferry ou par la route, uniquement à l'isthme de Corinthe). Pour ceux que ça intéresse, le pont Rion-Antirion a quelques records à son actif, même si le plus prestigieux, il se l'ai fait grillé par le viaduc de Millau au bout de quatre mois (Haha, cocorico !). Mais ça compte quand même !

Tout ça, donc, pour arriver à ma première véritable étape de ce petit périple en solitaire : Céphalonie.

Dans ce petit estuaire, on pouvait parfois voir nager des petits tortues marines, c'était très chouette !
Céphalonie est une chouette île, il faut bien l'admettre. On peut y faire de la randonnée à pieds, y a des circuits pensés pour les locations de quads, de belles plages, et évidemment les belles grottes pour lesquelles tout le monde se bouscule à la descente du ferry. Mais Céphalonie aura été pour moi l'occasion de faire des rencontres intéressantes et des expériences qui cristallisent encore souvent ma perception de la Grèce lorsque j'en reparle aujourd'hui. Par exemple, quand j'ai voulu acheter un T-shirt pour économiser mes vêtements et ne pas trop puer en arrivant aux Météores (car je n'avais à l'époque que mon sac à dos Eastpack, hein, niveau contenance c'est pas vraiment un rucksack de randonnée si tu vois ce que je veux dire), je suis rentré dans une petite boutique. Il y avait plein de T-shirt pas cher, à quelques euros, et plutôt que de choisir un truc de touriste moche, j'ai tapé dans quelque chose de simple : Un T-shirt rouge, avec un logo Diesel Vu le prix et la qualité, il ne fait aucun doute que c'est de la contrefaçon, mais presque par jeu je demande quand même à la vendeuse si c'est un vrai. Elle me regarde bizarrement et répond "Non, pas vraiment."

Pas vraiment ?... je vois...

Sami, le port où le ferry m'a débarqué.
On appréciera également, en tant que touriste, d'être pris comme une vache à lait, sans fards, sans même essayer de nous faire croire qu'on est des "invités" et autres conneries. non. A Céphalonie, dans les commerces, les cafés et les restaurants, vous n'êtes qu'un porte-monnaie avec des jambes. Les serveurs polis comme des portes de prison, qui t'apportent à boire rapidement, traîne pour la bouffe, mais t'apportent l'addition alors que tu mâches encore ta dernière bouchée. Ah oui, le cybercafé à 5€ de l'heure, aussi, c'était sympa dans le genre.

Mais j'ai aussi eu droit à l'autre extrême. Pas dans l'hôtellerie ou les magasins de souvenir, non, chez les gens qui s'occupaient des entrées des grottes... En effet, à la suite d'une mauvaise manip' de ma part, j'ai effacé l'intégralité de mes photos prises depuis le début du séjour... oui, comme un abruti, peu après la fin de mes visites, j'ai formaté la carte mémoire. Et bien j'ai eu une chance incroyable, puisque les gens des deux grottes m'ont laissé y retourner sans repayer quand je leur ai expliqué la situation... m'ont-ils reconnu et d'humeur généreuse, étaient-ils juste ultra-généreux, toujours est-il que sans leur bonté d'âme, je n'aurais pas de photo de Céphalonie à vous montrer... C'est un truc chez les Grecs qui m'a frappé : Si vous semblez dans l'embarras, si vous avez un problème, où s'ils peuvent vous dépanner, ils sont généralement prêts à aider. Un couple mange au resto, on offre le dessert pour rendre le moment plus sympa (jamais on m'a offert un dessert quand j'y allais avec un ami ou seul, et avec Ada, pouf, "gift !"), le touriste a perdu toutes ses photos, allez, laisse-le ramener des images, on n'est pas comme ça...

C'est difficile de juger le pays et ses habitants, surtout que les six mois où j'y ai vécu étaient en 2010, quand la crise a réellement entamé sa spirale infernale, les premiers "paquets" de milliards d'euros, les émeutes à Athènes... Les gens ont forcément réagi "anormalement", avec plus d'anxiété, et je comprend que les restaurateurs, etc., aient été plus au taquet pour rentrer de l'argent tant qu'il y en avait à prendre. D'autant qu'au moment où je m'engageais dans ce road-trip, les livreurs de fioul, mazout et autres carburants entraient en grève. Oui, alors même que la saison touristique commençait, la seule bouffée d'oxygène économique que le pays pouvait espérer, une grève qui allait assécher les pompes à essence. Imaginez les touristes qui avaient loué une voiture, se sont retrouvés à sec dans la pampa, et ont commencé à compter les jours de supplément à payer, sans savoir quand ils pourraient repartir... imaginez les ferry qui ne pouvaient plus naviguer parce qu'à sec, empêchant des touristes bloqués dans les îles de repartir... Niveau tourisme, donc, c'était une catastrophe, et évidemment, pour les Grecs eux-même, enfin, ceux qui avaient encore un emploi. Les magasins d'alimentation étaient de moins en moins bien approvisionnés, etc., etc.

Bref, cet été là, la Grèce se tirait une balle dans le pied.

Et moi, j'étais en plein road-trip... Et bien j'ai eu une chance de malade, puisque aucun de mes ferry ou bus n'a été retardé ou annulé. Je suis passé au travers de la grève like a boss. En revanche, elle n'est pas passé inaperçue et a dissuadé énormément de gens de venir, le bouche à oreille négatif fonctionnant très, très vite. Entre ça et leur constant bashage anti-Allemagne (les Allemands étant habituellement leurs clients numéro 1 et de loin) qui leur a valu une soudaine et "inexpliquée" désertion d'une partie de leur clientèle, c'était vraiment une grosse année de merde. La première d'une longue série.

Mais revenons à Céphalonie et concentrons-nous un peu sur le positif.
Je ne pouvais pas louer un quad - officiellement - et ça ne me dérangeait pas car j'avais l'intention de faire un peu de marche pour profiter du paysage. Problème pour moi : un soleil de plomb et une chaleur de four. Heureusement j'avais pensé à emmener assez d'eau mais j'ai dû revoir mes ambitions de randonnée à la baisse, surtout que les distances sur la carte étaient très trompeuses : L'île n'est que montées, descentes, et routes serpentines. Avec de temps à autre des chiens non attachés et assez agressifs qui vous suivent sur la route, aussi. Heureusement pour moi, les deux grottes que je voulais voir se trouvent assez près du port de Sami, c'était donc faisable. Pour le reste de l'île, je n'ai de loin pas tout vu, sachant que cette étape n'était qu'un petit bonus et que mon véritable objectif se trouvait bien plus au Nord. La première grotte que j'ai vu fut Melissani, un lac souterrain... à ciel ouvert. Oui, je sais, ça sonne idiot, mais en fait la grotte est seulement partiellement ouverte. Aussi surnommée la grotte des Nymphes, elle contient un lac d'eau glaciale d'un bleu turquoise pure et transparent... de 39 mètres de profondeur. L'entrée est payante mais on nous fait faire un sympathique tour en barque qui nous permet d'admirer la voûte de la grotte et la profondeur du lac dont la clarté de l'eau est proprement hallucinante.

Bon, je dois m'excuser, mais je commençais seulement à utiliser mon Canon, et je n'étais pas encore habitué aux problèmes de luminosité, donc on pardonnera le fait que la plupart de mes photos de grottes soient un peu floues. Hein. Merci.
Le jour de ma visite, il n'y avait pas énormément de monde, mais à en juger par le nombre de bateaux et le rythme avec lequel ils enchaînaient déjà les tours, j'imagine à peine le rush que ça doit être quand le site fait pleines entrées... On peut voir l'entrée de la grotte par laquelle le guide nous fait passer, l'embarcadère étant sous le gros trou par lequel entre le soleil...
Une fois que la barque est entrée dans la grotte fermée, on peut admirer la superbe voûte naturelle...
Là encore, on voit bien les strates et les stalactites.
On se redirige vers la partie à ciel ouvert, on distingue bien l'îlot central autour duquel la barque a navigué.
L'ouverture sur le ciel est impressionnante, d'autant que la végétation vient pousser jusque sur les lèvres de cette plaie béante dans la roche.
J'adore comme on peut voir la clarté de l'eau dès qu'un rayon de soleil pénètre dans la cavité...
Elle donne envie de s'y baigner, hein ? Seulement voilà, elle est glacée. Désolé...
Détail de la paroi dans la grotte à ciel ouvert.
A quelques kilomètres de marche seulement se trouvait une autre grotte, d'une toute autre allure. Si Melissani avait ce petit côté Pirates des Caraïbes, ma prochaine visite était plutôt du genre antre du dragon dans un bon film d'heroic fantasy. D'ailleurs ça tombe bien, elle s'appelle Drogarati, la Grotte du Dragon.
On y accède par un escalier qui descend d'abord profondément dans la roche de l'île, par une crevasse naturelle qui nous conduit à un tunnel. Enfin, sous nos yeux ébahis, la grotte s'offre enfin, comme une immense salle souterraine. J'ignore si le sol était déjà aussi aplani à l'origine, mais l'endroit ressemble réellement à la salle au trésor typique qu'on s'imagine gardé par un immense monstre cracheur de feu. 

L'entrée, avec son promontoire qui donne sur la "grande salle".
Plus près du promontoire. Les tapis sont antidérapants.
Le calcaire forme des stalactites impressionnants, et des stalagmites aussi.
Le plafond est juste fabuleux...
Quand les stalactites et stalagmites se rejoignent en superbes colonnes de calcaire... on croirait une cité naturelle avec ses piliers, ses tours... Effet renforcé par les marches creusées dans la roche. On croirait un ancien temple en ruine...
Quand on pense au temps qu'il a fallu à la nature pour façonner la caverne, ça donne le tournis.
L'escalier qui monte en spirale jusqu'au promontoire, en contournant ces colonnes naturelles... L'ambiance de cette grotte reste un de mes meilleurs souvenirs de Grèce. L'air froid et humide, les lumières, et surtout la beauté de cette structure de calcaire... C'est un endroit où j'aimerai bien retourner un jour.
Une vue plus large donne l'échelle, avec l'escalier tout en bas...
La "grande salle", cet immense espace au sol aplani dont la voûte naturelle semble perpétuellement prête à nous tomber dessus... On est à la fois écrasé par sa majesté, émerveillé par sa beauté, et un peu inquiet de sa fragilité, aussi...
Tu le vois, le chevalier qui doit courageusement descendre poutrer le dragon dans son repaire avant de repartir avec le trésor ?
Une fois encore, on se rend mieux compte de l'échelle quand on voit l'escalier.
Le chemin qui remonte vers la sortie... on voit mieux les stalagmites et leurs couches successives de calcification. On remarquera comment le site s'en sert aussi de barrière.
Et c'est donc dans cette grotte qu'eut lieu ce désormais fameux échange que j'évoquais déjà dans mon article sur le choc culturel. Alors que je quittais justement le promontoire en direction de l'escalier de sortie, un groupe de touriste commence à prendre des photos avec leur flash, et un des gardiens du site leur demande de ne pas faire ça, parce que la lumière des flash abîme la grotte (en favorisant la prolifération des moisissures, mousses et autres plantes). Je dis alors au gardien qu'on ne m'avait pas prévenu, mais que je n'avais pas utilisé mon flash, estimant que les lumières des spots étaient suffisantes - ce qui n'est pas tout à fait vrai, la majorité de mes photos sont floues, mais c'était suffisant. Et le gardien de m'expliquer que ces spots ne sont pas mieux, et me montre que de la mousse et des petites mauvaises herbes commencent à pousser aux pieds des spots. Il m'explique que ce ne sont pas des lumières adaptées pour ce genre d'endroit, parce qu'elles émettent quand même des UV qui permettent cette prolifération. Moi, évidemment, je demande si des lampes spéciales existent, qui empêcheraient ce genre de problèmes et il me dit que oui, ça existe.

Donc résumons : Ces grottes sont le fleurons de l'île, la raison pour laquelle la grande majorité des touristes prennent la peine de venir y faire un tour, des bijoux naturels fragiles qui constituent le gagne-pain des habitants de Céphalonie. Des lampes qui protégeraient le site et ne le condamneraient pas à une inévitable dégradation existent, mais ils ont installé des spots inadaptés qui, jour après jour, détruisent ce gagne-pain. Je suis plus que déconcerté devant un pareil choix, et quand je lui explique les raisons de ma surprise et que je lui demande pourquoi ils n'installent pas de spots adaptés, l'échange suivant, à jamais gravé dans ma mémoire, a alors lieu :

"Where do you come from ?" "France." "Yes. Here it's Greece."
"D'où tu viens ?" "De France." "Oui. Ici, c'est la Grèce."

Here. It's. Greece.

Cette réponse me travaille encore parce qu'à elle seule elle résume parfaitement toute l’ambiguïté de la Grèce.

Qu'est-ce qu'il voulait dire par là ? Que la Grèce était trop pauvre, que l'île n'avait pas les moyens ? Ou bien que parce que ça coûtait moins cher on a simplement installé des spots merdiques ? Qu'on s'en fout, tant que ça fait de la lumière ?

Derrière "Ici c’est la Grèce" se cachent en fait tous les travers et les problèmes qui m'ont choqué après plusieurs mois passés sur place. La corruption des décideurs même aux niveaux les plus ridicules - comme la mairie de Xylokastro - avec des choix pour "économiser de l'argent" qui pourtant semble bien aller quelque part... suivez mon regard. Le problème d'avoir des tonnes de sites à entretenir et à protéger et de ne pas avoir les ressources pour s'en occuper correctement. Et la mentalité d'improviser au court terme sans penser plus loin que le bout du nez. Car certes, il y a de la lumière et les touristes peuvent venir, là, tout de suite, mais est-ce que l'argent qu'ils gagnent dans l'immédiat vaut la destruction programmée du site ? Même à moyen terme, inutile d'être un génie pour comprendre qu'ils sont en train de tuer la poule aux œufs d'or. Et c'est probablement un mélange de tous ces problèmes culturels que l'on peut comprendre derrière ce laconique : Ici, c'est la Grèce.

Comme je ressortais de la grotte pour rejoindre le port après cette conversation surréaliste, c'est avec une note un peu amère que je reprenais le bateau direction Patras pour continuer mon voyage vers les Météores. Deux choses m'auront profondément marqué pendant ces deux jours passés sur Céphalonie : La gentillesse et la compréhension des gens qui s'occupaient des deux grottes, et ce gardien blasé dont le laconisme résonne encore dans ma tête des années plus tard.
On remarquera les éoliennes, pour ne pas noircir le tableau non plus. Faut dire que dans le coin, le vent, c'est pas ce qui manque. Enfin je me comprends.
En passant, on fait un dernier coucou à l'île voisine de Céphalonie, la célèbre Ithaque, patrie d'Ulysse...

jeudi 4 septembre 2014

Le Road-Trip islandais : Retour et Zusammenfassung

Après tout ça, je suis donc rentré à Reykjavík. 

Le chemin du retour.
J'ai eu la chance de tomber sur un covoiturage avec une femme qui partait d'Ólafsfjörður et roulait jusqu'à Reykjavík. Et franchement, étant au bout de mon périple, je pouvais me permettre de mettre de l'argent dans le transport, désormais, et j'avais plus envie de me taper les routes de la solitude avec le temps de merde que nous annonçait la météo pour l'Ouest du pays. Le meilleur dans tout ça ? elle me demande dans la voiture : "Où je te déposes dans Reykjavík ?" "N'importe où, de toute façon je dois prendre le bus vu qu'en fait je vais à Kópavogur ." "Ah, c’est cool, on va justement à Kópavogur ! Où ça exactement ?" "J’habite dans le centre pour handicapés âgés, comme ça fait partie de l'organisation où je fais mon stage..." "Oh, c'est pas juste à côté de la piscine ?" "...si..." "C'est là qu'on va !"

Transport pas cher, pris sur le pas de la porte, déposé sur le pas de la porte. Que demande le peuple ?

Pas grand chose à dire d'autre, ce fut un long trajet en voiture le long de la route la plus fréquentée du pays, par temps de merde... Et j'étais pas mal crevé, j'ai fini par piquer un petit roupillon... Du coup, ce que je vous propose, c'est de revenir sur ces onze jours autour de l'Islande, avec deux bonus, oui, deux extras : Une vidéo et tous les panoramas pris durant ces onze jours.

Enfin, avec tous les panoramas que j'ai tenté de prendre (je débute dans la prise de panorama, hein, on excusera mon amateurisme primaire). Je suis désolé, j'ai pas réussi à régler le problème d'exposition qui rend le tout un peu pâlot / lumineux avec la fonction "panorama". J'ai appris à utiliser l'appareil de Peter sur le tas, j'ai fais ce que j'ai pu...

Mais ça a le mérite de bien résumer ce séjour en repassant par la plupart des étapes marquantes, même s'il serait impossible de tout mettre sur ce blog... J'espère seulement vous avoir donné envie d'enfiler vos chaussures de marche et de vous mettre en route, vous aussi !

Hof
Hof
Sur la route de Jökulsárlón
Jökulsárlón
Höfn
Svartifoss
Sur les sentiers de Skaftafell

Le glacier de la solitude
Le lac Mývatn
Dimmuborgir
Le cratère de Hverfjall.
Ólafsfjörður
Quant à la vidéo, je n'avais pas assez de matériel pour faire une vidéo-article à chaque étape, j'ai donc gardé tout ça pour la fin, une fois que je vous aurais présenté tous ces lieux dans mes articles. Du coup, ces petits bouts de vidéos pris ici et là vous sembleront déjà familiers ! En revanche, c’est probablement ma vidéo la plus longue, mais si ça peut vous motiver, il y a des chutes d'eau, du glacier et du cratère de volcan.


Et voilà, onze jours de voyage, onze articles, la boucle est bouclée, c'était mon road-trip autour de l'Islande.



Mais au fait, je vous ai toujours pas fait visiter le Cercle Doré, si ?

mercredi 3 septembre 2014

Le Road-Trip islandais : Ólafsfjörður, Siglufjörður & Akureyri

La partie Lone-Trip de mon périple s'achève lorsque j'arrive dans l'accueillant Ólafsfjörður. En effet, on me reçoit à bras ouverts et pendant quelques jours, je vais vivre en bonne compagnie dans un petit Fjord charmant au Nord de l'Islande. Des gens extrêmement sympathiques qui m'ont nourri, logé et guidé de bon cœur.

Et que j'ai rencontré en arrivant devant chez eux, avec un retard monstre et une faim de loup.

La rue où ils habitent. Ça fait plaisir en arrivant !
En fait, c'étaient des amis d'une amie que je m'étais faite durant mes visites régulières au local des Ásatrúar à Reykjavík. Ils avaient accepté de m'accueillir, notre amie commune les ayant convaincu que je n'étais pas un bandit de grand chemin, et comme ils avaient hésité longtemps à se lancer dans le couch-surfing, c'était l'occasion de s'y essayer sans avoir à s'inscrire sur le site. Un petit galon d'essai pour eux, un hébergement pour moi, win-win. Et dès que j'ai débarqué, j'ai eu droit à un burger maison préparé par leurs soins, pendant que je jouais avec le chien (Oui, y avait un chien, et il était génial, voilà, je me devais de le préciser). 

Mes hôtes étaient Linda, son petit-ami Ægir (et son deuxième prénom c'est Freyr... Ægir Freyr, quoi, la classe des noms en Islande) et enfin leur colocataire et ami Davíð. Tous trois habitaient auparavant à Reykjavík, mais la ville ne leur convenant plus et cherchant un environnement plus sain, ils sont partis s'installer dans un Fjord de pêcheur, dans le Nord, juste comme ça. Ægir travaille d'ailleurs dans un atelier qui s'occupe de maintenir du matériel de pêche, et où y a tout ce qu'il faut pour vider les poissons qu'on pourrait éventuellement pêcher... Pourquoi je précise ça ? Parce qu'on a passé plusieurs soirées à aller nous installer sur les docks, face à l'embouchure du Fjord, avec des cannes à pêche, et qu'on est allé chercher notre poisson directement à la source ! (Enfin, eux, parce que moi j'ai vaguement essayé sans grand succès) Et c'est cette ambiance-là qui caractérise mes quelques jours à Ólafsfjörður : Après plusieurs jours de marche et d'efforts, j'ai pu me reposer, profiter de la compagnie, et prendre du bon temps. On a pêché, joué avec le chien, fait des ballades dans les environs pour remplir les bouteilles en plastique d'eau pure de la rivière... Sans se prendre la tête ! En plus mes hôtes étaient adorables de bout en bout, allant même jusqu'à me faire visiter Akureyri en compagnie d'amis à eux habitant dans le fjord voisin, Siglufjörður, qu'on m'a montré également. 

Mais commençons par le commencement et visitons ensemble Ólafsfjörður : 

La vue du dock où on allait pêcher. La mer s'ouvre à nous vers de nouveaux horizons, tout ça... Mais moi j'étais content de simplement rester là, dans ce coin isolé du monde.
Le fond du Fjord, par beau temps. Et une mouette.
Ólafsfjörður, la ville située dans Ólafsfjörður, le fjord.
Bon, OK, je vais pas vous mentir, des fois ça ressemblait plutôt à ça. On a eu du temps radieux et de l'humide brumeux, histoire de bien me faire voir les différentes facettes du fjord...
Ville de pêcheur oblige, c'est beaucoup de hangars sur les abords de l'eau. Il y avait pas mal de maisons traditionnelles, et aussi beaucoup de peintures défraîchies et écaillées. Bref, une fois de plus je vais devoir faire une référence lovecraftienne, mais Ólafsfjörður c'est l'Innsmouth du Nord. En plus on y accède que par tunnels, qui se retrouvent souvent bloqué en hiver, forçant les habitants à vivre en autarcie quelques jours par ci, quelques jours par là... Et puisque je parle de tunnels, évoquons le cas de ce foutu tunnel que j'ai dû passer pour arriver sur place. C'est l'un des plus vieux tunnels de l'île, on pourra donc pardonner les erreurs de jeunesse des constructeurs de l'époque, mais bon... un tunnel de 3,4 km, à voix unique, en virage aux deux entrées... et sans miroir aux entrées pour voir venir quoi que ce soit, évidemment, hein. Les locaux ont pris l'habitude de flasher des phares en sortant et en entrant, mais bon, vous voyez le problème. Et je ne parle même pas des camions qui se sont croisés dans le tunnel, et pour lesquels il n'y avait qu'une seule façon de sortir : l'un d'eux devait faire marche arrière.

Dans un tunnel à voix unique et en virage.

Oui, parce que les renfoncements prévus pour laisser passer les autres véhicules sont juste assez grands pour y insérer des voitures. Pas de camionnettes, de bus, de camions... On les applaudit bien fort !  L'aménagement routier, ça s'improvise pas, les mecs ! Parce que quand je disais l'un des plus vieux tunnels d'Islande, ça vous évoque 1800 quelque chose. Mais non, non, ce tunnel a été ouvert en... 1991 ! On avait déjà des bus et des camions, à l'époque, les mecs !

Heureusement, l'autre tunnel est beaucoup mieux pensé, ils ont appris de leur erreur, c'est déjà ça ! En plus, l'autre tunnel, il a une petite interruption dans un endroit perdu entre les deux Fjords habités, avec un petit parking pour s'arrêter, un petit fjord appelé Héðinsfjörður. Pourquoi s'arrêter entre deux montagnes serrées, comme ça, au milieu de nulle part ?

Pour contempler le lieu du pire crash aérien de l'histoire de l'Islande bien sûr ! (En 1947, et ça n'a fait "que" 25 morts, donc ça fait relativiser) (Surtout quand on pense que l'aéroport d'Akureyri est construit aux pieds d'une montagne, au fond d'un fjord !)

Héðinsfjörður, lieu de mémoire... et attraction touristique.
Hum, ou bien parce que l'endroit est réputé pour être le meilleur endroit de l'île si on cherche à observer des aurores boréales ? Bon, j'y étais à une période de l'année où le soleil ne se couchait déjà plus vraiment, donc impossible de voir quoi que ce soit, mais en hiver, ce serait le meilleur endroit, paraît-il, au point que lorsque les locaux ont demandé à installer des lampadaires pour éclairer la route, la sécurité, tout ça, des voix se sont élevées pour dire :

"Mais, mais, mais... comment les touristes verront-ils les aurores boréales ?"

L'Islande d'aujourd'hui.

Siglufjörður est également une ville de pêcheur... qui se reconvertie ostensiblement dans le tourisme, avec un gros hôtel qui se construit au beau milieu de la marina... L'endroit est joli, faut dire, avec un superbe café rustique dans un bâtiment à l'architecture traditionnelle, qui en plus a le bon goût de servir autre chose que de la Guinness quand on lui demande une bière brune ! 

Linda, Ægir et leurs amis Róbert et Rakel.
On se laisserait facilement duper par cette œuvre d'art si on n'y prêtait pas une attention particulière !
Grâce à Róbert (et son permis de conduire) (et sa voiture) nous sommes allés faire un tour à Akureyri, cette fois sans Linda ni Rakel mais en compagnie de Davíð. Bref, un tour entre mecs, de vrais mecs virils et tout, et que font les vrais mecs badass quand ils arrivent en ville (à part chanter du Starmania) ?

Ils vont manger des glaces, bien sûr. 

Bon, on a aussi essayé d'aller voir un parc génial à ne pas manquer mais comme l'endroit n'était connu que de Róbert qui y avait été "une fois, y a longtemps", on s’est surtout égaré sur des chemins forestiers, en se foutant de sa gueule et en profitant qu'il ne pleuve pas ! On est alors tombé sur les ruines d'une cabane près d'une rivière ou poussait de la rhubarbe sauvage, on en a donc croqué un peu avant de repartir. 

Davíð, Ægir, Róbert. Qui ne posent pas du tout, évidemment !
Le théâtre d'Akureyri. J'adore l'architecture simple mais tellement reconnaissable, avec ses fioritures discrètes et sa petite tour.
Le centre-ville d'Akureyri.
L'une des attractions à ne pas manquer, puisque tout le monde m'en a parlé... non, pas la cathédrale, non, l’escalier avec plein, plein de marches devant la cathédrale. Il faut l'avoir monté au moins une fois, c'est incontournable !
Une fois arrivé sur le parvis. On remarquera que bon, c'est pas les marches du Sacré Cœur non plus, hein !
La cathédrale de plus près. Le style moderne, toujours, comme à Reykjavík.
En fait, ça a beau être la seconde plus grande ville du pays, on en a très vite fait le tour, et on ne peut pas dire que l'endroit soit très excitant. C'est sympa à voir, vite fait, mais ça n'avait pas le charme des plus petites localités, et je suis content d'avoir pu rester à Ólafsfjörður du coup, plutôt que de rester à Akureyri. De toute façon y avait personne qui accueillait des gens en couch-surfing, comme partout en Islande, d'ailleurs, il n'y a qu'à Reykjavík qu'on peut s'en sortir avec du couch-surfing (les autres villes comme Akureyri, Egilsstaðir ... c'est mort et les hôtels sont chers, comme Amelie en fera l'expérience). tout ça pour dire que le couch-surfing en Islande, n'espérez pas y aller à la dernière minute, c'est pas comme la Grèce. Et je déconseille d'essayer de dormir sur la plage, là encore, on est loin, très loin de la Grèce.

Brise-lames à Ólafsfjörður.
J'ai donc passé pas mal de temps à Ólafsfjörður avant de finalement me décider à repartir vers le Sud-Ouest et la capitale. J'avais encore un peu de temps avant mon vol retour, et j'aurais pu tenter de pousser mon voyage jusqu'à la péninsule de Snæfellsnes qui m'intéressait aussi, mais j'ai finalement décidé de ne pas le faire, pour plusieurs raisons. Déjà, j'avais trouvé un covoiturage qui partait de Ólafsfjörður vers Reykjavik, et j'étais prêt à payer un peu pour ne pas me retaper les bords de route froids et venteux maintenant que j'avais fini pour petit tour. Ensuite, j'ai voulu avoir encore quelques jours dans la capitale pour voir une dernière fois mes amis sur place, Orri, Þóra, Halldór, le gigantesque garde de nuit geek et barbu, les Ásatrúar que j'ai appris à connaître...
Ólafsfjörður vu des hauteurs, pendant qu'on remplissait nos bouteilles à la rivière et jouait avec les chiens.
 Mais surtout, j'éprouvais un profond sentiment de contentement, comme si j'avais encore à manger dans mon assiette mais que j'étais pleinement rassasié. Manger plus aurait été de trop, et j'ai préféré en laisser un peu pour la prochaine fois. J'étais très content de mon tour, et n'avais pas envie de m'épuiser au-delà de ce qui était encore du plaisir, tout en me laissant du temps pour dire au-revoir à tout le monde sans rush. Et ça valait le coup, puisque j'ai du coup eu le temps de visiter un musée de plus avec Halldór et pu rendre une dernière visite à Þóra et ses enfants chez qui j'ai goûté, juste avant de partir, un steak de baleine... Alors que si j'avais continué le road-trip, j'aurais eu le sentiment de partir un peu comme un voleur. Aucun regret, donc, mais un grand plaisir et une entière satisfaction.

En revanche ça a été un peu difficile de repartir d'Ólafsfjörður après ces quelques jours surréalistes, à écouter du métal, pêcher avec des gamins sous la pluie, jouer avec le chien dans la montagne... Comme si mon road-trip n'avait pas eu lieu et que je ne devais pas repartir. Je ne sais pas si c'est l'isolation géographique, l'ambiance dans notre groupe étrange - on ne se connaissait pas à la base - le ciel toujours clair ou quoi, mais l'impression d'être quelques jours hors du temps est ce qui me reste comme souvenir le plus vivace de mon passage dans cette petite retraite nordique. Après les longues journées d'introspection, c'était presque comme une zone tampon avant le retour à la réalité.

Je ne peux pas remercier assez Linda, Ægir et Davíð pour ça, mais au cas où ils passeraient par là :

TAKK FYRIR, guys. Seriously, thanks !  

Also, Linda, you rocked with that one.
Depuis mon passage, ils se sont inscrits sur le site de couch-surfing et on accueilli, rien que cet été 2014, 46 couch-surfeurs.

Quarante-six.

Donc si vous lisez ceci et êtes passé par chez-eux cet été, évitant ainsi les prix exorbitants des hôtels et gîtes d'Akureyri pour un coin qui, en plus, est plus sympa, dites-vous bien une chose, les gars :

C’est un peu grâce à moi.


(Et surtout grâce à eux)

lundi 1 septembre 2014

Le Lone-Trip islandais : Húsavík & Ásbyrgi, jusqu'à Ólafsfjörður

Après une splendide journée à Mývatn, je repars au petit matin. L'arrangement avec mes deux contacts américains n'ayant pas été respecté, je me retrouve de nouveau sur la route, et comme par hasard, il fait de nouveau froid et humide. Pourtant, cette journée commence mieux que mon auto-stop habituel, et je suis "rapidement" pris par un couple de touristes Alsaciens (arrivés tout droit de Mulhouse) qui, par chance, va justement jusqu'à Húsavík, ma prochaine destination (en même temps c'était ça ou Akureyri). J'arrive donc assez tôt dans ce port de pêche célèbre pour ses baleines. Comme je n'avais pas 50 € minimum à mettre dans un tour de bateau pour apercevoir - peut-être ! - le dos d'une baleine, j'ai passé mon tour. Faut dire que la chance de les voir est quand même loin d'être garantie, et on te rembourse pas la moitié si t'as vu que des vagues, alors que pour les tours qui te proposent de "chasser les aurores boréales" t'offrent en général une seconde tentative si t'as rien vu.

Mais pas une troisième : si t'as la lose, t'as la lose.

Bref, Húsavík. C'est une charmante bourgade en bord de mer avec une église en bois ravissante mais qui n'a, il faut bien l'admettre, pas grand chose à offrir en dehors de ses "visites de baleines" aux tarifs prohibitifs et son symbole : En effet, la ville fut la première colonie scandinave en Islande, en 870 AD. Du coup on fait très vite le tour de la "ville", qui est soit dit en passant assez jolie, mais je n'avais guère de raison de rester très longtemps.

Húsavík : maisons en bois, chalutiers et baleines (peut-être).
L'église de Húsavík est vraiment très jolie.
L'intérieur est assez surprenant, très coloré et coquet. Et puis bon, le drapeau dedans et tout quoi...
A ce moment-là, j'avais deux options.

La plus sûre était de profiter d'être dans un lieu très fréquenté par les touristes pour regagner Akureyri assez facilement. Avec un peu de chance, je pourrais même me permettre de faire un arrêt à Goðafoss, l'une des chutes les plus célèbres.

Ou bien je pouvais tenter de partir encore plus vers le Nord-Est, dans un trou perdu probablement mal desservi pour aller voir un site naturel moins visité, au risque de perdre énormément de temps sur la route et d'arriver très tard à Akureyri. 

Devant ce calcul extrêmement simple, j'ai donc tout naturellement choisi de me rendre à Ásbyrgi. Parce que si j'avais pu passer les Fjords de l'Est, je pouvais bien tirer jusqu'à Ásbyrgi. L'endroit en question est une gorge en forme de fer à cheval, que la légende attribue au sabot de Sleipnir (le cheval à huit pattes du dieu Odin) (Je dois quand même pas expliquer qui est Odin, si ?). Je ne pouvais donc pas laisser passer ça, si déjà j'étais "à côté" - enfin, à soixante bornes quand même. L'empreinte de sabot de SLEIPNIR, quoi !

Bref, vous connaissez la chanson, maintenant : je marche un moment, on me prend pour m'amener "un peu plus loin", on me lâche, et je marche pendant environ cinq kilomètres sur une longue ligne droite en direction d'une région au-dessus de laquelle je vois une énorme masse grise et menaçante. Finalement, une femme m'embarque, en m'expliquant qu'elle se rend quelque part dans le fin fond de l'Islande pour le travail. Alors que nous arrivons près du centre d'acceuil d'Ásbyrgi, il commence à pleuvoir des cordes. Depuis le parking, je peux voir la gorge s'ouvrir mais le ciel est gris et le fond de gorge est troublé par de la brume, ou des nuages excessivement bas, difficile à dire.

Ma conductrice est déjà repartie quand j'entre dans le centre d’accueil, un grand bâtiment avec plusieurs ailes, incluant une petite exposition et une boutique de souvenir, en plus du grand guichet pour informer les visiteurs.

Et il n'y a pas un chat.

Mis à part une seule hôtesse au guichet, pas âme qui vive dans le bâtiment déserté. Dehors, la pluie se transforme en grosse neige le temps d'une giboulée et nous papotons un peu. Elle me recommande d'attendre un peu avant d'aller visiter la gorge - sans déconner ! - et s'excuse de n'avoir que de l'eau à offrir. Qu'à cela ne tienne, je vais à la station service toute proche m'acheter un malt extract, et j'en profite pour me renseigner auprès du pompiste pour savoir quand passent les bus vers Akureyri qui, selon l'hôtesse, s'arrêtent ici. Et là, évidemment, il y en a un, ce jour là, qui passe dans la bonne direction, et il passe dans vingt minutes...

Bienvenue, pauvre mortel.
Dilemme... je rentre et fuis ce temps pourri avec le prochain (et seul) bus de la journée dans ce trou paumé ou bien je fais la visite mais je prends je le risque de me retrouver coincé ici ? Me disant que je ne m'étais quand même pas fait chier à faire tout le trajet jusqu'ici simplement pour le plaisir de me prendre de la pluie et de la neige, je décide évidemment de rester et de visiter cette gorge, même si je dois être trempé et grelottant. Au moins j'avais le site pour moi tout seul.

Et je ne l'ai pas regretté ! La météo a fini par se calmer et j'ai pu m'engager dans cet étrange endroit... Cerné par deux remparts de pierre, on a l'impression de visiter une version démesurée et complètement naturelle des douves de Neuf-Brisach.

Mais vraiment, vraiment plus grandes :

Pour accéder aux hauteurs, ce qui commence par un escalier se transforme en escalade le long d'un pan de rochers humides et glissants, à l'aide d'une grosse corde qui nous rappellera nos plus belles heures d'éducation sportive dans les gymnases de notre enfance... avant de finir quasiment en échelle avec un escalier de métal extrêmement raide et glissant, lui aussi. A déconseiller aux tous petits, aux très vieux, aux personnes n'ayant pas le sens de l'équilibre, etc., etc. Cette vue, faut la mériter ! (ou passer par le sentier qui longe le col tout du long...)
Comme on le voit, il n'y a pas vraiment foule...
Vue de l'autre côté de la gorge, en vis-à-vis. Avec le petit sentier qui va bien. En face, on distingue une partie de la "forêt" de bouleaux qui rend l'endroit d'autant plus unique (le bouleau est en effet très rare en Islande).
Vue depuis le fond de la gorge d'Ásbyrgi, alors que la muraille de pierre se perd dans la brume...
Une ballade très calme et très belle qui s'est achevée par la forêt de bouleaux, avant de devoir me remettre en route... Et avec un trafic quasiment inexistant et un ciel des plus sombres, je n'avais pas beaucoup d'espoir, pour être honnête, d'arriver plus loin qu'Húsavík à la nuit tombée.

Allez, courage, et bonne chance surtout !
Après quelques kilomètres et une averse de grêle, j'ai eu la chance de me faire récupérer par... la même femme qui m'avait finalement amené jusque là, et qui retournait chez elle à... Akureyri. Aaah, le pied ! Quand on a dépassé Húsavík j'ai eu un petit sourire satisfait et à mesure qu'on s'éloignait du Nord-Est, le temps redevenait plus accueillant, jusqu'à ce qu'au détour d'un virage se révèle à moi Eyjafjörður, le Fjord au fond duquel se trouve la deuxième plus grande ville du pays : Akureyri !

Eyjafjörður. Et oui, c'est le même jour que la photo précédente.

Mais je n'étais pas arrivé à mon terminus. Puisque j'avais eu de la chance, j'étais arrivé assez tôt, et je pouvais tenter le tout pour le tout : Rejoindre Ólafsfjörður, un Fjord situé plus loin et où j'avais des contacts chez qui je pouvais loger, évitant ainsi les frais d'un hôtel ou d'un gîte. C'était quand même 60 kilomètres de plus, mais bon, un peu plus ou un peu moins, à ce stade-là, ça changeait plus grand chose, me disais-je.

Ah bah j'avais tort !

Les soixante kilomètres entre Akureyri et Ólafsfjörður ont été les plus chiants de toute la journée. Journée qui je le rappelle a quand même commencé à Mývatn. Crevé par une journée déjà bien remplie, je me retrouve à galérer sous le soleil qui me crame la nuque, sur le bord du Fjord, dans ma dernière ligne droite, après 250 bornes d’auto-stop et de marche à pied...... à faire du "je t'amène un peu plus loin... jusqu'au prochain village". Il m'aura fallu trois voitures et une heure de marche pour faire les derniers 60 kilomètres... Et cette fois, c'est pas la faute au manque de trafic, c'est juste que tout le monde avait l'air de ne pas me voir.
 
Sur une route comme ça :

"Ah bah oui, on le voit pas bien, on dirait un arbre."
Au moins j'avais de quoi flatter mon regard en chemin !
Pendant ce temps-là, à Ólafsfjörður, les jeunes gens chez qui j'allais passer quelques jours commençaient à se demander si j'allais jamais arriver. "T'en es où ?" "Akureyri !" "Cool, t'es bientôt là, alors !" Une plus tard : "Euh... t'es sûr que..." "J'ai fait vingt bornes. J'arrive." "On fait des hamburgers, y en a un pour toi quand t'arrives."
 
Oh.
 
Mon ventre qui commence en avoir ras le bol du poisson séché pour "caler les petits creux" reçoit le message cinq sur cinq et me fait comprendre qu'il est vraiment temps de passer la vitesse supérieure... Problème : Je sais que pour accéder à leur Fjord, il me faudra passer par un tunnel, et je commence à craindre que personne ne me prendra pour le passer, ce foutu tunnel... A ce moment-là de la soirée, fatigué et affamé, j'ai craqué.

J'ai gueulé dans le vide.

Toutes ces bagnoles qui me dépassent après le dernier village avant le tunnel tout en sachant qu'il me faudra passer ce put*** de tunnel et que je ne peux pas le faire à pieds, et sachant que toutes ces voitures ne peuvent QUE le passer... et me laissent là en connaissance de cause alors que bon, hein, ne serait-ce que m'amener de l'autre côté quoi... J'avais un peu les nerfs, faut avouer.

Je suis d'ailleurs quasiment à l’entrée quand quelqu'un finit par me prendre en pitié et m’amène à destination. Le soleil est bas à l'horizon, et j'ai finalement atteint mon objectif le plus optimiste, malgré tout. Je suis à Ólafsfjörður, après un périple de plus de 300 kilomètres en une journée.
 
Je me sens Badass. Et j'ai très, très faim aussi.

Ólafsfjörður, Baby !